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vendredi 3 mai 2013

LA TUNISIE EST GANGRÉNÉE PAR LES SALAFISTES



LA TUNISIE EST GANGRÉNÉE PAR LES SALAFISTES

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Chokri Belaïd


Chokri Belaïd, homme politique et avocat tunisien défenseur des droits de l'homme, avait souvent plaidé dans les procès politiques sous le régime de Ben Ali. Il a été assassiné par balles, le 6 février 2013, alors qu'il sortait en voiture de son domicile du quartier chic d'El Menzah. Son assassinat avait alors provoqué des manifestations violentes et la plus grave crise gouvernementale depuis la révolution de 2011.




Arrestation de l’assassin


Selon une source policière à Tunis, Kamel Gadghadi, l'assassin présumé de l'opposant Chokri Belaïd a été arrêté le 2 mai à l’aube. Son arrestation vient d'être confirmée et le suspect se trouve actuellement dans les locaux de la Brigade Criminelle de Ghorjeni à Tunis. Il a été déféré devant un juge d’instruction. On vient d’apprendre que le suspect appartenait à la mouvance radicale salafiste et que son arrestation avait été la conséquence du témoignage d'une femme qui a été placée sous protection policière. 
Salafistes tunisiens

Kamel Gadghadi faisait partie de manière active de la Ligue de protection de la révolution (LPR), milice pro-islamique aux méthodes musclées, au Kram, banlieue populaire de Tunis proche de Carthage.  Il aurait exécuté Chokri Belaïd sur ordre, à la suite d’une fatwa qui appelait à éliminer cet opposant dirigeant du Front populaire, un regroupement de partis de gauche et nationalistes. Les autorités tunisiennes refusent pour l’instant de communiquer sur cette arrestation.

Cet acte dramatique commandé démontre l’implication de plus en plus voyante des djihadistes en Tunisie. Très discrets au moment de la révolution de 2011, ils ont décidé de passer à l’action terroriste et à la guérilla contre les forces de sécurité qui semblent désemparées devant une violence à laquelle elles n’étaient pas préparées. Un islamiste avait été tué lors d’affrontements déclenchés par une attaque contre un poste de police à Hergla (centre-est). Plusieurs autres postes de police avaient été attaqués.



Des combattants aguerris


Combattants salafistes


 La Tunisie est confrontée à l’essor de groupuscules islamistes. Plus de cinquante combattants se sont regroupés et retranchés sur le mont Chaambi dans l’ouest tunisien à une vingtaine de kilomètres de la ville de Kasserine, près de la frontière algérienne. Ils se gardent ainsi une possibilité de repli auprès de l’émir suprême d'Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) Abdelmalek Droukdel, réfugié dans le djebel algérien.
Abdelmalek Droukdel

Le gouvernement tunisien a décidé de trancher dans le vif une situation qui s’est aggravée depuis la révolution. Le groupe salafiste,  composé à l’origine d’une dizaine de combattants djihadistes, a prospéré pour compter aujourd’hui plus de cent éléments bien armés, certains vétérans venus directement du nord Mali. Ils n’hésitent plus à affronter les forces de sécurité puisqu’ils ont réussi à tuer un garde national à Bou Chebka à la frontière. Les salafistes ont organisé leur repaire du mont Chaambi comme un véritable camp retranché protégé par des mines aux alentours.
Soldat tunisien au mont Chaambi

Les militaires et les gendarmes, mal entrainés, qui tentent de les déloger ne disposent pas d’équipements nécessaires pour faire face à des combattants aguerris dans d’autres théâtres d’opérations. Des témoins racontent que ces djihadistes semblent chez eux dans leur village disposant de structures militaires et de camps d’entrainement. La population locale, par crainte ou par conviction, leur apporte un soutien matériel et logistique.

Une armée délaissée
Général Rachi AMAR chef d'Etat-major


Par crainte d’un coup d’État sous les régimes de Bourguiba et Ben Ali, les forces tunisiennes ont volontairement été démunies en armement, en blindés et en matériel de haute technologie.  Elles ont toujours été les parents pauvres des régimes. Les causes remontent à l'année 1962. En effet, sur des informations transmises par le Mossad depuis Paris, Habib Bourguiba avait été informé en décembre 1962 d’un projet d'attentat et de renversement de son régime  par d'anciens résistants et militaires. Ce projet avorté avait entrainé l'exécution de onze des conjurés dont plusieurs hauts officiers. L’armée est donc restée délibérément sous-équipée pour ne pas susciter d'ambitions parmi ses chefs. Contrairement aux autres pays africains, elle n’a jamais joué de rôle sécuritaire qui a été confié  aux milices des régimes déchus.

L’armée ne dispose pas de forces spécialisées dans la lutte antiterroriste, équipées de matériel leur permettant l’accès aux zones montagneuses. Jusqu’alors, les salafistes étaient traités de criminels de droit commun dont la responsabilité restait du domaine de la police. Mais ces combattants entrainés représentent aujourd’hui un danger pour le régime islamique proche des Frères musulmans. C’est là qu’apparait la différence fondamentale dans l’idéologie des Frères, proches du parti Ennahda au pouvoir, qui veulent islamiser le pays depuis le sommet, de préférence de manière démocratique. En revanche, les salafistes veulent parvenir aux mêmes fins mais à partir de la base, en développant leur action au travers des populations des villages, en gangrénant progressivement le paysage où ils s’installent.

Ainsi, les salafistes ont abandonné les actions de rues et l’attaque de bâtiments publics pour se concentrer sur des opérations militaires de guérilla. L’expérience du Mali les a convaincus de la nécessité d’un changement de stratégie. Les armes fournies par Al-Qaeda en provenance des arsenaux du colonel Kadhafi circulent presque librement en Tunisie tant les moyens militaires sont faibles pour les intercepter.  Le trafic d'armes est en plein essor dans la région depuis la chute des régimes de Kadhafi et de Ben Ali. Aidés par les sermons des prédicateurs qui prônent la guerre sainte, ils trouvent un écho favorable auprès des populations déçues par l’inertie d’un gouvernement  empêtré dans une crise politique interminable et qui n’a toujours pas défini sa stratégie politique claire.

La révolution tunisienne de 2011, qui avait ouvert beaucoup d’espoir auprès de ceux qui voulaient remplacer la dictature par une démocratie moderne, est en train de muter vers une dictature beaucoup plus sanglante à base de salafisme anachronique.

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