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jeudi 9 août 2018

Le Quai d'Orsay a encore frappé, Macron annule sa visite en Israël



LE QUAI D’ORSAY A ENCORE FRAPPÉ, MACRON ANNULE SA VISITE EN ISRAËL

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps


Le président Macron a annulé sa visite en Israël prévue en novembre 2018. Nous attendons les explications détaillées du Quai d’Orsay, relayées par l’ambassadrice Hélène le Gal qui est toujours convaincue de la qualité exceptionnelle des relations israélo-françaises et qui avait utilisé son compte Twitter pour annoncer l’arrivée du président. L’annulation de la visite du président Réouven Rivlin, puis celle du premier ministre Edouard Phillipe ne pourraient pas s’expliquer par le simple fait du hasard mais par une volonté politique affirmée.



Des raisons internes sont peut-être à l’origine de la décision de Macron mais elles viennent à point nommé pour éviter à la France de se mouiller dans le processus de paix initié par Donald Trump. Il est difficile pour le chef suprême de la diplomatie française de justifier cette annulation par les frasques d’un garde du corps. Un président est au dessus de ces contingences quand il s'agit de diplomatie internationale. A moins que ce ne soit la "répression sanglante" par Tsahal des manifestations près de la frontière entre Israël et Gaza qui ait motivé cette annulation.
Emmanuel Macron avait annoncé lui-même sa visite en Israël fixée au printemps 2018 lors d’un discours devant 170 ambassadeurs de France réunis à Paris. Il avait alors affirmé : «Il est fondamental que la France continue à peser sur la question israélo-palestinienne, nous poursuivrons nos efforts avec l’Onu pour une solution à deux États, Israël et Palestine, vivant côte-à-côte en sécurité dans des frontières reconnues par la communauté internationale, avec Jérusalem comme capitale des deux États. Je souhaite me rendre à cet égard au printemps prochain au Proche-Orient en visite au Liban, en Jordanie, en Israël et dans les territoires palestiniens». 
Pour ménager les intérêts économiques français il avait insisté sur «la nécessité de ne pas choisir son camp entre l’Arabie saoudite et l’Iran, les deux grands rivaux régionaux au Proche-Orient. Nous n’atteindrons notre objectif qu’à condition de ne pas entrer dans ces grilles de lecture et nous enfermer dans un camp. Certains ont choisi, c’est une erreur. La force de notre diplomatie est de parler à tous».

Mais cette visite de printemps avait été reportée. En mars 2018, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian avait annoncé «que le président Emmanuel Macron se rendrait à l'automne à Jérusalem et en Cisjordanie». Il était prévu une visite dans les ruelles de la vieille ville de Jérusalem, un discours devant la Knesset et une rencontre avec la communauté Française d’Israël dans le grand Auditorium de l’Université de Tel-Aviv.
Après un premier report, Emmanuel Macron a purement et simplement annulé son déplacement. Il semble qu’en fait il ait un peu trop préjugé de ses capacités diplomatiques au lendemain de son élection triomphale. Le président français considérait à l’époque que Donald Trump avait beaucoup de lacunes en politique étrangère et qu’il pouvait donc se substituer à lui, au nom de l’Europe, pour faire avancer le processus de paix israélo-palestinien. Au début de son mandat, il se faisait fort d’établir des relations de travail étroites avec Donald Trump, alors qu’il était acquis que les deux présidents s’opposaient sur plusieurs grands problèmes mondiaux.

Emmanuel Macron a rencontré le 5 juin 2018 à l'Élysée le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou en croyant pouvoir débloquer le processus de paix toujours au point mort : «Il ne faudrait pas que la menace que fait peser l'Iran au Moyen-Orient fasse oublier l'importance cruciale de faire avancer sans relâche le processus de paix avec les Palestiniens». L'Élysée avait fait savoir qu'Emmanuel Macron avait condamné «les violences des forces armées israéliennes contre les manifestants». Le chef de l'État avait aussi réaffirmé «la désapprobation de la France à l'encontre de la décision américaine d'ouvrir une ambassade à Jérusalem». 
Parce que Mahmoud Abbas avait dit qu’il ne considérait plus les États-Unis comme un médiateur dans le conflit israélo-palestinien, Macron avait cru que les Américains étaient marginalisés et qu’il pouvait occuper leur place. C’était sans compter sur l’entêtement de Mahmoud Abbas et sur les liens politiques solides entre Netanyahou et Donald Trump.

