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lundi 24 décembre 2018

Les Kurdes et l'opposition syrienne demandent le soutien de la France


LES KURDES ET L'OPPOSITION SYRIENNE DEMANDENT LE SOUTIEN DE LA FRANCE
Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps


Pour comprendre l’évolution du conflit syrien, il faut analyser les quatre principales forces sur le terrain. Aux deux acteurs initiaux du conflit que sont le régime de Bachar El-Assad et l’opposition syrienne, se sont ajoutés Daesh et les forces kurdes. Les forces loyalistes de Bachar El-Assad sont composées de l’armée régulière, des milices et d’autres mercenaires étrangers. Elles ne contrôlent plus qu’un tiers du territoire syrien, l’ouest du pays, depuis Damas jusqu’à Lattaquié, comprenant toute la zone côtière et les villes de Homs, Hama et une moitié d’Alep. 
Les services de l’État continuent de fonctionner normalement dans cette zone où la population est épargnée par les bombardements puisque les forces d’opposition n’ont pas de moyens aériens. Les troupes favorables au régime disposent d’une suprématie décisive grâce aux hélicoptères qui larguent des barils explosifs sur les zones rebelles et les civils. Assad s’est confronté à Daesh tardivement une fois que le travail a été fait par les Kurdes.



ASL

L’opposition qui s’appelait au début Armée syrienne libre (ASL), n’a jamais réussi à se constituer en une force coordonnée parce qu’elle est composée de brigades civiles locales qui dépendent de l’aide financière et matérielle extérieure. Mais cette opposition a été progressivement gangrenée par les islamistes car les pays du Golfe ont largement contribué à cette islamisation. Ces brigades, formées sans conviction politique, n’ont eu qu’un intérêt financier.  
Disposant de peu de moyens car l’aide occidentale lui a fait défaut, l’ASL a subi une hémorragie de ses combattants qui ont rejoint les brigades islamistes mieux armées et plus riches. Elle a contrôlé une grande partie du pays jusqu’en 2014, mais n’a cessé de reculer surtout depuis l’intervention russe de 2015. Après la perte de la moitié d’Alep en 2016, elle est présente dans la région d’Idlib au nord-ouest, le long de la frontière avec la Turquie. Elle  contrôle certaines parties dans la périphérie de Damas, de Hama, de Lattaquié et de Deraa  qui sont bombardées par l’aviation russe, poussant la population à fuir.
Alep détruite

L’État islamique ou Daesh est apparu à partir du printemps 2013. Cette formation djihadiste est composée à 80% d’extrémistes non syriens venus du monde entier. Sa stratégie diffère de l’opposition syrienne puisqu’elle a proclamé en juin 2014 un «Califat» sur une grande partie du territoire syrien et irakien. Elle s’est imposée par la force et la terreur, notamment à Raqqa, sa capitale syrienne, soumettant la population locale à sa loi et à ses atrocités. Attaquée depuis l’été 2014, par les raids aériens d’une coalition internationale menée par les Etats-Unis, puis par les aviations russe, française, britannique, la formation djihadiste a été en partie neutralisée. Elle a donc déplacé ses éléments à travers le monde pour participer à des actions terroristes sanglantes et spectaculaires.
Kurdes PYD

Les forces kurdes syriennes, contrôlent la zone nord-ouest frontalière de la Turquie. Elles sont composées de combattants locaux, appartenant au PYD, branche syrienne du PKK kurde de Turquie, d’origine communiste. Le régime a abandonné en 2012 les enclaves kurdes de Qamischli, Kobané et Afrin. Ces forces kurdes luttent pour leur autonomie sans pour autant s’opposer directement au régime, ce qui les rend suspectes vis-à-vis du  CNK (Conseil national kurde), qui agit de concert avec l’opposition syrienne.
      Avec l’évolution du conflit, les Kurdes se sont retrouvés en première ligne pour lutter contre Daesh au nord de la Syrie. Ils ont mené la bataille de reconquête de la ville de Kobané avec l’aide des raids de l’aviation de la coalition internationale, au grand dam d’Ankara. Les forces kurdes ont été à l’origine de l’éradication de Daesh de la région de Tall Abyad, à la frontalière de la Turquie.
Après l’annonce de Donald Trump de retirer les forces américaines de Syrie, les Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance arabo-kurde, ont affirmé vouloir poursuivre leur combat contre Daesh, en particulier dans la poche de Hajine, sur la rive orientale de l’Euphrate. Or, la Turquie a bien l’intention de lancer une opération militaire contre les milices kurdes syriennes, qu’elle considère comme «terroristes». Jusqu’à présent, la présence militaire américaine a mis un frein aux velléités d’Ankara et se justifie toujours parce que, s’il est vrai que Daesh a perdu l’essentiel des territoires qu’il contrôlait depuis 2014, l’organisation djihadiste n’a pas été totalement éradiquée.
Florence Parly

