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lundi 9 mai 2016

L'espion nazi juif Isaac Ezratty



L’ESPION NAZI JUIF ISAAC EZRATTY

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps


Wilhelm Canaris chef des renseignements nazis
            
          Il s’agit d’un épisode peu glorieux de notre histoire qui démontre que certains Juifs n’hésitent pas à trahir leur peuple pour des considérations vénales. Isaac Ezratty est né à Salonique, sous juridiction ottomane, le 15 avril 1893 dans une famille bourgeoise. Il s’était installé en Allemagne en 1911 pour suivre des études. Dans des circonstances peu claires, il a été recruté par les services de renseignements allemands. En août 1914, alors que l'Europe entrait en guerre, il fut envoyé à Barcelone sous le nom de Baron Von Ino Rolland. On ignore tout de ses premières années d’activité dans le service. Une seule certitude, tout était mensonge dans sa vie. Il ne s’appelait pas Rolland, n’était pas baron et encore moins allemand. Mais il avait tout d’un espion intelligent. Petit, robuste et de petite taille, 1,65m, il avait réussi à s'introduire dans la haute société grâce à sa connaissance des langues française et espagnole. 



Isaac Ezrtatty

            Ses ennemis le craignaient mais reconnaissaient qu’il était l’un des agents les plus actifs, cependant sans scrupules. Il exploitait sa collection de déguisements tout en ayant un penchant pour l’excentricité. En effet il s’affichait avec des bijoux de valeur, des grosses bagues en or et des anneaux en diamants. Il avait une vie dissolue à Barcelone où il aimait l’environnement nocturne autour des cabarets et des bordels ce qui lui permettait de côtoyer des hommes du monde qui savaient se montrer généreux.
            Les services de renseignements britanniques l’avaient repéré dès la fin de la Première Guerre Mondiale en tant qu’agent allemand de l’espionnage militaire Abteilung IIIb. Son dossier mentionne qu’il a travaillé de 1918 à 1947 pour le renseignement militaire de l'Allemagne nazie, l’Abwehr. Il avait atteint l’un des postes les plus importants en devenant le chef du réseau basé à Barcelone avec des dizaines d’agents et d’informateurs, chargés d’opérations de sabotage en Espagne, d’envois d’agents au sud de la France et du contrôle des marchandises du port de Barcelone. L'espionnage y était vite devenu une profession lucrative qui avait attiré les aventuriers, en raison de l’activité portuaire. Les espions de toutes nationalités fréquentaient la terrasse de la Maison Dorée, le Grill Room ou l'Excelsior.
Café de la Maison Dorée, Plaza Catalunya à Barcelone

            En 1915 s’était installé à l'ambassade d'Allemagne à Madrid, Wilhelm Canaris, futur grand chef des renseignements, venu créer un grand réseau d'informateurs qui avait son épicentre dans la capitale catalane. Il gérait alors les approvisionnements des sous-marins allemands, opérant en Méditerranée, qui accostaient en Espagne. Certaines opérations s’effectuaient sous le commandement du faux baron Von Rolland, un homme rapidement réputé pour son absence de scrupules et ses goûts de luxe. C’était le temps où l’espionnage allemand était le plus actif. La célèbre danseuse hollandaise Mata Hari, était passée par Barcelone. C’est d’ailleurs elle qui avait prévenu ses chefs que Rolland était à la tête de l’espionnage allemand à Barcelone. Les Alliés s’y étaient aussi établis, le Deuxième bureau et le MI-6 en 1915, puis les Italiens et les Américains en 1916.
Mata Hari

            Le 8 janvier 1918, Rolland avait été chargé d'organiser l'assassinat de l’industriel Josep Albert Barret à Barcelone, président de l'Union espagnole des transformateurs métallurgiques. Les autorités locales avaient attribué à l’époque, à tort, la paternité de la mort aux syndicalistes alors que les vrais responsables étaient des agents allemands qui avaient agi sur ordre pour perturber les activités des industriels catalans qui travaillaient pour les alliés. En décembre 1919, Rolland-Ezratty a été livré aux Français par la police espagnole. 
          Libéré de la prison française, il avait rejoint l’Allemagne à nouveau puis s'était réinstallé en Espagne en avril 1920, en s’impliquant encore d’avantage dans l’espionnage allemand. Il participa au réseau d'espionnage en Afrique du Nord. Mais il ne cessera pas de bourlinguer,  Espagne en 1931-35, Danemark en 1936,  Amérique centrale en 1937-38, pour ensuite rejoindre l'Europe en 1939 avant une installation en Argentine pour toute la durée de la guerre, cette fois au service de Hitler. Il arriva à échapper à tous les services de renseignements qui n’ont jamais réussi à le confondre. La question de son impunité et de son immunité reste entière.
            Après la guerre, les Alliés ont obtenu l’extradition d’Argentine de Von Rolland pour être interrogé en janvier 1947 par les Américains qui poursuivaient les milieux communistes, seule préoccupation de l’époque puis par les Britanniques, le 5 mai 1947, qui eux voulaient en savoir plus sur les agents allemands en Argentine. Mais jamais, durant ses interrogatoires, il n’a montré un quelconque regret pour ses activités au profit des Nazis ni pour les victimes de la Shoah ce qui en dit long sur ses motivations.  Il n’a pas justifié les raisons qui l’ont poussé à travailler pour celui qui a décimé 98% des Juifs de Salonique, ses compatriotes, et six millions de Juifs européens. Il semble que seuls l'argent et la belle vie le motivaient.
Hommes de Salonique forcés par les nazis à se livrer à des exercices physiques 

