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samedi 14 mai 2016

Mystère sur la mort du commandant du Hezbollah



MYSTÈRE SUR LA MORT DU COMMANDANT DU HEZBOLLAH

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            

          On ne prête qu’aux riches ; le dicton est tenace. Les medias arabes ont annoncé ce 13 mai la mort en Syrie du commandant en chef du Hezbollah, Mustapha Badredinne et bien sûr Israël est soupçonné d’être derrière cette élimination. Ils accusent l’aviation israélienne de frappes aériennes à proximité de l’aéroport international de Damas qui l’auraient touché. Tsahal n’a pas l’habitude de commenter ce genre d’actions qui restent cependant du domaine de ses possibilités. On ignore s’il s’agit d’un bombardement aérien, d’un missile ou d’un tir d’artillerie. Badredinne avait souvent fait part de ses inquiétudes puisqu’il avait dit, il y a quelques mois : «je ne reviendrai de Syrie qu'en martyr ou en portant la bannière de la victoire». Funeste oracle. Il a rejoint ainsi l’homme qu’il a remplacé, le commandant Imad Moughnié tombé certainement sous les coups d’Israël.



Imad Moughnie

            Mustafa Badredinne avait été envoyé en Syrie en 2012 pour diriger le contingent du Hezbollah. Il semble qu’un mystère entoure cette mort car un certain désarroi règne dans la machine médiatique bien huilée du Hezbollah. D’ordinaire, Israël est immédiatement cité comme l'habituel suspect, avec publication de vidéos à l’appui. Mais cette fois les communicants de la milice libanaise refusent de pointer les auteurs de l’attentat et de préciser le lieu de l’explosion. Certains la situe à la frontière libanaise et d’autres dans la périphérie de Damas. La date même est douteuse.

            Il est vrai qu’Israël aurait pu avoir des raisons d’éliminer le successeur de Moughnié qui dispose d’un éloquent pedigree de chef terroriste. Il a été le maître d’œuvre de nombreux attentats pour plusieurs commanditaires : Hezbollah, Syrie et Iran. Il avait été arrêté au Koweït pour son implication contre les ambassades  américaine et française. Condamné à mort, il ne dût son salut qu’à l’invasion de l’Irak en 1990.  Le Tribunal international l’a ensuite impliqué dans l’assassinat du premier ministre libanais Rafik Hariri en 2005 en tant que «cerveau» de la planification de l'attentat. 
            Israël a toujours refusé de prendre parti dans le conflit syrien mais avait toujours menacé le Hezbollah et la Syrie en cas de transferts d’armement sophistiqué vers le Liban. Le premier ministre, Benjamin Netanyahou, avait fait une déclaration ferme à l’occasion de sa visite au Golan en avril 2016 : «nous agissons lorsque nous avons besoin d'agir, y compris ici à travers la frontière, avec des dizaines de frappes destinées à empêcher le Hezbollah d'obtenir le renouvellement de ses armes». Cela, bien sûr, ne suffit pas à accuser Israël.
Le gouvernement au Golan

            Mustapha Badredinne avait fait l’objet de sanctions financières du Trésor américain pour «son soutien actif au régime Assad et ses actions terroristes au sein du Hezbollah». Il avait accompagné le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah lors de rencontres à Damas avec Bachar Al-Assad pour discuter de la «coordination stratégique» alors que la Syrie commençait à s'enliser dans la guerre civile. Le Trésor l’accusait aussi de coordonner les activités militaires du Hezbollah en Syrie et d’avoir mené une offensive contre la ville syrienne de Qousseir près de la frontière libanaise en 2013 d'où les rebelles avaient été chassés après une violente bataille.
Chefs du Hezbollah

