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lundi 15 juillet 2013

RIEN NE VA PLUS ENTRE LES REBELLES SYRIENS



RIEN NE VA PLUS ENTRE LES REBELLES SYRIENS

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
         
         
Rebelles syriens, Aboud Riad au centre
               La mésentente est totale entre les rebelles qui combattent le régime de Bachar Al-Assad.  Les rivalités idéologiques et les ambitions personnelles ont pris le dessus sur la cause qu’ils défendent, confortant ainsi le pouvoir syrien dans son intransigeance et dans ses massacres. En l’absence d’une autorité d’opposition forte, le conflit pourrait s’éterniser encore plusieurs mois au grand dam de l’Union européenne et des États-Unis qui observent, passifs, le pourrissement d’une situation défavorable à leur stratégie dans la région.



Guerre intestine

Kamal Hamami


            Une véritable déclaration de guerre a été lancée par l’ASL (armée syrienne libre) à la suite de l’assassinat le 12 juillet 2013 de l’un de ses chefs par des djihadistes affiliés au mouvement Al-Qaeda. Kamal Hamami, alias Abou Bassel al-Ladkani, a été tué dans le port syrien de Lattaquié par des islamistes du groupe «État islamique en Irak et au Levant » (EIIL) au moment où il défendait à Lattaquié un poste de contrôle tenu par ses partisans. Il était l’une des personnalités les plus en vue du Conseil militaire suprême de l’ASL. 
Abou Bakr Al-Baghdadi

En avril Abou Bakr Al-Baghdadi avait proclamé une fusion entre l'État islamique d'Irak (ISI) qu'il dirigeait, et le Front Al-Nosra, afin de créer une entité plus importante, l’EIIL. Ce groupe, faisant partie des deux principales formations djihadistes en Syrie affiliées à la mouvance d’Al-Qaeda, estime qu’il n’y avait «pas de place» pour l’ASL dans la région. El-Baghdadi, chef de file de l’État islamique en Irak, avait lui-même abattu Kamal Hamami et son frère à un barrage routier. 
Front Al-Nosra

L'EIIL cherche depuis plusieurs mois à imposer son autorité sur les zones tenues par l'opposition pour y imposer les règles strictes de la charia à coup d’actions de terreur. Ainsi des combattants rebelles, accusés de corruption, ont été exécutés tandis que des partisans d'Assad étaient décapités face aux caméras. Mais ces excès ont entrainé un rejet de ces groupements extrémistes par une population subissant la violence de toutes parts et ont créé le doute parmi ceux des occidentaux qui voudraient aider matériellement la rébellion. Une partie de la population, opposée autrefois au président Assad,  pourrait d’ailleurs rejoindre le régime de Damas tant elle subit d’exactions gratuites de la part de l'opposition. 


L’ASL a donc retourné ses armes contre ses anciens alliés, acceptant ainsi d’affaiblir une opposition déjà déchirée. Les troupes légalistes syriennes en ont profité pour remporter des victoires et pour reprendre des villes qui étaient tombées entre les mains rebelles. Les groupes d’opposition se combattent, font de nombreux prisonniers qui sont extraits des zones de combats laissant la voie libre aux soldats de l’armée régulière. En raison d’exactions multiples, le peuple qui haïssait le président syrien, en est venu à ne plus supporter les djihadistes censés les libérer du joug bassiste syrien. L’armée profite alors de ces dissensions pour reprendre pied à pied des villes perdues, comme Homs qui continue à être bombardée et assiégée malgré le ramadan.



Djihadistes en première ligne



            La guerre est à présent ouverte entre l’ASL et les djihadistes d’Al-Qaeda condamnés à ouvrir un nouveau front, en plus du front contre Damas. Les deux clans de l’opposition s’affrontent à présent près de la frontière turque. Les rebelles ont abandonné le combat contre Assad pour s’opposer à la mainmise de l’une des organisations concurrentes dans les villes qu’ils occupent. Des djihadistes d’Al-Qaeda ont tenté de s'approprier l’arsenal détenu par l’ASL au nord-ouest du pays.  Des affrontements ont éclaté entre des combattants de l’EIIL près de Ras al-Hosn, dans le nord de la province d'Idleb, et les rebelles dits «modérés» de l’ASL.  

          Les rebelles de l’opposition souffrent d’une tendance à l’atomisation qui a toujours  prévalu au sein de l’insurrection malgré des replâtrages de façade. En cause l’hétérogénéité du recrutement, des affiliations idéologiques et des soutiens étrangers, la diversité et l’éloignement, surtout, des différents fronts où chacun fait ce qu’il veut ou peut, selon l’inspiration tactique du moment. On ne se coordonne – au mieux – qu’à l’échelle d’une région, comme cela a été le cas pour les offensives ou les infiltrations à Damas, Alep et pour Homs bien sûr. 
Le responsable djihadiste Abou Somar à Alep

          La rébellion ne dispose pas à ce jour d’une  vraie structure militaire avec des chefs dignes de ce nom. La direction ASL est critiquée pour n’avoir pas l’expertise militaire acquise en revanche par les djihadistes dans des terrains d’opération étrangers, le Mali par exemple. Les conséquences deviennent évidentes. Ainsi  la rébellion, déjà surclassée militairement et isolée politiquement est plus que jamais vouée à se scinder en petits groupes tactiques qui réduisent son efficacité. Certains chefs tel Abou Somar  ne reconnaisent que Conseil militaire d’Alep comme supérieur,  à part Dieu bien sûr, mais l’Etat-major ASL ? Connais-pas ! 