D’ailleurs Florence Parly, la ministre française des armées, a affirmé le 21 décembre : «Quand le président Trump dit que Daesh est mort, nous considérons aujourd’hui que si le califat territorial n’est plus ce qu’il était en 2014, s’il est réduit à peau de chagrin, il reste encore une poche dans laquelle les djihadistes de Daech sont repliés. Nous considérons que ce travail là doit être terminé. Nous ne partageons pas du tout l’analyse selon laquelle le califat territorial serait anéanti. Nous avons le droit d’avoir des différences d’analyse entre partenaires. Le risque, en ne finissant pas ce travail, c’est de laisser perdurer des groupes et que ces groupes reprennent leurs activités».

Ilham Ahmad

En fait Trump envisage de charger la Turquie d’éliminer ce qui reste de Daesh et c’est ce qui inquiète les Kurdes. Pour Ilham Ahmad qui copréside le Conseil démocratique syrien avec Riad Darar : «Nous craignons de ne plus maîtriser la situation et qu’il soit difficile pour nous de garder les djihadistes prisonniers». Ces deux responsables sont à Paris pour être entendus. Mme Ahmad a demandé aux Français un soutien diplomatique dans la mesure où les autorités françaises «peuvent faire pression sur la Turquie pour qu’elle arrête ses menaces» et demandé aussi que «les forces françaises assument leur tâche dans la région jusqu’à ce qu'une solution politique soit trouvée».
James Mattis

Les responsables du Conseil démocratique syrien se sont adressés aux autorités françaises pour qu'elles instaurent une zone d'exclusion aérienne dans le nord de la Syrie car le retrait américain est selon eux prématuré. D’ailleurs le républicain Lindsay Graham ainsi que les sénateurs démocrates Robert Menendez et Jack Reed ont l'intention de signer une pétition conjointe pour exhorter le Président américain de revenir sur sa décision concernant la Syrie. Ils ne sont pas les seuls à critiquer le diktat américain puisque le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, a démissionné en signe de protestation contre la décision du président Trump de retirer les forces américaines de la Syrie et son rejet des alliances internationales.



3 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…


Ainsi que l'explique Ted Snider pour Consortium News : les Kurdes se trouvent pris dans une lutte sans merci entre les USA, la Russie, la Turquie, l'Iran et la Syrie. "La seule chose, écrit-il, qui ait jamais été fidèle aux Kurdes, c'est l'histoire : elle les a fidèlement trahis, sans exception."
On peut douter que la France y puisse quoi que ce soit, même si elle en avait le désir et la capacité.

https://www.les-crises.fr/des-pions-sur-lechiquier-une-breve-histoire-de-lamerique-et-des-kurdes-par-ted-snider/

Georges KABI a dit…

Je ne crois pas un instant a ce que la France puisse intervenir ou soutenir des forces anti-Assad. La France serait plutot pour Assad et laisserait les Turcs massacrer les Kurdes pour eviter qu'Erdogan leve son embargo sur les refugies installes dans son pays.
Pour tout dire, les Kurdes syriens ne peuvent plus qu'afficher leur soutien a Assad ou se suicider.

HAalg a dit…

Que le SG de l'ONU s'occupe en priorité du droit des Kurdes à la vie, à leur langue, à leurs biens, à leur patrimoine.. à leur territoire... à leur liberté... A désigner un représentant des affaires kurdes, au même titre que ceux désignés à propos du volet palestinien, sahraoui, yéménite, kohingas.... etc... Les millions de Kurdes vivant sous les despotismes et/dictatures turc, iranien, irakien et syrien méritent bien que cette attention de l'ONU qui se veut défendre les principes pour lesquels elle fut créée ???
Un smig de solidarité à l'égard de ce Peuple du Kurdistan, objet à des répressions multiples tant en Turquie, en Iran précédemment en Syrie, en Irak…il fait l’objet d'un vrai "apartheid" sans nom bien avant celui de Prétoria.