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mardi 3 mai 2016

Son déclin mène la Ligue Arabe vers l'inutilité



SON DÉCLIN MÈNE LA LIGUE ARABE VERS L’INUTILITÉ

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            

          La Ligue arabe fut fondée le 22 mars 1945 au Caire par sept pays, l'Égypte, l'Arabie saoudite, l'Irak, la Jordanie, le Liban, la Syrie et le Yémen du Nord, et compte aujourd'hui vingt-deux États membres. À l’origine, l'association visait à affirmer l'unité de la nation arabe et l'indépendance de chacun de ses membres. C’est pourquoi l'action de la Ligue fut d'abord dirigée contre l'ingérence des puissances coloniales européennes dans la région, en l'occurrence la France et le Royaume-Uni.



            Mais à partir de 1948, l'État d'Israël fut considéré comme un intrus dans le monde arabe, rendant son existence illégitime. La noble cause initiale de la Ligue Arabe, consistant à se battre pour libérer ses membres du colonialisme, a été dévoyée.  Presque tous les sommets de la Ligue arabe auront alors pour thèmes les événements spécifiques du conflit avec Israël et les résolutions les plus importantes concerneront d'ailleurs la Palestine. Mais lorsque le 17 septembre 1978, l'Égypte signa les accords de Camp David avec Israël, la Ligue décida du transfert de son siège du Caire à Tunis tout en se privant de son membre le plus puissant, l’Égypte qui fut exclue pendant 10 ans. Cela entraîna une baisse notable de l’influence de la Ligue bien qu’elle n’ait jamais fait ses preuves.

Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud

            En 2002, le prince d'Arabie saoudite, Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, avait élaboré une initiative de paix arabe, fondée sur l'idée d'une paix globale au Moyen-Orient : en échange d'une normalisation des relations entre Israël et chacun des pays de la Ligue arabe, l'État hébreu se retirerait de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et du plateau du Golan. En 2007, au sommet de Riyad, cette proposition fut relancée sans résultat notable car Israël ne pouvait pas approuver toutes les clauses de cette initiative de paix arabe mais il n’y eut aucune contre-proposition.
            Aujourd’hui le Moyen-Orient est en recomposition totale avec l’arrivée de l’Iran comme élément perturbateur et avec tous les conflits sanglants qui remodèlent les alliances. La guerre fait rage en Syrie, en Libye et au Yémen tandis que les pays du Golfe acceptent de mauvaise grâce la capacité de nuisance iranienne et le désengagement des États-Unis de la région. Ces troubles auraient pu être l’occasion pour la Ligue Arabe de s’affirmer comme nouvel élément moteur de la région mais pendant cinq ans elle est restée passive, tétanisée par les décisions à prendre. Par ailleurs elle se sclérose parce que les dinosaures politiques continuent à régenter la Ligue au lieu de la revitaliser avec des jeunes dirigeants.
Ahmed Aboul Gheit

            Certains pays pensent que la Ligue est sous la coupe de l’Égypte. En effet, Ahmed Aboul Gheit, 74 ans, ministre des Affaires étrangères d'Égypte de juillet 2004 jusqu'à la Révolution de 2011 remplacera en juillet 2016 l’octogénaire et égyptien  Nabil Al-Arabi, 81 ans,  secrétaire général de la Ligue arabe depuis le 1er juillet 2011. La Ligue vient le clan des retraités. Il est vrai qu’ils ont eu du mal à trouver un consensus sur un nom. Ils ont choisi un diplomate de l’ère Moubarak qui avait été mis à l’écart au moment de la révolution. C’est le moins mauvais candidat, le plus jeune peut-être.
            Jusqu’à présent la Ligue arabe faisait consensus dans son opposition constante à Israël mais même sur ce sujet, ils avaient du mal à unir leurs forces car certains pays arabes ont depuis évolué. Il ne fait aucun doute que cette structure et son idéologie sont obsolètes. Cela répondait aux impératifs d’après-guerre et au démantèlement des deux puissances coloniales. Le nationalisme arabe ne répond plus aux mêmes critères qu’à l’époque. D'ailleurs, la participation de certains pays arabes à la coalition menée par les États-Unis ne s'est pas faite sous l'égide de la Ligue Arabe mais à la suite de consultations interarabes, tenues séparément. La Ligue arabe n'intervient nullement dans la lutte contre Daesh.

