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lundi 1 juillet 2013

HAMAS : RENVERSEMENT D’ALLIANCE



HAMAS : RENVERSEMENT D’ALLIANCE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Khaled Mechaal et Ismael Haniyeh à gaza

Les évènements de Syrie ont entrainé au Proche-Orient une recomposition politique qui s'était déjà engagée dans le cadre de la compétition entre les deux clans menés par le Qatar, adepte de l’idéologie des Frères musulmans, et les salafistes d’Arabie saoudite. La rupture va au-delà de la guerre de religions entre sunnites et chiites qui n’ont jamais réussi à surmonter leur haine ancestrale. Mais dans ce clivage entre clans musulmans la politique politicienne a repris le dessus.




Deux camps antagonistes


Aujourd’hui le Hamas a choisi le camp sunnite, pour les uns par opportunisme et pragmatisme qataris et pour les autres, par conviction politique. Les plus hargneux qualifient ce revirement politique de sectarisme ou d’ingratitude. La rupture a été consommée à la suite du manque de reconnaissance à l'égard de la Syrie, affiché par Khaled Mechaal qui avait exploité pendant 20 ans l’aide financière et matérielle de Bachar Al-Assad. Mais pour des raisons encore troubles, il avait décidé de quitter précipitamment Damas en janvier 2012, avec l’ensemble de son bureau politique. 
Emir du Qatar et Roi d'Arabie

Il est vrai qu’il avait reçu des offres alléchantes et sonnantes de la part du Qatar qui cherchait à s’implanter au Proche-Orient pour contrer l’omnipuissance de l’Arabie saoudite. Le Qatar faisait alors partie du clan des pays arabes «modérés» sans que l’on sache la signification de cet adjectif accolé à un pays féodal qui bafoue la démocratie et qui applique à la lettre les préceptes de la charia. Certains attribuent sa modération au fait qu’il n’appelle pas à la destruction d’Israël.

Il était difficile au Hamas de garder des relations étroites avec Bachar Al-Assad alors que, par ailleurs, le Qatar finançait et armait la rébellion syrienne. Le Hamas a donc été contraint à un renversement d’alliance consistant à se rapprocher de ceux qui partageaient sa même idéologie, les Frères musulmans. Mais le paradoxe tient à la décision simultanée de l’égyptien Mohamed Morsi de rejoindre le camp américain pour des raisons purement économiques, face à la déroute financière de son pays. Khaled Mechaal savait donc qu’en choisissant le camp de l’Égypte il se trouverait classé parmi les amis américains.  



Dissensions internes
Djihad à Gaza




Mais la question syrienne n’est pas encore tranchée par le Hamas car des dissensions internes se font jour au sein de l’organisation qui n’est pas monolithique. Ceux qui prônent toujours l’alliance avec les syriens estiment qu'ils sont les seuls dans la région à combattre efficacement aux côtés des palestiniens. Cette thèse étonne car les syriens n'ont rien fait de concret pour les palestiniens. Depuis 1973, la paix règne à la frontière avec Israël et aucun coup de feu n’a été tiré. 

La division du Hamas profite d’une part aux israéliens parce qu’elle occupe ailleurs les combattants islamiques qui s'affaiblissent militairement, mais surtout à l’Autorité palestinienne qui se retrouve face à un clan divisé qui lui fait moins d’ombre. Certains dirigeants palestiniens de Gaza font cependant grief à Khaled Mechaal d’avoir choisi le mauvais camp en misant sur une chute rapide du régime de Damas, aujourd’hui hypothétique, et de s’être éloigné de «l’Axe de résistance» constitué de l’Iran et du Hezbollah.
Hezbollah à Quseyr

La rupture a aussi été consommée avec le Hezbollah qui combat aux côtés des troupes régulières syriennes. En expulsant en juin le Hamas de son fief de Beyrouth-Sud, le Hezbollah a rendu public le conflit qui couvait depuis deux ans entre les deux mouvements combattants. La bataille de Qusayr a été révélatrice du choix stratégique du Hamas puisque les combattants du Hezbollah ont constaté que les rebelles syriens utilisaient des mines que le Hezbollah avait lui-même fournies au Hamas. Ils avaient aussi constaté que les djihadistes et les rebelles de l’Armée syrienne libre avaient été aidés par des militants du Hamas dans la construction de tunnels sous Qusayr qui ressemblaient fortement à ceux qui étaient construits entre Gaza et l’Égypte. Le Hezbollah accusait donc le Hamas d’être coresponsable de la mort de plusieurs de ses combattants au front. 
L'armée régulière syrienne à Quseyr

