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mercredi 15 mai 2013

L’IDENTITÉ TUNISIENNE N’EST PLUS QU'ISLAMISTE



L’IDENTITÉ TUNISIENNE N’EST PLUS QU'ISLAMISTE

Tunisie 3/3

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Ben Ali et Bourguiba
Deux dictatures en Tunisie avaient étouffé l'expression du peuple. Sous la menace islamiste, les Tunisiens ont du mal à se réapproprier leur identité tandis que, cinq ans après la révolution, la Tunisie est toujours à la recherche de son avenir.

Voir la vidéo des salafistes dans les universités

  

Révolution imprévisible


La révolution a été trop rapide pour être prévisible. Elle n’a même pas été rêvée tant elle semblait inaccessible, mais elle parait aujourd’hui orpheline. Les régimes de Habib Bourguiba et de Zine el-Abidine Ben Ali ont éradiqué toute velléité d’initiative de la jeune génération pour décourager les ambitions politiques. Même l’armée avait été volontairement délaissée au profit des services de sécurité pour empêcher l’éventuelle émergence d’un colonel séditieux.
Caïd Essebsi, ancien ministre de Bourguiba, rappelé aux affaires


Il n’y a pas d’élite dans laquelle on pourrait puiser les dirigeants de demain et la résignation, dont ils ont fait preuve au temps des dictatures, a empêché qu’une tête charismatique dépasse de l’ensemble terne d’organisations ou de partis. La révolution a dû rechercher dans les tiroirs de l’histoire quelques septuagénaires, moins mouillés, en état de conduire les affaires du pays car les jeunes n’ont pas été préparés à cet avenir.

Alors, les révolutionnaires ont été peu nombreux à prendre des responsabilités dans le nouveau régime car ils n’ont pas d’arguments pour un discours qui n’existe pas et qu’ils sont incapables de déclamer. L’espoir diminue auprès de la population tunisienne qui reste dans l’attente de directives et de propos d’espoir et qui est à présent convaincue  que la révolution lui a été confisquée.


Entreprise de destruction identitaire


Les dictatures qui ont sévi durant plusieurs décennies ont été contraintes, pour se défendre et perdurer, d’étouffer l’identité du peuple dans le but de mieux mater une population résignée. Elles ont favorisé l’émergence d’un système élitiste, aux ordres du pouvoir, en empêchant l’avènement de jeunes pousses capables de conduire les instances dirigeantes.
Université religieuse de la Zitouna

Si la révolution a donné au peuple la conscience de sa puissance, elle ne lui a pas rendu son identité perdue, étouffée par l’ancien régime, et bradée pour l’empêcher d’exister.  Le président Bourguiba avait fait de sa lutte contre les autorités religieuses son cheval de bataille. Le rôle de la nouvelle révolution a consisté en revanche à réveiller une identité islamique génératrice d'un consensus dans le pays. Mais elle n’a pas réussi à échapper aux griffes de l’intégrisme des factions antagonistes, les Frères musulmans, le Djihad islamique et Al-Qaeda, qui ont chacune l’inconvénient d’être sous l’influence d’un pays tiers.



Un pays précurseur


Les femmes en 1957 et en 2012


La Tunisie avait été le premier pays du monde arabe à détruire son identité originelle islamique. Le président Bourguiba avait décidé d’éliminer un pouvoir religieux omniprésent qui freinait sa puissance et sa marche vers le modernisme occidental auquel il était attaché par conviction et par intérêt. Il l’avait donc combattu de manière brutale, en brisant les tabous, non pas par crainte de se voir supplanté politiquement, mais pour avoir les mains libres, pour marginaliser l’identité musulmane. Il avait donné aux femmes leur liberté, via le Code de statut personnel, et il avait pris le risque de déconseiller le jeûne du ramadan aux travailleurs, de fustiger le port du voile, le «chefchari» tunisien. Cette marche forcée vers l’Occident lui avait d’ailleurs valu les foudres des autorités de l’université religieuse de la Zitouna qui ont fini par se plier aux injonctions du «combattant suprême».
Le chefchari, voile blanc traditionnel en Tunisie

Habib Bourguiba avait opté pour la destruction des piliers de l’identité arabe en abolissant les tribunaux islamiques et en favorisant l’apprentissage de la langue française, la langue coloniale. Il voulait que les institutions de l’État rompent toute référence aux racines islamiques. Aidé des caciques de son parti, il avait ainsi créé une élite politique, aux ordres, qui n’a pas généré de relève. Les islamistes étaient traqués, combattus, exilés, emprisonnés, tandis que toute référence à la religion était considérée comme un acte de défiance à l’égard du régime. Ils avaient fini par quitter le pays pour s’installer à Paris ou à Francfort d’où ils poursuivaient leur combat contre Bourguiba. L’islam était devenu l'ennemi du peuple et tout Tunisien qui s’en référait devenait suspect. Cela pourrait expliquer le paradoxe d’aujourd’hui qui pousse les femmes, pourtant libérées, à vouloir marquer leur originalité en s’affichant à nouveau avec le voile, moins par conviction que par provocation. 