            La Ligue est devenue une coquille vide. En fait ses membres n’ont qu’une seule chose en commun : la langue arabe, et encore. Le projet d’arabisation est en panne et l’Afrique du nord revient en force au français. Le Maroc vient d’imposer le français pour l’étude des sciences et des mathématiques. La langue de Molière qui avait été reléguée au statut de langue morte en Algérie reprend du service. Les anciennes colonies britanniques au Moyen-Orient renouent avec la langue anglaise. Le djihadisme a tué le nationalisme arabe qui est soumis à une guerre de clans. Le Maroc, découragé, a refusé d’accueillir le sommet arabe prévu en mars dans le royaume car les conditions pour en garantir le succès n’étaient pas réunies.
            La Ligue Arabe  ne mobilise plus et devient de plus en plus une association qui vit sur sa gloire perdue. Elle cumule les échecs et n’arrive pas à prendre des décisions et des positions représentant de manière homogène ses 22 pays membres. Elle aurait pu s’affirmer sur le plan économique en devenant une structure capable de rivaliser avec l’Union européenne. Elle disposait d’une puissance économique infinie avec ses réserves d’hydrocarbures et ses milliards de dollars. Mais sa stratégie politique a été ratée et il en est de même du renforcement des relations économiques, culturelles et politiques entre États-membres.

            Sur le plan économique, bien que des tentatives aient été effectuées avec un accord de coopération en 1964 par la Jordanie, la Syrie, l’Égypte et l’Irak (rejoints par la Libye en 1975) ou encore en 1981 avec la signature d’un traité pour la promotion du commerce intra-arabe, aucune intégration économique concrète n’a vu le jour pour le moment. Des taxes, droits de douanes et autres obstacles au rapprochement des marchés arabes existent toujours et freinent considérablement les économies arabes, avec des échanges commerciaux interarabes qui dépassent à peine les 10% alors que l’Union Européenne concentre à peu près 63% d’échanges exclusivement intra-européens. La Zale (Zone Arabe de Libre Échange) reste au stade embryonnaire depuis sa signature en 1997. Enfin, les pays arabes n’ont jamais pu s’entendre sur un véritable boycott d’Israël.
Zale

            Le fiasco est aussi total sur le plan culturel car il est difficile de trouver de réels projets communs. Aucun effort n’a été fait pour promouvoir et encourager les échanges scolaires inter-états membres afin de renforcer les liens culturels et revaloriser l’utilisation de la langue arabe de plus en plus éclipsée au profit des langues étrangères. Une grande rivalité entre États arabes persiste et envenime le développement de partenariats stratégiques. Alors que l’Égypte n’a jamais été contestée comme leader du monde depuis Nasser, les États arabes paraissent aujourd’hui en constante concurrence pour la très convoitée place de leader. Depuis 1990, l’Arabie Saoudite consolide son influence, notamment à travers sa doctrine wahhabite et l’émergence de mouvements islamistes qu’elle finance.
Nasser

            Mais de nouveaux acteurs font leur arrivée sur la scène arabe ce qui ne facilite pas l’union au sein des pétromonarchies du Golfe. Certains «petits pays» veulent être considérés comme des grands et veulent avoir droit au chapitre. Le Qatar est devenu l’un des pays les plus riches en matière de PIB mais ne veut pas reconnaître son inféodation à la Ligue Arabe. Les membres de la Ligue arabe ne pourront jamais avancer dans une organisation supranationale car les régimes en place craignent d’être confrontés à une structure qui prendrait trop d’importance jusqu’à intervenir directement dans les affaires locales de chaque pays.
            La paralysie de la Ligue Arabe est donc liée aux divergences entre ses membres et à son manque de pouvoir. Une refonte totale devient indispensable pour en faire une institution qui participe au bon développement du monde arabe et pour éviter que la Ligue Arabe sombre dans l’agonie. À moins que sa disparition planifiée ne soit une solution envisagée par l’ensemble de ses membres. 

2 commentaires:

Georges KABI a dit…


Pourtant, la Ligue Arabe a vu des realisations importantes, dont l'etablissement d'une langue arabe commune et comprehensible par tous ses habitants. Les langues arabes locales n'etaient plus, depuis longtemps, inter-comprehensible: l'arabe parle au Maroc n'a pas grand chose a voir avec l'arabe parle en Tunisie et ce dernier n'est pas vraiment comprehensible en Egypte. L'arabe parle en Irak n'a rien a voir avec cepui parle au Yemen ou a Oman. La Ligue Arabe a su imposer une langue commune utilisee dans les medias et apprise par tous a l'ecole.
Le boycott d'Israel par la Ligue Arabe a ete assez efficace jusqu'aux annees 90, au moment ou une coalition menee par les USA contre l'Irak se forma, mais aussi au moment des signatures des Accords d'Oslo. Des ce moment le boycott disparut assez vite, les temoins en furent les importations libres des voitures japonaises et francaises notamment.

Amellal Ibrahim a dit…

"Les Arabes se sont mis d'accord pour ne jamais se mettre d'accord"

Ibn Khaldoun