Au début impressionné par le «jeune» Français avec qui il croyait collaborer, Trump avait pris pour un camouflet personnel le vote à l’ONU de la France en faveur de la résolution condamnant la décision américaine de transférer son ambassade à Jérusalem. Le fil était rompu. De son côté, quand Macron a compris que le rôle de la France était minimisé et que les difficultés étaient immenses pour faire avancer le processus de paix, alors il a décidé de laisser «les Américains en première ligne sur la relance du processus de paix». Ensuite, par réaction, il avait publié le 14 mai au soir un communiqué condamnant «les violences des forces armées israéliennes contre les manifestants palestiniens à Gaza» mais sans mentionner le Hamas.  
Après avoir voulu exploiter son aura en France pour faire de l’activisme international, Macron a compris qu’il ne jouait pas dans la même division que Trump. Alors il a baissé les bras en décidant de s’impliquer le moins possible au Proche-Orient et abandonner le «bébé» aux Américains. Les diplomates français ne cessent de rabâcher que Macron garde de bonnes relations avec Israël et Netanyahou sous prétexte de la coopération sécuritaire réelle existant entre les deux pays, mais le premier ministre israélien reste sourd puisqu’il n’a jamais tenu compte d’aucun avis français. Macron n’a jamais compris comment on pouvait lui tenir tête ainsi. Le Quai d'Orsay lui a fait comprendre que son voyage ne se justifiait plus.


5 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Vous ne croyez-vous pas que "élection triomphale" concernant l'élection du président le plus mal élu de la Vème République, ne soit un peu exagéré ?
Quant au reste, je vous laisse juge !

Très cordialement,
M.A.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Chère Marianne,

Deux faits justifient pour moi "l'élection triomphale" :

1. La démocratie veut que le deuxième tour compte au final et l'écart de voix contre le Pen n'est pas contestable

2. il a éliminé tous les partis traditionnels qui ont fait l'Histoire de la France

Cordialement

Claude ANAVI a dit…

C'est le tempéramment de Macron qui lui joue encore de mauvais tour. On ne se substitue pas aux USA quelque soit leur président. Il pense qu'en faisant cavalier seul il va réussir là où bien d'autres ont échoué. ce n'est pas parce que son élection a été fulgurante qu'il va de même réussir sur le plan internationnal. Mais à sa décharge, si je puis dire, c'est difficile de ne pas suréstimer ses forces avec une telle élection à la présidence qui a tout emporté. Ajoutez à cela son caractère et les ingrédients sont là pour faire échec à une diplomatie adroite!

GERARD GROSJEAN a dit…

Mon cher Jacques,

Excellente analyse comme d'habitude.
Toutefois, il eût peut-être été judicieux de mettre entre guillemets les mots "répression sanglante par Tsahal" des manifestations près de la frontière entre Israël et Gaza, laissant ainsi l'entière responsabilité de cette ineptie au Hamas et à ses suppôts du Quai d'Orsay.

Avec toute mon amitié
Gérard Grosjean

Alain PIERRET a dit…

Je prends connaissance de votre commentaire sur ce sujet.

Comme sur d’autres questions de politique (étrangère ou interne), le président a dû reconnaître ainsi d’autres fragilités dans ses dispositions premières. Deux annulations, c’est bien la reconnaissance d’un aveu de faiblesse. J’y vois notamment deux points majeurs :

1°- le nucléaire uranien. La France s’est montrée à la pointe de l’insistance internationale sur la préservation de l’accord du 14.7.2015 (jour glorieux bien choisi). Comment s’opposer aux USA et à Israël, alors que dans sept ans il deviendra à son tour « caduc » et que rien n’empêchera Téhéran de reprendre – s’il les a vraiment interrompus – ses travaux sur la production de l’arme atomique ?

2°- Jérusalem. C’est selon moi l’obstacle déterminant. Il faudra beaucoup plus longtemps pour espérer voir les Israéliens céder. Surtout avec l’appui de Trump dont le(s) successeur(s) ne pourront revenir sur sa décision. Au surplus, comment imaginer le chef de l’Etat passer même seulement quelques heures sans que ses interlocuteurs et le peuple israéliens ne lui manifestent, plus ou moins violemment, qu’il ne saurait être question de faire machine arrière sur Jérusalem, capitale unifiée et éternelle.

Le résultat est qu’en effet, comme vous le soulignez, notre pays n’est plus en mesure de jouer le rôle auquel elle prétend, non sans raison, dans le processus de paix au Proche-Orient. Pourtant, à côté du conflit arabo-israélien, des visites en Egypte, en Jordanie et au Liban ne devraient être négligées et notre président ne peut s’y rendre tout en omettant l’Etat juif.. Cela me rappelle la conférence de Madrid, substituée au projet de conférence internationale qu’il réclamait depuis fin 1985 et où, comme je l’ai écrit dans mon livre « Ambassadeur en Israël » (pages 425-432) la France ne disposait que d’un agent au sein de la délégation néerlandaise, l’Europe n’étant elle-même qu’observatrice.

Finalement, je pense que le Quai d’Orsay, pour une fois, n’est pas à l’origine de cette décision. On a compris à l’Elysée les risques probables encourus. Ce qui n’est pas encourageant pour l’avenir de nos relations.

Alain PIERRET, Ancien ambassadeur en Israël