            Le reste de son histoire est un mystère puisqu’il n’a jamais été inquiété et n'est jamais été poursuivi; cela en dit long sur ses relations à haut niveau. Il a eu le même parcours que tous les dignitaires nazis qui ont trouvé de l’aide pour échapper au châtiment. Une seule information de taille concernait son frère Salomon Ezratty, vice-consul d’Espagne en Thessalonique,  qui avait échappé aux Allemands dans sa ville natale pour s’installer à Tel-Aviv à la fin de 1944. Certains pensent qu’Isaac l'aurait rejoint en Israël sous une fausse identité mais c'est une hypothèse invérifiable, et pour certains fantaisiste. Drôle de destin que celui de deux frères juifs qui ont connu des avenirs si opposés, l'un nazi et l'autre sioniste. La nature humaine est faite de contrastes.

8 commentaires:

Emmanuel DOUBCHAK a dit…

Dans chacune de nos familles les destins sont très divers entre sionistes, assimilés, rejudaïsés, déjudaïsés, hypernationalistes, gauchistes, convertis et autres... frères cousins etc. ont des parcours qui déchirent les familles et les individus au cours de leur vie.

AMMONRUSQ a dit…

Merci pour cette information,de tout temps cela à exister mais c'est encore très proche de nous et ça nous fait mal. Je suis de l'avis d'Emmanuel quand au déchirement des familles et plus elles sont grandes et pire c'est .

Marianne ARNAUD a dit…

@ Emmanuel DOUBCHAK

On pourrait parler aussi de ceux qui sont nés d'un père juif dans une famille antisémite, et qui se sont entendus dire : "Ce n'est pas parce qu'on a tracé une croix sur ton front lorsque tu étais un bébé, qu'on a effacé 4000 ans d'atavisme" !

Michael BOUTBOUL a dit…

A constater comment il s'en est tiré face aux Alliés, peut-être était-il agent double et peut-être a t-il été récupéré par les services israéliens en 1947 ce qui explique sa disparition brutale ?

Georges KABI a dit…

Je ne connaissais pas cette histoire. Ezratty a travaille pour l'Abwehr, le service de renseignement de la Wehrmacht, service dirige par l'amiral Canaris qu fut toujours anti-nazi.

Et puis il y a eu durant la Shoah des Juifs qui ont systematiquement trahi leurs coreligionnaires. On peut citer, parmi eux, le Grand-Rabbin de Salonique, les presidents des Conseils Juifs des ghettos de Lodz et de Sosnovic, les policiers juifs du ghetto de Varsovie, d'autres aussi, moins connus, qui furent employes pour debusquer les Juifs.
Et puis, il y eut aussi quelques 150,000 soldats et officiers allemands d'origine juive qui servirent dans la Wehrmacht. Le plus grade fut le general Milch, totalement juif, qui fut la cheville ouvriere du developpement de l'aviation nazie, la Luftwaffe. Himmler l'accusa d'etre un "Mischling", un batard juif (son pere etait un pharmacien juif). Goering intervint aupres d'Hitler et ce dernier declara: "le seul qui decide en fin de compte qui est juif, c'est moi. Milch n'est pas juif."

En 1947, Milch fut juge pour crimes de guerre, mais vecut comme un homme libre jusqu'a sa mort en 1980.

Avraham NATAF a dit…

Un autre aventurier de ce calibre Trebitsch Lincoln, né Juif Hongrois, bon vivant, endetté, pasteur protestant, députe anglais, Ultra nationaliste allemand et peut être co-fondateur du parti nazi avant Hitler, ennemi de la Grande Bretagne, moine bouddhiste, agent japonais décédé en 1943.

Véronique ALLOUCHE a dit…

@marianne Arnaud
....Ce qui revient à dire qu'un être qui aurait un tant soit peu une ascendance juive serait condamné par les autres à une judéité qu'il n'a pourtant ni choisi ni même peut-être souhaité. Comme une tâche indélébile dont les antisémites se gardent bien d'en ôter la trace.
Très cordialement

Aude a dit…

Ne pas être juif n'autorise personne à se conduire comme un salaud