La menace islamiste
Manifestation de femmes en Tunisie


Mais la réactualisation de cette identité perdue a facilité l’avènement au pouvoir des extrémistes. Alors les femmes tunisiennes, qui étaient au premier rang des manifestants et qui ont lutté pour la chute du régime, défendent aujourd’hui leur statut avec la même énergie qu’elles ont combattu la dictature. Mais ce temps semble révolu car les pionnières ont été débordées parce qu’elles étaient désarmées.

Les militants islamistes ont investi les lieux publics et les hôpitaux pour les menacer si elles ne portaient pas le voile. La menace étant claire, elles ont décidé de s’organiser pour prendre part aux nouvelles réalités et aux élections car le fantasme de l’avènement d’une république islamique n’est pas exagéré. Elles savent qu’elles ne sont pas à l’abri de troubles à l’algérienne bien que l’armée soit trop faible et peu équipée pour susciter un coup d’État militaire.
Manifestation de femmes en Tunisie

La Tunisie, qui s’était définie à l’origine comme un État évolué, moderne, émancipé et modéré, n’a plus le choix qu’entre le salafisme des islamistes radicaux et l’islam des Frères musulmans idéologiquement proche des Égyptiens. Des intégristes tunisiens revendiquent à présent ouvertement le droit à un État islamique radical. Ils veulent parvenir à leurs fins en instituant le désordre en Tunisie, en manifestant avec violence, en harcelant les femmes au travail et en s’attaquant aux touristes symboles de la décadence de l’Occident. 
Salafistes tunisiens

Ils feignent d’ignorer que l’économie du pays est totalement dépendante de l’apport des Occidentaux mais ils comptent les remplacer en s’appuyant sur leurs alliés intégristes étrangers. Interdits pendant le régime précédent, les hommes barbus envahissent à présent les rues et les femmes n’hésitent plus à se couvrir d’une tenue noire qui ne figurait pas dans la tradition de la culture tunisienne. 




Salafistes actifs et agressifs

video
Les salafistes prêchent dans les universités


Tente islamique dans les universités


Les salafistes bravent la police en installant leur tente de prédication, le 13 mai 2013 à l’intérieur de l’Institut Supérieur des Études Technologiques de Sfax et le 14 mai à l’intérieur de celui de Sousse. Des prêcheurs barbus de l’Ansar al-Sharia (partisans de la loi islamique) ont alors invité les étudiants «à suivre le chemin de Dieu et de la rédemption», symbolisé par le voile pour les femmes et les cinq prières journalières. Ce groupement représente une nouvelle phase du mouvement salafiste djihadiste et de ses objectifs stratégiques et le visage du printemps post-arabe de l'islamisme militant.Des salafistes jihadistes ont assassiné un officier de police tunisien sur la base d'une fatwa (décret religieux) de leur imam, a révélé le 15 mai 2013 à la presse Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste Ennahda qui dirige le gouvernement.

Au temps de la troïka au pouvoir en Tunisie, et notamment Ennahda, les dirigeants ont voulu institutionnaliser la protection ou l'immunisation de la révolution par l’intermédiaire d’une loi. Le Conseil de la Choura d’Ennahda a réitéré, le 13 mai 2013, son soutien aux «efforts de la société civile et politique pour la défense des objectifs de la révolution et appelle à accélérer l’adoption de la loi sur l’immunisation de la révolution».  
L'ex-président Marzouki

L’opposition a considèré cette loi comme une loi qui menacait les droits de l'Homme : «Cette loi est de nature à diviser la société tunisienne. Elle accuse et condamne collectivement des personnes pour corruption, et les prive de leurs droits citoyens et politiques. Elle comporte une erreur monumentale, puisqu'on place les individus au-dessus des institutions».

Mais les Tunisiens sont aujourd'hui tétanisés. La Tunisie laisse filtrer un profond pessimisme sur son avenir. Le danger rôde à la frontière sud avec des djihadistes en armes qui s'en prennent aux forces de l'ordre pour imposer leur Etat islamique. La gérontocratie au pouvoir n'ose plus rien rien. L'économie est effondrée mais la fierté demeure. 

2 commentaires:

cohen michèle a dit…

comme si tout cela n'était pas prévisible. Il fallait être sourd et aveugle pour croire à ce printemps

عبدالسلام a dit…

Voici un blog pour mieux comprendre l'islam:

http://vers-le-firdaws.blogspot.com/

Bonne lecture. C'est simplifié pour les francophones.