Après l’affichage du premier article, le chargement des nombreuses images des articles suivants nécessite environ une minute d’attente.


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


 

samedi 1 décembre 2018

Frappes en Syrie, un test israélien



FRAPPES EN SYRIE, UN TEST ISRAÉLIEN

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps


Des sources syriennes ont rapporté que, le 29 novembre, des attaques aériennes israéliennes ont eu lieu en trois vagues sur des zones proches de Damas, durant 75 minutes, les plus grandes jamais menées contre la Syrie. Des missiles ont  frappé Al Kiswah, au sud de la capitale, Qanaqar au sud-ouest, et Quneitra, près du Golan israélien. Les autorités israéliennes n’ont ni confirmé et ni démenti ces actions car elles n’ont pas l’habitude de commenter des informations de source étrangère.


Rami Abdul Rahman

Mais le chef de l'Observatoire syrien des droits de l'homme basé à Londres, Rami Abdul Rahman, a révélé que «les forces israéliennes ont bombardé pendant une heure. Deux missiles ont touché Kiswah, où existent des dépôts d'armes appartenant au Hezbollah et aux forces iraniennes, dans lesquels étaient stockées temporairement les roquettes jusqu'à ce qu'elles soient transférées au Liban ».
Ces frappes, même si elles ne sont pas revendiquées par le gouvernement israélien,  constituent un test grandeur nature à plus d’un titre. L’aviation militaire a ouvert de nouveaux couloirs aériens sécurisés pour traverser l’espace syrien en évitant au mieux les systèmes de défense antimissiles S-300. Le résultat semble probant. Tsahal a par ailleurs testé la réactivité russe aux attaques contre l’Iran et le Hezbollah et a vérifié si les S-300, déjà livrés et installés, sont opérationnels en dehors de la zone de protection des basses russes. Israël a eu ainsi la confirmation que ces nouveaux équipements sont loin de pouvoir être utilisés par les soldats syriens qui n’ont pas encore acquis la formation nécessaire pour les faire fonctionner.
La seule réaction syrienne a consisté en un tir d’un missile sol-air en direction du Golan où des débris d’un missile ont été retrouvés le vendredi 30 novembre. Enfin cette action confirme que Benjamin Netanyahou est toujours décidé à combattre la présence iranienne en Syrie en poursuivant «la coordination avec l'armée russe».

Cette fois, l’aviation israélienne a innové en utilisant deux types de missiles sol-sol ; d’une part le Lora à portée de 400 kms et d’autre part le Tamuz guidé à courte portée. Le Lora utilise une combinaison de GPS et de télévision pour le guidage et peut être lancé à partir d'un navire à l'intérieur d'un conteneur standard. Les chasseurs israéliens ont évolué au dessus de 15 sites, appartenant au corps des Gardiens iraniens de la révolution, aux milices pro-iraniennes et au Hezbollah dans une zone s’étendant des pentes syriennes du Hermon au nord, jusqu'au centre de commandement iranien à Izra, au nord de Daraa au sud. 
Israël a visé le village d’Al-Zabadani, sur la route reliant Damas à Beyrouth, entièrement investi par le Hezbollah qui y a établi ses postes de commandement, ses camps d’entraînement ainsi que ses dépôts de munitions et de roquettes. Tsahal a aussi touché la «Maison de verre» à Al Kiswah, au sud de Damas, qui représente le poste de commandement central de l'Iran en Syrie. Il s’agit en fait de la plus grande opération israélienne depuis les frappes du 10 mai 2018 sur 52 sites iraniens et syriens.

Contrairement aux informations arabes, le porte-parole de Tsahal a déclaré qu’aucun avion israélien n’avait été touché. L'agence de presse russe RIA avait rapporté que des défenses anti-aériennes avaient abattu un avion de guerre israélien et quatre missiles, mais elle a vite démenti l’information. L’agence de presse officielle SANA s’est contentée de rapporter que les Syriens avaient repoussé les «cibles hostiles» dans la région d'Al-Kiswah. Ont été aussi visés les postes de commandement et les structures de deux brigades syriennes qui permettaient à des officiers syriens de commander un regroupement de miliciens du Hezbollah, de milices pro-iraniennes chiites et palestiniennes. Des missiles israéliens ont également frappé la 90ème brigade de l'armée syrienne, qui contrôle la zone située au nord de Quneitra et la 112ème brigade, située au sud du Golan.
Cette attaque a fait de nombreuses victimes parmi les Iraniens, le Hezbollah et les alliés chiites. On pense même que des dégâts ont été occasionnés à l'armée syrienne. Aucun bilan humain n’a été publié tandis que l’armée russe est restée silencieuse. Il faut dire qu'elle est occupée avec le problème ukrainien. Ces frappes sont les premières depuis la destruction accidentelle par les forces syriennes d'un avion de reconnaissance russe avec quinze militaires à son bord le 17 septembre, lors d'une incursion de l'aviation israélienne dans la région de Lattaquié. Moscou avait alors accusé Israël d’être indirectement responsable. Mais à l'occasion de ces nouvelles frappes, le gouvernement syrien n’a pas mis en cause les Israéliens, certainement pour éviter de mettre les Russes dans l’embarras.