            Mais pour une fois, les regards ne se portent pas sur Israël uniquement car Badredinne avait de sérieux ennemis parmi les Iraniens et les Syriens ; il était même en conflit ouvert avec  Hassan Nasrallah parce qu’ils divergeaient sur la stratégie à utiliser en Syrie. Il jugeait inefficace l’aide militaire russe. Devant les énormes pertes subies par le Hezbollah, Badredinne avait refusé de prendre part à des batailles en Syrie et avait soulevé le principe du retrait de Syrie de ses forces pour les transférer au Liban. Il trouvait que les missions qui lui étaient confiées étaient disproportionnées par rapport à celles de l’armée régulière d’Assad ce qui explique les énormes pertes au sein de ses miliciens libanais.
            Badredinne s’était plaint auprès du commandant des forces iraniennes, le général Qassem Soleimani à qui il avait dit ses vérités sur le déroulement de la guerre en Syrie. Cela l’aurait peut-être condamné surtout qu’il a accusé l’aviation russe en Syrie de n’offrir que peu de soutien aux troupes au sol. C’est pourquoi il avait anticipé son retrait en déplaçant ses troupes à la frontière libanaise pour les mettre à l’abri. L’Iran, la Syrie et la Russie avaient donc des raisons objectives pour se débarrasser d’un chef «défaitiste».
Qassem Soleimani

            Le secrétaire général adjoint du Hezbollah,  cheikh Naïm Kassem, a promis de fournir les détails de l’explosion qui a tué Badredinne. Il est en effet facile d’analyser le type d’explosif utilisé ou les fragments de missile  Mais il a déjà désigné par avance le coupable : «Nous continuerons à combattre Israël et les takfiristes (djihadistes). Pour nous il n'y a qu'un seul ennemi, il s'agit d'Israël et de ses alliés». Les funérailles du chef militaire du Hezbollah ont eu lieu le 13 mai à 17h30, à Ghobeyri dans la banlieue-sud de Beyrouth. Des  milliers de partisans du Hezbollah ont participé à ces funérailles en scandant : «Mort à Israël, mort à al-Saoud ». Ce n’est pas une surprise.
Cheikh Naïm Kassem


            Quelles que soient les causes de la mort, la disparition de Badredinne sonne comme un  coup dur pour le Hezbollah car il perd le plus expérimenté de ses commandants. Ajoutée aux pertes de 1.400 miliciens, cette situation inquiète Hassan Nasrallah qui se pose lui aussi la question de la poursuite de sa participation militaire pour soutenir le régime de Bachar Al-Assad. Il est certain qu’en Israël personne ne pleurera la disparition d’un ennemi irréductible.
          Le quotidien Maariv  a indiqué que : «Badredinne était l'un des premiers fondateurs de l'aile militaire du Hezbollah, il était le  ministre de la sécurité du parti. Comme dans l'assassinat de Moughnié, on peut estimer que dans ce cas également le Hezbollah surmontera sa perte. Israël bien sûr ne regrette pas la mort de Badredinne, qui a participé à la planification de  dizaines de plans et à l'exécution d'attaques contre Tel Aviv». Le quotidien Haaretz, prétend que «Israël n'est pas impliqué dans l’assassinat du commandant militaire du Hezbollah  en Syrie.  Des signes montrent qu'Israël n'était pas responsable de la frappe». Enfin le ministre israélien Zeev Elkin, s'est refusé à tout commentaire au sujet de cet assassinat qu'il a seulement qualifié de «bonne nouvelle» tout en refusant de confirmer ou d'infirmer l'implication d’Israël.




Officiel
          Le Hezbollah a annoncé le 14 mai que la mort de son commandant militaire en chef, Mustafa Badredinne, en Syrie était due à un «bombardement d'artillerie mené par les groupes takfiris», en référence aux groupes djihadistes Daesh. Il s’agit surtout d’un coup symbolique pour le Hezbollah car cela entérine une défaite de plus face à Daesh. Mais l’hydre islamique dispose de plusieurs têtes interchangeables et les candidats ne manquent pas pour prendre la suite de Badredinne. 



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