Ces querelles intestines entre opposants au régime de Damas augmentent la réticence des puissances occidentales qui rechignent à équiper les rebelles en armes parce qu’elles risquent de tomber entre les mains djihadistes. Pendant ce temps, un pont aérien en provenance d’Iran ne cesse d’alimenter en armement les troupes régulières de Syrie et leurs alliés du Hezbollah. L’Irak, devenu satellite iranien, ne fait d’ailleurs rien pour empêcher les vols au-dessus de son espace aérien. Selon le ministre irakien des Affaires étrangères, Hoshyar Zebari : «Depuis septembre, nous avons commencé à inspecter de manière aléatoire les avions iraniens et syriens. Nous avons trouvé du matériel non létal, comme des équipements, des médicaments et de la nourriture».
Hoshyar Zebari

La mésentente au sein de l’opposition syrienne, qui a du mal à se doter d’une nouvelle direction, crée une réticence auprès de ses alliés arabes et occidentaux qui s’étaient engagés à lui fournir les armes de pointe pour enrayer la progression des forces gouvernementales. Le CNS (Conseil national syrien), formé pour l'essentiel d'opposants en exil, peine à se faire entendre sur le terrain et à enrayer l'émergence de mouvements islamistes à la pointe de la lutte armée. L'Arabie saoudite, qui ne lésine pas dans l’aide à l'opposition, a commencé à livrer des armes de haute technologie aux rebelles. Les États-Unis souhaiteraient organiser eux-mêmes des livraisons aux rebelles «modérés» pour s'assurer que ces armes ne tombent pas entre de mauvaises mains.



État islamique


Miliciens de l'ASL dans les villages syriens


En fait il semble que l’objectif d’Al-Qaeda en Syrie ne soit plus de renverser le régime de Bachar Al-Assad mais de consolider son implantation dans des villages mitoyens de la Turquie pour y créer un État islamique croupion, régi par la charia. Les djihadistes s’installent dans de nombreux villages en y faisant régner la terreur, en particulier dans le village de Dar Ta Izza dans la province d’Alep. Dans le village voisin de Dana avaient eu lieu des affrontements meurtriers avec des unités de l’ASL. Le village est tombé à présent sous le contrôle de l'État islamique. Des dizaines d'hommes armés et masqués patrouillaient dans les rues. Les groupes d'opposition armés liés à l'ASL ont été forcés de quitter la ville.

De nombreux étrangers ont rejoint les rangs d’Al-Qaeda. D’ailleurs, un tunisien Abou Oussama al Tunisi avait été désigné comme émir de la ville, titre qui est donné aux commandants d’Al Qaeda. Mais leur maladresse leur joue des tours car pour devenir plus forts, ils ont besoin du soutien de la population qui ne comprend pas que, pour diffuser l’islam, ils aient besoin d’armes pour tuer d’autres musulmans. De nombreux combattants étrangers venus de pays islamiques et même européens sont installés en Syrie pour soutenir la lutte contre le régime de Damas et pour créer leur propre État islamique. Ils cimentent leur pouvoir dans les territoires contrôlées par l'opposition en nettoyant la zone des partisans du régime et de ceux qui luttent contre l'Islam. Des talibans pakistanais combattent désormais en Syrie

Mais cette prise de contrôle militaire et religieuse passe par des combats qui déciment beaucoup d’hommes plus utiles pour combattre Bachar Al-Assad. Les soldats légalistes ont encore de beaux jours devant eux.


4 commentaires:

Pat Quartier a dit…

Merci d'avoir offert a vos lecteurs ce beau panel de tronches de prof's de philo.
Souhaitons aux uns et autres un grand nombres de victoires ...precaires.meme et surtout si cela doit faire souffrir l'Europe et les USA qui n'ont que le choix de l'embarras.

邓大平 עמנואל דובשק Emmanuel Doubchak a dit…

Les Djihadistes fanatiques ont au moins fait la preuve de leur nocivité auprès de tous, et quelles que soient leurs victoires sur le terrain, elles n'en constituent que des défaites morales et politiques, rongées par leur propre violence. Le cas de l'Egypte, dont le résultat est encore indécis, devrait faire réfléchir les enturbanés de la cervelle...

Michel LEVY a dit…

comment pouvait-il en être autrement ? ? l'histoire de l'Iran est là pour nous le prouver, tout le monde était contre le shah, mais les uns voulaient une démocratie, les autres un régime islamique, ensemble ils ont renversé l'empereur, et les islamistes ont bouffé les démocrates. En Syrie, les démocrates ne veulent pas se laisser bouffer.
L'essentiel n'est pas de virer Assad, mais d'instaurer un régime qui soit meilleur pour les syriens.

Sbidermann a dit…

Pourvu que ça dure.
Ils ne sont jamais aussi doués que pour s'entretuer, c'est fascinant.
C'est fascinant et quasi incompréhensible pour un occidental comme moi. Occidental et donc sceotique et nihiliste, donc pourvu que ça dure, parce que je ne vois pas d'issue, au moins à moyen terme