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vendredi 10 mai 2013

LES FANFARONNADES DE NASRALLAH



LES FANFARONNADES DE NASRALLAH

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
          

           
          Hassan Nasrallah est certes un homme dangereux car il dispose d’un arsenal pouvant déstabiliser tout le Proche-Orient mais ses fanfaronnades répétées le décrédibilisent, à moins qu’il ne s’agisse d’inconscience. Il sait que Tsahal a le doigt sur la gâchette et qu’il ne permettra aucun écart pouvant mettre la sécurité du pays en danger.

  

Vidéo depuis un bunker



              A l’occasion du 25ème anniversaire de la station de radio du Hezbollah, Al-Nour, Nasrallah a prononcé un discours vidéo depuis son bunker où il se terre à l’abri de la main d’Israël. Depuis longtemps, il ne connait plus la couleur du soleil. Il avait besoin de remonter à la fois le moral de ses troupes et celui de l’armée syrienne après la destruction par l’aviation israélienne de convois d’armes sophistiquées qui lui étaient destinées, en particulier les missiles Fateh-110. 
          Il a cependant annoncé la livraison de nouveaux types d’armement en provenance de Syrie sans donner de calendrier précis : «La résistance contre Israël est prête à accepter des armes sophistiquées, même si elles devaient briser l'équilibre dans la région. Nous sommes dignes d'avoir de telles armes et nous aimerions les utiliser pour défendre notre peuple et notre pays et nos lieux saints.»
Ambassadeurs syrien et iranien à l'écoute du discours


            Dans une salle à Beyrouth où était retransmis son discours, les ambassadeurs de Syrie et d’Iran, assis côte à côte, apportaient la caution de leur pays au Hezbollah. À leur intention, Nasrallah a confirmé que ses combattants apportaient une aide pour la sauvegarde du régime de Bassar Al-Assad, en particulier autour de la ville de Qusayr tenue par les rebelles, ville stratégique située à proximité de la troisième ville de Syrie, Homs. Cette ville,  tombée depuis un an entre les mains des rebelles, fait l’objet de bombardements incessants et quotidiens de l’armée syrienne qui tente de la reconquérir.



Arsenal périmé
Missile Fateh-110



            Pour l’instant, Israël est rassuré car les dizaines de milliers de roquettes dont dispose le Hezbollah sont de vieille génération, non guidées et d’un rayon d’action faible. Elles peuvent certes créer des dégâts, mais de manière désordonnée et moins efficace, et ne peuvent être tirées que depuis le Sud-Liban où la Finul veille. Les satellites de surveillance, et certains commandos israéliens sur place, empêchent pour l’instant tout nouvel approvisionnement. Israël sait que Nasrallah est à la recherche de missiles à guidage précis qui lui avaient été livrés mais qui ont été détruits par l’aviation israélienne. Le gouvernement israélien n’a jamais reconnu la paternité de ces frappes ce qui semble avoir donné à la Syrie un alibi pour ne pas exercer de représailles pour éviter d'impliquer Israël dans le conflit syrien.

            Nasrallah a poussé ses fanfaronnades jusqu’à menacer Israël d’intervenir au Golan : «Comme la Syrie s’est tenue aux côtés des résistances libanaise et palestinienne, nous nous tenons aujourd’hui aux côtés de la résistance syrienne dans le Golan». Il feint d’ignorer que l’armée syrienne n’a tiré, jusqu’à présent, aucun coup de feu contre Tsahal parce que son intérêt est d’avoir les mains libres en Syrie pour éradiquer sa rébellion. Alors, il cherche à mobiliser les consciences arabes en montrant du doigt leurs ennemis en utilisant le sacrosaint conflit palestinien fédérateur : «empêcher la Syrie de basculer entre les mains des États-Unis, d’Israël ou des takfiristes fait désormais partie de la bataille pour la Palestine.»