Ces frappes constituent aussi un avertissement au Liban qui prend de plus en plus de risques. En effet la compagnie aérienne iranienne, affiliée aux Gardiens de la révolution, a transféré au Hezbollah des systèmes d’armes perfectionnés et des GPS destinés à convertir des projectiles imprécis en missiles à guidage de précision. Un Boeing 747 de la compagnie  iranienne Fars Air Qeshm, a été affrété par les Gardiens pour transporter des armes de contrebande à destination des alliés de Téhéran, en utilisant un vol civil direct le 29 novembre 2018, reliant Téhéran à Beyrouth. Le biréacteur Jumbo, immatriculé EP-FAB, a décollé  sur le vol QFZ9964 et a atterri au Liban.  Le Liban collabore donc avec l’Iran pour  faire passer des armes perfectionnées au Hezbollah. Il risque d’en payer les conséquences car il a décidé de sortir de sa neutralité.  
Amos Yadlin

Selon le général Amos Yadlin, directeur de l'Institut national d'études sur la sécurité nationale : «Le Liban permet à l’Iran de changer de tactique en réduisant sa présence en Syrie en faveur du Liban et de l’Irak. En dehors de la colère des Russes envers nous, je suppose qu'ils ont également transmis des messages sévères aux Iraniens. La stratégie de la Russie est de stabiliser la Syrie alors que l'Iran le désorganisait en développant ses installations de missiles de précision. Un conflit entre l'Iran et Israël sur le territoire syrien ne serait pas bénéfique pour la Russie. Un changement dans l'activité iranienne est déjà perceptible en Syrie».

          Le Hezbollah a senti le danger et a réagi immédiatement en publiant une vidéo avec sous-titres en hébreu. Hassan Nasrallah a menacé Israël des pires représailles en cas d'attaque contre le Liban : "Vous allez vous mordre les doigts si jamais vous vous en prenez au Liban". La vidéo met également en scène des hommes du Hezbollah attaquant d'importantes cibles israéliennes, dont les raffineries, les bases de l'armée de l'air, le siège de la centrale nucléaire de Dimona et le QG de l'armée israélienne à Tel-Aviv. Chacun a le droit à ses rêves.
             Les citoyens libanais sont aussi exaspérés par cette situation qui les transforme en victimes. Un groupe d’activistes, d’avocats, de journalistes et de professeurs d’université ont annoncé la mise sur pied du comité constitutif d’un nouveau rassemblement ayant pour objectif de réhabiliter la souveraineté de l’État libanais en contrant le Hezbollah et ses ambitions au Liban par des moyens pacifiques. 

4 commentaires:

patrick silberberg a dit…

Comme d habitude des informations exceptionnelles .
Mais que peut faire israIs face au menaces au nord qui prennent de l empleur.
On voit les avions iraniens arriver à Beyrouth et après ils déchargent tranquillement leur matériel.
C est étonnant en plus Israël à donné les détails des lieux de stockage, donc on doit avoir peur des représailles du Hezbollah ?

David a dit…

Papier très complet.
La grande question est: Est-ce qu'il y a eu coopération avec les russes qui ont laissé faire ou bien les ingénieurs de Tsahal ont-ils réussi à casser les codes des S300 et S400 (comme certaines sources l'affirment) ?
La réponse à cette question est déterminante pour la liberté d'action d'Israël dans la région.

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Nous vivons des temps difficiles où les Archiducs-héritiers, susceptibles de se faire assassiner, ne courent plus les rues. Il est donc devenu pratiquement impossible de déclarer une bonne guerre à l'ancienne ! Et voilà qu'on est contraint de se contenter de la tester avec des frappes plus ou moins bien ajustées, en espérant que finalement le résultat soit le même, tout en étant évidemment beaucoup plus "trendy", comme il se doit dans notre nouveau monde !

Très cordialement.

HAalg a dit…

Très... très bien !!! Son juste droit de nation libre, qu'ISRAEL se défende face à ses ennemis.