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mercredi 8 mai 2019

Gaza : La négociation ou la force



GAZA : LA NÉGOCIATION OU LA FORCE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

On parle toujours de «roquettes» qui tombent sur Ashkelon, Sdérot, et Beersheva mais en fait il s’agit de missiles de courte et moyenne portée Al Qods et de missiles Sam de conception russe et iranienne avec une portée de 300 kms. Près de 800 missiles ont été lancés par le Djihad islamique et les pro iraniens depuis mars 2019 ce qui donne une image des moyens illimités des islamistes à Gaza et du gâchis financier qui en découle alors que la misère touche une bonne partie de la population, soumise au bon vouloir de ses leaders.


Frappe israélienne à Gaza et dégâts civils 

Mais un point inquiétant doit être soulevé qu’Israël n’a jamais connu et qui découle du résidu des élections législatives. Pour la première fois, l’unanimité du pays a été brisée. La fracture entre le nord et le sud s’affiche ouvertement au détriment de la solidarité nationale parce que les villes du sud ont voté majoritairement pour Netanyahou. C’est grave pour l’unité du pays au moment où la guerre rôde aux portes d’Israël.
Il est vrai qu’au sud, Ashdod a voté à 39% pour Netanyahou et 16% pour Gantz, Ashkelon 43% pour Netanyahou et 15% pour Gantz, Beersheva 43% pour Netanyahou et 17% pour Gantz et enfin Sdérot avec Netanyahu 44% et Gantz 10%. C'est effectivement paradoxal que ces populations, soumises en permanence aux attaques en tout genre du Hamas, restent fidèles au gouvernement qu'elles accusent d'être laxiste. Certains Israéliens ont donc tendance à renvoyer ces populations du sud à leur choix de garder le même premier ministre et à ne plus les soutenir. Malgré cela, Netanyahou ne se déplace pas dans les zones sinistrées pour les soutenir et les encourager. Il a été absent même dans les pires journées sans jamais expliquer sa retenue face aux tirs de plus en plus sanglants de roquettes. Le président de l'État, Réouven Rivlin, qui n’a aucun pouvoir politique, s’est lui déplacé dans la salle de réunion du Conseil régional d'Eshkol pour soutenir les habitants et le leadership de la région.

            Par ailleurs, dans les réseaux sociaux on fustige la passivité de l’armée alors qu’il y a une grande mise au point à faire. Comme dans tous les pays démocratiques, l’armée est au service du pouvoir civil, sinon ce serait alors la dictature. Les militaires reçoivent les ordres du gouvernement et du Cabinet de sécurité et les appliquent à la lettre. La seule critique qui pourrait leur être opposée serait la mauvaise conduite des opérations et leur éventuel échec.  
          D’ailleurs ces militaires sont partagés entre ceux qui estiment que le calme ne pourra pas intervenir sans intervention terrestre pour dénicher les rampes de lancement, pour rechercher les lieux de stockage des fusées, pour éradiquer les usines de fabrication de roquettes, pour détruire les tunnels et même, le cas échéant, pour neutraliser physiquement les dirigeants cachés dans les sous-sols des hôpitaux.
En revanche, une autre partie des généraux, et ils sont aussi nombreux, sont paradoxalement les plus ardents défenseurs d’une solution pacifique, peut-être parce qu’ils n’ignorent pas les conséquences du développement d’une guerre à Gaza avec son lot de soldats juifs tués. L’armée est convaincue que l’amélioration de la situation économique de la population reste la solution la plus efficace pour aider les pragmatiques de Gaza. Ils prônent la construction d'une zone industrielle, dans la zone de passage de Karni au nord-est de la bande de Gaza, qui entraînerait immédiatement la création de 5.000 emplois pour les Palestiniens. Bien sûr la situation est tellement grave qu'il s'agirait d'une goutte d’eau dans l’océan de la misère. Mais ce serait un signal pour montrer la bonne volonté israélienne, tester le Hamas et surtout pour couper l’herbe sous le pied de Djihad islamique, soutenu par l’Iran, qui ne prospère que sur le terreau de la violence.

