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samedi 22 décembre 2018

Le retrait américain de Syrie bouleverse la sécurité israélienne



LE RETRAIT AMÉRICAIN DE SYRIE BOULEVERSE LA SÉCURITÉ ISRAÉLIENNE

Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright ©  Temps et Contretemps


Base américaine à Manbij en Syrie
    Donald Trump a pris une décision symbolique. Le départ des 2.200 soldats américains, essentiellement des forces spéciales, changera le rapport des forces dans la région. Ces troupes avaient pour mission de former et de conseiller les forces locales combattant Daesh. Les Américains continueront à frapper la Syrie si nécessaire et à faire tourner leurs drones au dessus de Damas. Pour Trump : «Nous avons vaincu l'État islamique en Syrie, la seule raison pour laquelle j'étais là-bas pendant la présidence Trump». 



Cette décision brouille la politique américaine au Moyen-Orient, alors que l'administration Trump venait de relancer ses frappes militaires en Syrie. Elle avait pourtant adopté une politique à trois niveaux en Syrie visant la défaite durable de Daesh, le retrait de l'Iran et un règlement politique irréversible soutenu par les Nations Unies. Ce processus vise à modifier la constitution syrienne avec, en vue, éventuellement,  le limogeage du président Bachar al-Assad.
En quittant la Syrie, les Américains cherchent indirectement à susciter une OTAN arabe qui prendrait la relève des Etats-Unis car ils ne souhaitent plus rester les gendarmes du monde. Mais, du même coup, ils installent Vladimir Poutine en maître du Proche-Orient. En effet, avec ses soldats, Trump disposait d’un moyen unique de pression pour amener les Russes et l’Iran à la table des négociations et relancer le processus de paix dirigé par l'ONU. L’envoyé américain en Syrie, Jim Jeffrey, a estimé que «la communauté internationale devait mettre fin au processus d’Astana, dirigé par la Russie, faute de progrès dans l’élaboration d’une nouvelle constitution».
Les Américains pensent que l'affaiblissement de l'économie d'Assad pourrait forcer la Russie à rejoindre la table des négociations, car Moscou et Téhéran ne sont pas disposés à engager des forces militaires à long terme pour le régime syrien. Damas a effectivement repris le contrôle de presque tout le pays grâce à une série de victoires militaires mais la partie de la Syrie contrôlée par le régime est confrontée à des problèmes d'inflation, d'accès aux soins de santé et d'agitation croissante parmi les anciens combattants pro-Damas qui ont eu du mal à obtenir des services de base.
Armée syrienne

De son côté, Moscou fait face à des coûts importants pour maintenir Assad à flot tandis que l'Iran se débat financièrement en raison des sanctions américaines. Par ailleurs, les forces blindées d’Assad, fer de lance de la puissance offensive de la Syrie, se sont considérablement dégradées et cela a été constaté lorsque le régime a repoussé les rebelles à Ghouta, dans la banlieue de Damas. L’économie syrienne est effondrée; en conséquence, les grands projets de reconstruction dont pourraient bénéficier les hommes d'affaires russes ne peuvent être lancés sans injection de fonds extérieurs. L'économie syrienne s'est contractée de plus de 70% depuis le début du conflit. Mais les Etats-Unis refusent de reconstruire dans les zones contrôlées par Assad sans un règlement politique en Syrie.
D'anciens responsables américains espèrent convaincre Trump de revenir sur sa décision qui sape la crédibilité des forces armées américaines et crée un effet dissuasif sur les partenaires américains actuels ou potentiels. La Grande-Bretagne, l'Allemagne et la France sont alarmées par la décision de Trump, saluée cependant par la Russie. La France et la Grande-Bretagne se sont engagées à maintenir leurs forces sur le terrain car elles estiment que Daesh  a été «mal battu» et que le combat était loin d'être terminé selon la ministre des affaires européennes, Nathalie Loiseau : «La coalition mondiale contre Daesh a fait d'énormes progrès, mais il reste encore beaucoup à faire et nous ne devons pas perdre de vue la menace qu'ils représentent».
Les Kurdes