Menaces ou inconscience



            Alors que le gouvernement libanais est en cours de constitution, il lance des menaces voilées contre le nouveau premier ministre désigné, Tammam Salam, en exigeant une représentation forte de son mouvement parmi les nouveaux ministres. Il ne cherche pas à attiser le feu au sein de cette future coalition sachant que certains éléments libanais lui sont hostiles. Alors il réutilise la dialectique éculée faisant référence aux palestiniens puisqu’ils représentent le seul consensus entre les pays arabes : «la menace ne porte plus seulement sur la terre et le peuple, mais sur l’identité et les symboles sacrés. L’ennemi israélien sait saisir le bon moment pour soutirer de nouvelles concessions aux arabes, avec une Syrie neutralisée, une situation interne au Liban confuse, et un Iran encerclé. Alors que beaucoup misaient sur le printemps arabe, certains pays, en plus de pays du Golfe, sont au contraire prêts à plus de concessions». Il faisait ainsi référence au projet de certains pays arabes d’envisager une paix avec Israël sur la base d’échanges de territoires.

            L’action israélienne en Syrie représente pour Nasrallah son point de fixation car elle symbolise une certaine preuve de faiblesse arabe. Il interprète les frappes israéliennes, non pas comme une atteinte au potentiel du Hezbollah, mais comme une volonté de faire plier le commandement de l’armée syrienne. Et dans une pirouette, dont il est seul à avoir le secret, il annonce déjà la riposte terrible syrienne. Mais il ne s’agit pas pour l’armée syrienne d'envisager des attaques militaires contre Israël, mais de procéder à des fournitures plus intenses d’armes nouvelles pour remettre en question l’équilibre actuel.   
Réservistes au Golan
          Il laisse aussi entendre que la Syrie est prête à l’ouverture d’un front au Golan, avec l’installation de nouvelles batteries de missiles. De ce point de vue, il semble s’avancer un peu car il néglige les mises en garde israéliennes concrétisées, quand il était nécessaire, par une mobilisation à la frontière nord de 20.000 réservistes, avec tanks et aviation, dont une petite partie est restée sur place. Il feint aussi d’ignorer que la Syrie a plutôt donné des signes d’apaisement face à la détermination du gouvernement israélien.

          Encore une fois, les fanfaronnades de Nasrallah sont à usage interne pour ses combattants qui subissent des revers de la part d’une rébellion syrienne déterminée.  

1 commentaire:

MARCO kOSKAS a dit…

La fanfaronnade des leaders est une pièce maîtresse de la réthorique arabe de la guerre. Pourtant , les fanfaronades passées, suivies de déculottées, sont nombreuses. Il n'y a pas eu une seule confrontation militaire en 65 ans, qui ne fût précédée de flexions musuculaires et autres indexes menaçants des leaders arabes. Nasser fut le plus fanfaron d'entre eux, pire encore qu'Arafat, et il ne connut que des défaites face à israël. On est toujours atterrés par les moulinets du bras et les lamentables imprécations de tel ou tel dirigeant arabe, à qui aucune leçon de modestie n'est jamais profitable. Mais toutes ces tartarinades ont une fonction essentielle: galavaniser le mâle musulman, qui a besoin de rêves de toute puissance; lui faire croire à des lendemains magiques de triomphe sur les juifs; justifier sa domination sur la gent féminine locale. La fanfaronnade est le symptôme le plus criant de la souffrance du mâle musulman. Dans un monde où les femmes s'avèrent tout aussi capables, sinon plus que lui, de se confronter au réel, le mâle musulman trouve dans la fanfaronnade un moyen de crier sa détresse. Elle est indissociable de sa pitoyable ambition de réduire la femme au rôle d'esclave. D'ailleurs, le seul leader arabe qui n'ait jamais usé de fanfaronnade est également le seul qui ait libéré les femmes de son pays. Le grand Bourguiba avait en effet compris, que les dirigeants arabes jouent un jeu mortifère de surenchère avec leur population mâle. Il dénonçait délà dans les années 60 le masochisme atroce de ce petit jeu entre chefs d'état et populations mâles arabo-musulmanes, qui n'engendraient qu'humiliations et frustrations nouvelles. Ahmadinejad a repris cette réthorique à son compte, et c'est une mutation notable du gène de la fanfaronnade arabe, qu'avoir contaminé la Perse. Mais le problème reste le même. Fafaronnade nasrallhesque et mysoginie talibane, ne sont que les deux faces d'une même pièce: la décomposition du monde arabe, nécrosé par son fantasme de toute puissance, son machisme et ses superstitions.