On parle aussi d’un accord secret conclu entre le Hamas et Israël, avec la médiation égyptienne, à la veille des élections israéliennes. Cet accord, dont les détails n’ont jamais été révélés, a permis effectivement un calme relatif à la frontière de Gaza. Il est question d’une zone de pêche élargie et de l’autorisation de libre circulation des produits agricoles et de certaines marchandises.
Or le Hamas exploite ce qu’il croit être une faiblesse d’Israël en raison de la proximité de Yom Hatzmaout et du festival de l'Eurovision. Il y voit une réelle occasion de faire pression sur Israël ce qui explique que les tirs de roquettes aient été crescendo près de la frontière de Gaza, puis au nord d’Ashdod, et ensuite Beersheva. Il est fort probable que les Palestiniens se préparent aussi, dans la foulée, au jour de la Nakba, la «catastrophe» de la création de l’État d’Israël.
La clé pour calmer la situation actuelle, se trouve comme toujours, en Égypte. Au Caire, les chefs du Hamas et du Djihad islamique se sont entretenus avec des officiers des services de renseignements égyptiens sur un cessez-le-feu à long-terme. La principale revendication dans les discussions au Caire est financière ; Israël doit autoriser le transfert en cours des millions de dollars du Qatar en échange du calme et des concessions en cours.  Cet argent peut compenser l'absence de versements de l'Autorité et soulager la population. Mais Netanyahou est bloqué par l’extrême-droite qui s’oppose à ce transfert de fonds. Le Hamas a compris qu’il devait obtenir ces largesses avant la constitution du nouveau gouvernement qui doit intervenir avant fin mai.
Renforts israéliens à Gaza

          En attendant, devant les morts juifs des villes du Sud, Netanyahou a changé de tactique en reprenant les éliminations ciblées et en donnant ordre à l'armée de positionner ses tanks à la frontière après avoir envoyé une nouvelle brigade combattante pour renforcer les troupes sur place. Il ne s'agit plus pour l'armée de faire de la figuration mais éventuellement de combattre le Hamas. Netanyahou ne peut plus compter sur l'argent qatari, sur l'usure  du temps ou sur des promesses vides pour pacifier Gaza. Mais il n'est pas certain que la guerre éclate car elle n'est ni dans l'intérêt de Netanyahou qui veut garder cet abcès de fixation contre Mahmoud Abbas ni dans celle du Hamas qui sait que la guerre lui fera perdre son pouvoir à Gaza. 

2 commentaires:

bliahphilippe a dit…

Quelques remarques :Sauf erreur, Israel en quittant Gaza a laissé des infrastructures agricoles qui auraient permis aux Gazaouis une exploitation fructueuse. Le Hamas en a immédiatement fait un territoire militaire apres les avoir réduites à néant. Ce fait meritait d'etre souligné .Le Hamas n'est pas non plus intéressé à un quelconque développement économique et industriel , encore moins avec l'aide d'Israel qui est un pays à detruire -c'est la vocation du Hamas- telle que mentionnée sans ambigueté dans sa charte et mis en pratique par le harcélement par missiles certes mais aussi par l'éducation islamique diffusée dans les mosquées, les écoles et autres camps de "vacances" pour "jeunes", euphémisme pour dire militaire..La fracture évoquée entre le Nord et le Sud existe depuis les précédents faits de guerre du Hamas.Mais elle ne s'est pas traduite électoralement car au delà de cet affrontement la population se méfie d'une extension du conflit au Liban contre le Hezbollah , et egalement des penchants de Gantz-Lapid soupconnés à tort ou à raison d'abandonner la population de Judée-Samarie dans le cadre d'un Oslo 2 avec à la clé un Etat palestinen susceptible de se transformer en gaza bis mettant en danger Israel.
De plus la population israélienne ne veut pas de deux états palestiniens en jonction menaçant son territoire si étroit,.Gantz-Lapid n'ayant pas convaincu sur ce point siNon ils auraient à mon humbble avis pu remporter les élections.
De ce fait-mais pour combien de temps-? pourra t'elle supporter cette guerre renouvellée sachant qu'elle ne veut pas non plus envoyer dans ce bourbier inutilement ses soldats?
Pour ma part je pense que Natanyahou frappera plus fort par necessité mais sans risquer de modifier son sacro-saint statu quo.
Cela ne ramenera pas le pouvoir de dissuasion d'Israel car les demi mesures seront insuffisantes eu égard le type d'ennemi que nous avons en face et que nous refusons de détruire au nom d'un équilibre régional sous l'oeuil malveillant de la "communauté internationale".

Anonyme a dit…

Comme bliahphilippe, je pense que le Hamas n'est pas intéressé par un développement économique qui pourrait améliorer la situation de son peuple et ne se donne pour vocation que la destruction d'Îsraël. Le vote des habitants du sud me paraît également "paradoxal"