          Un risque existe que cette évacuation pousse la Turquie à attaquer les unités de protection du peuple kurde (YPG), soutenues par les Etats-Unis et estimées à 40.000 combattants. Ankara considère ces milices comme une «branche terroriste» des insurgés kurdes cherchant l'autonomie des Kurdes à l'intérieur de la Turquie. Les alliés kurdes seront donc abandonnés par les Etats-Unis. Donald Trump avait informé Erdogan qu'il retirerait ses troupes lors d'un appel téléphonique et avait précisé que le retrait du personnel américain de Syrie prendra 60 à 100 jours. Les forces spéciales américaines ont construit des dizaines de bases et de points d'observation servant de bouclier aux Kurdes et permettant de contrecarrer l'influence iranienne. Les Kurdes qui viennent d’enlever la dernière grande ville à Daesh craignent qu'une incursion turque annule les gains réalisés contre le groupe djihadiste.

En Israël on commence à se poser sérieusement la question de savoir si Trump est vraiment un allié sérieux sur lequel on peut compter. On se demande si le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem n’est pas de la poudre aux yeux pour masquer sa décision de laisser Israël se battre seul au Proche-Orient. Même Barack Obama, accusé d’être anti israélien, n’a jamais atteint cette extrémité et ne nous a jamais trahi dans ses votes à l’ONU. Avec lui, on savait à quoi s'attendre. Il nous a offert dix années de répit avec les Mollahs. En revanche Trump nous met immédiatement en face de l’Iran et du Hezbollah. Quant au problème palestinien, nous ne sommes pas au bout de nos surprises avec le président américain.
Obama avait été violemment décrié par Netanyahou, mais pourtant, il avait fait plus pour Israël que Trump, avec plus de discrétion certes et plus de responsabilité. En effet c’est lui qui a éliminé Oussama Ben Laden alors que Trump a fait illusion et a prouvé son égoïsme national en abandonnant Israël face au danger réel iranien et aux milices islamiques du Hezbollah. Les Kurdes et Israël sont les victimes du dogme «America first».   
Des combattants kurdes enterrent l'un des leurs

Comme l’analyse l’ancien ambassadeur d’Israël, Arie Avidor, «les chroniqueurs israéliens sont d’accord pour estimer que le retrait américain de Syrie est une claque pour Israël mais, bien évidemment, Netanyahou n’est ni en position de l’admettre ni de protester. Trump laisse à la Russie l’hégémonie régionale mais surtout lance un signal fort aux pays du Moyen-Orient que l’Amérique est désormais aux abonnés absents et qu’ils devront régler eux-mêmes leurs problèmes».

Pour l’éditorialiste Chemi Shalev de Haaretz : «Un président américain peureux et défaitiste qui s’enfuit et se retire vaincu et honteux. Il trahit les Kurdes et plante un couteau dans le dos des opposants du tyran Assad. Il renforce l’Iran et concède une victoire éclatante à la Russie de Poutine : voilà ce qu’auraient vitupéré les milieux proches de Netanyahou si c’était le président Barack Obama qui avait pris cette décision».
Certes Israël a les moyens humains et matériels pour se défendre seul mais, dans cette jungle régionale, la décision de Washington risque d’être imprudente.

3 commentaires:

Amellal Ibrahim a dit…

Les USA ne sont pas le chien de combat d'Israël, Trump n'est pas munichois.

Les Etats-Unis ont servi de bélier contre Saddam Hussein en suivant les sages conseils de Netanyahu en 2002, quel résultat ?

Aucun, la région est à feu à sang depuis 15 ans ...

Il est normal de se retirer, d'autant plus que les USA n'ont plus la vigueur économique des années 2000 et que de toute façon Israël sait très bien faire le boulot.

David a dit…

Quelle mouche a donc piqué Trump ? Abandonner les Kurdes à la vindicte turque est un crime ! Ils ont versé leur sang pour combattre l'EI. Espérons néanmoins que l'entourage de Trump arrivera à lui faire entendre raison...

patrick silberberg a dit…

Dur de ne pas cacher sa déception. L Iran est très satisfait et Erdogan qui n arrête pas d insulter Israel et les Juifs dans la foulée sont très satisfaits.