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vendredi 3 mai 2013

LA RÉPUBLIQUE DES VOLEURS ET DES MENTEURS


LA RÉPUBLIQUE DES VOLEURS ET DES MENTEURS

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
 
François Hollande et Jérôme Cahuzac
                 
         Les hommes politiques ne pensent jamais à la technique du boomerang ; il revient toujours d’où il a été lancé. L’affaire Cahuzac a démontré que même les ministres ne sont pas à l’abri de malversations. Jérôme Cahuzac est coupable et il ne faut ménager aucun effort pour qu’il soit traduit en justice et éventuellement condamné si telle était la volonté des juges.



Ministre tricheur

Mais l’opposition a choisi ce prétexte pour s’attaquer au gouvernement et au président de la république. Elle avait oublié que, durant dix ans, les ministres du budget étaient issus du parti UMP. C’est eux qui avaient droit de regard sur la situation fiscale du ministre Cahuzac mais ils n’avaient rien vu ni rien entendu à son sujet. Nul ne songe à leur en tenir rigueur. Cela n'a pas empêché les ténors de l'opposition de se draper de la toge de la magistrature pour lancer des accusations tout azimut, jusqu’au président de la République François Hollande, soupçonné d’avoir couvert l’affaire parce qu’il était censé savoir ce que les ministres précédents du budget ne savaient pas. 
Toge romaine

Ils rêvaient de faire tomber le gouvernement et ils n’ont pas eu gain de cause. Ils songeaient à pousser le président à la démission mais c’était un rêve irréalisable. Ils avaient misé sur la dissolution de l’Assemblée nationale mais c’était sans compter sur le refus des députés de se suicider. L’affaire Cahuzac a prouvé au contraire la faiblesse du programme politique de l’opposition qui a fouillé dans les poubelles ministérielles pour rehausser son prestige.

Boomerang

Claude Guéant
            Mais le retour du boomerang a changé la donne. Un ancien ministre de l’intérieur, l'UMP Claude Guéant, confident et proche du président Sarkozy est dans la tourmente. Sont en cause des sommes qui ont transité par son compte, 500.000 euros, et des dépenses en espèces dont l’origine des fonds n’est pas justifiée fiscalement. Il dit avoir bénéficié d'un «système» de primes en liquide qui aurait concerné «des milliers» de fonctionnaires de l'intérieur. 
          Ses propres amis, l’ancienne ministre Roselyne Bachelot et un ancien membre du cabinet de Dominique de Villepin, ont démenti catégoriquement son assertion. L'ancien membre de cabinet a été très clair : «Il n'y avait aucun système organisé, officiel ou officieux, de versement de telles primes en liquide aux collaborateurs du cabinet et encore moins à des milliers de fonctionnaires».
          La défense de Claude Guéant présente de nombreuses incohérences et est démentie par d'anciens collaborateurs de la place Beauvau, dont l'ancienne ministre Chantal Jouanno, membre du cabinet de M. Sarkozy au ministère de l'intérieur de 2002 à 2004. "Je ne touchais que des primes sur mon compte bancaire ; rien en liquide", a-t-elle assuré au Monde. Rachida Dati, qui fut elle aussi membre du cabinet de Nicloas Sarkozy a également démenti au Monde tout versement en liquide.
          Quant aux fonds provenant de la vente de deux toiles d’origine flamande, ils restent douteux car deux cabinets d’experts mandatés ont évalué les deux tableaux à une valeur ne dépassant pas 80.000 euros. Nous sommes donc loin des 500.000 euros en cause. Mais un point de droit reste en suspens. L'exportation illégale de trésors nationaux constitue "un délit passible de deux années de prison et une amende de 450.000 euros". Mais si le bien a été importé légalement depuis moins de cinquante ans et qu'on veut l'exporter, l'attribution du certificat de sortie est automatique. Si Claude Guéant a demandé un certificat d'exportation au ministère de la culture, il lui sera facile de prouver l'existence de ces tableaux et leur exportation légale. 
  

            Le plus triste est qu'aucune voix ne s'est encore élevée pour défendre Claude Guéant, soupçonné de blanchiment d'argent.Il est à craindre que la position de Claude Guéant ne soit fragile et qu'il ne soit condamné au mensonge devant les cameras de télévision comme hier Jérome Cahuzac. Il risque le sacrifice de payer pour son mentor, comme jadis Alain Juppé avait payé pour le maire de Paris, Jacques Chirac. Mais la leçon de cette nouvelle péripétie doit éclater à l’esprit. Il ne peut être question de faire rejaillir sur plusieurs hommes politiques les agissements condamnables d’une seule brebis galeuse. Les membres de l’opposition doivent en tirer la leçon et éviter à l’avenir d’exploiter une situation exceptionnelle à des fins politiques. De même aujourd'hui, le gouvernement devrait adopter un profil bas pour laisser la justice suivre son cours et ne pas «lâcher les chiens».

Des ministres israéliens condamnés

            En Israël, nous n’avons pas été à l’abri de pareilles mésaventures car l’homme, même ministre, reste très faible devant les masses d’argent qu’il manipule. Mais en aucun cas cela n’a rejailli sur l’ensemble de la classe politique et l’incident est resté circonscrit autour du condamné car la justice est passée et elle a eu la main lourde.
Moshe Katzav au tribunal
L'ancien ministre des Finances Avraham Hirshson avait été condamné en juin 2009 par un tribunal de Tel-Aviv à cinq ans et cinq mois de prison ferme pour avoir détourné à son profit un million de dollars. L'ancien ministre de la Santé Shlomo Benizri avait été condamné en juin 2009 à quatre ans de prison ferme pour corruption, fraude et entrave à la justice. L'ancien président israélien Moshé Katzav a été à condamné à sept ans de prison ferme pour viol, harcèlement sexuel et actes indécents. L'ancien ministre de l'Intérieur Aryeh Deri avait été  condamné en 1999 à trois ans de prison pour avoir illicitement perçu 155.000 dollars. Il a été libéré de prison et vient d’être à nouveau élu député à la Knesset aux dernières élections de janvier 2013. 
Arieh Deri entrant au tribunal
Ces exemples ne sont pas cités pour offrir à la vindicte publique quelques noms de condamnés qui ont d'ailleurs payé leurs fautes. Ils démontrent que des dirigeants de toutes les tendances politiques se sont trouvées dans la tourmente mais jamais il n’y a eu en Israël une exploitation politique des partis pour faire rejaillir les fautes sur le gouvernement ou sur les ministres. 
La police a enquêté librement et la justice n’a subi aucune pression pour frapper lourdement. Le «tous pourris» n’a pas fonctionné. Les hommes politiques israéliens craignaient peut-être l’effet boomerang qui vient de montrer son effet dévastateur en France.

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