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samedi 18 mai 2019

Avigdor Lieberman, le faiseur de roi




AVIGDOR LIEBERMAN, LE FAISEUR DE ROI

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
            


        L’attitude intransigeante d’Avigdor Lieberman peut s’expliquer de deux façons. Soit il cherche à obtenir le maximum d’avantages avec ses cinq députés pour faciliter la constitution d’une coalition de 65 sièges. C’est de bonne guerre puisqu’il est convaincu qu’il détient en mains l’avenir du prochain gouvernement. Mais certains analystes penchent plutôt vers une volonté de torpiller les efforts du Likoud dans une sorte de vengeance à l’égard du premier ministre qui l’a écarté de son poste à la défense. Il est certain que Lieberman a une grande expérience politique et qu’il n’agit pas à la légère.



            Son opposition à l’égard des orthodoxes, voire sa haine, est historique. Ce laïc pur et dur peut difficilement accepter de mettre un genou à terre face à des anachroniques qui font tout pour remettre en cause la judaïté de sa communauté dont il est le porte-voix même si la plupart des Russophones se sont intégrés au sein des grands partis israéliens.  Alors il pose ses conditions en mettant la barre très haute. 
       Il exige de récupérer les ministères de la défense et de l’immigration sachant que sa communauté représente le plus fort contingent d’Olim soit 57%. L'Agence juive a publié ses données officielles de l’année 2018. Plus de 29.600 personnes ont immigré en Israël et parmi eux 10.500 Russes et 6.500 Ukrainiens, face à 2.660 Français. Il estime qu’il est le mieux placé pour assurer leur intégration en la facilitant grâce à une réforme des retraites. En plus de ces ministères, il veut se voir attribuer la présidence de la commission des affaires intérieures de la Knesset, généralement dévolue aux Orthodoxes.
Yeshiva

            Il veut que le gouvernement vote dans les six mois une loi autorisant la peine de mort pour les terroristes. Il exige le maintien de son projet de loi pour la conscription obligatoire des étudiants des écoles talmudiques, déjà voté en première lecture, que les orthodoxes veulent amender. Il refuse les tests ADN imposés par le Grand Rabbinat pour vérifier la judéité des immigrants russophones. Sur le plan sécuritaire, il réfute toute entente politique avec le Hamas et prône la destruction pure et simple de ses structures militaires et dirigeantes. 
            En l’absence d’accord, il est prêt à rejoindre l’opposition sachant que sa voix est indispensable au moment où le Likoud prépare des textes de lois pour favoriser l’immunité du premier ministre en cas de poursuite judiciaires.

            En réalité, Avigdor Lieberman, ne se sent pas à l’aise dans l’environnement politique actuel où il sait que, bien que sa voix soit indispensable, il ne sera jamais entendu, certainement relégué à l'écart du centre de décision. Il va au gouvernement à reculons, créant chaque jour de nouveaux obstacles. En fait, par son passage au ministère de la défense, il s’est beaucoup rapproché des militaires dont il a toujours défendu les intérêts. En son fort intérieur, il se sent plus proche des trois généraux du parti Bleu-Blanc et de leur laïcité. Si le premier ministre échoue dans sa tentative de créer une coalition, il n’a aucune crainte de retourner devant les électeurs : «Je n’ai plus l’intention de rencontrer personne. Ils connaissent nos exigences. S’ils le veulent, nous serons dans la coalition, sinon nous irons dans l’opposition». Il reste intransigeant et pour lui : «C’est tout ou rien».
          Lieberman a lancé quelques pics au premier ministre : «La personne qui a empêché l'évacuation de Khan al-Ahmar et de Susya n'était pas la Cour suprême. Celui qui a empêché le projet de loi de mettre à mort des terroristes après les deuxième et troisième fois n'était pas la Cour suprême. Celui qui a autorisé des millions de dollars à être transférés à des organisations terroristes à Gaza était le gouvernement israélien actuel. Nous voulons un droit gouvernement en gestes, pas en mots».
Il a visé indirectement les Orthodoxes : «Israël Beitenou représente la population la plus ignorée de l'État d'Israël - la population qui sert dans l'armée, réserve, travaille et paye des impôts. Par conséquent, nous ne ferons pas de compromis sur nos principes. Il faut nous prendre au sérieux. Trouvez quelqu'un d’autre à blâmer si nous ne parvenons pas à former une coalition de droite».

Israël Eichler

            Le député orthodoxe Israël Eichler préfère retourner aux urnes plutôt que d’accepter les diktats de Lieberman : «Si nous le faisons, nous n'aurons pas à rester dans la peau du pauvre et à donner à une personne avec cinq mandats le pouvoir d'imposer ses vues à tout un pays». Son collègue Moshé Gafni est plus virulent : «Je ne peux pas comprendre cet homme, il veut diriger le pays avec cinq sièges, il ne comprend pas comment un État est dirigé. Nous voulons la présidence de la Commission de l'intérieur. C’est une sorte de négociation que nous n’avons jamais connue, comme s’il s’agissait du propriétaire de la maison. L’homme ne comprend pas comment fonctionne l’État, ne siège pas au gouvernement et ne recommande pas Gantz».
Gideon Saar


            En fait, selon des indiscrétions, les dirigeants du Likoud s’inquiètent de ce qui se trame au sein du parti. C’est pourquoi ils ont lancé leurs "scuds" en direction de Gideon Saar en accusant sa fille de fréquenter un Arabe israélien. D’autres boules puantes sont encore en réserve pour amener l’opposant à Netanyahou à de meilleurs sentiments. Saar, lui aussi expert politicien, a choisi, contrairement à Bennett et Shaked en leur temps, l’attaque de l’intérieur du parti. Son placement par les militants au sommet de la liste des primaires, quatrième, l'encourage dans cette voie. 
       Un groupe de frondeurs est en voie de constitution pour s’opposer à la direction du parti, dans un premier temps avec l’objectif de faire scission pour rejoindre l’opposition aux côtés de Lieberman. Dans un deuxième temps, ils pourraient servir de force d’appoint aux généraux. Avec les 45 sièges de l’opposition, sans compter les partis arabes, les cinq d’Israël Beitenou, il suffirait d’une dizaine de défections pour inverser la tendance. Cela explique d’ailleurs la modération des propos des généraux qui ne veulent pas gêner les frondeurs dans leur tentative de créer la surprise.

            Le Likoud n’a plus qu’une dizaine de jours pour trouver la quadrature du cercle. C’est une mission très difficile mais Benjamin Netanyahou, en fin politique, a connu d’autres situations plus difficiles. Il sait cependant qu’Avigdor Lieberman est le faiseur de roi et qu’il devra lâcher du lest pour l’empêcher de rejoindre les généraux. A suivre…

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