L’alliance entre le Hamas et le régime syrien s’est avérée en fait contre nature. Les sunnites du Hamas pouvaient difficilement cohabiter avec les chiites alaouites syriens et les chiites iraniens et ceux du Hezbollah. La guerre de religions était donc inévitable et a refait surface en étant attisée par le conflit syrien.  



Alliance avec l’Égypte



Khaled Mechaal a, en toute connaissance, pris fait et cause contre la Syrie. A l’occasion de sa visite en Égypte il a exhorté le Hezbollah à quitter la Syrie et a conseillé le Hezbollah  à plutôt mettre ses combattants au service du peuple palestinien, c’est-à-dire contre Israël. Le Hamas a appelé, dans un communiqué du 16 juin, le Hezbollah à "retirer ses forces de Syrie et à garder ses armes tournées uniquement vers l'ennemi sioniste, étant donné en particulier que son implication en Syrie a contribué à une augmentation de la polarisation confessionnelle dans la région". Le Hamas a encore ajouté : "La cause palestinienne est la question centrale de la nation arabe et islamique, et la résistance à l'occupation sioniste est la mission fondamentale et il faut garder le cap de la résistance quelles que soient les circonstances".
Mahmoud Al-Zahar

A l’occasion de sa réélection à la tête du bureau politique Mechaal avait éliminé tous les extrémistes qui pouvaient s’opposer à lui car il avait déjà anticipé son revirement. Mais malgré cela, l’aile militaire du Hamas, les brigades Azzedine Al-Qassam, et les partisans de Mahmoud Al-Zahar, évincé du bureau politique, ont condamné l’orientation nouvelle du Hamas. Ils ont mis en lumière l’ingratitude consistant à s’opposer au Hezbollah qui avait formé les combattants du Hamas et avait fourni l’armement en provenance d’Iran, via le Soudan. Dans une lettre adressée lundi 27 mai 2013 aux membres du bureau politique : «les brigades al-Qassam se sont dites attachées à leur alliance avec le Hezbollah, dans le cadre de la résistance sur le front nord de la Palestine historique».

Problèmes financiers


Mais le Hamas mesure l’inconvénient de sa nouvelle stratégie car il s’est coupé de ses sources de financement en Syrie et en Iran. À part le Qatar qui monnaye politiquement son soutien, il ne peut, pour l’instant, rien attendre des États-Unis qui financent à coups de millions de dollars l’Autorité palestinienne de Cisjordanie. Mahmoud Abbas veut d’ailleurs prouver ainsi qu’il avait fait le bon choix en se rapprochant de l’Occident. 
Khaled Mechaal et le président Morsi

Le Hamas est complètement aligné sur la politique de Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, et il a en particulier approuvé la fatwa, lancée par des savants sunnites dirigés par Youssouf Al Qaradawi, appelant ouvertement au Djihad contre Al-Assad. Il a applaudi la rupture des relations diplomatiques entre l’Égypte et la Syrie, décidée le 15 juin par le président Morsi, et a officiellement mis fin aux relations avec le Hezbollah accusé d’inciter au sectarisme.

Khaled Mechaal a certainement mesuré les risques qu’il prenait en alignant sa politique sur celle de l’Égypte qui traverse actuellement des troubles sérieux mettant en cause la survie du pouvoir des Frères musulmans. Mais il n’avait pas le choix dès lors où l’armée égyptienne et ses services de sécurité campent au point de contrôle de Rafah avec le pourvoir de fermer les accès pour étouffer la bande de Gaza si le Hamas prenait la décision de s’opposer à l’Égypte.  Cependant, le choix du lien avec le Qatar et l’Égypte est critique car le Hamas se coupe automatiquement de l’Arabie saoudite et des Émirats, tous deux salafistes,  totalement hostiles aux Frères musulmans.
Djihad islamique à Gaza

Ce revirement politique de Khaled Mechaal entraine une fracture de fait en deux clans antagonistes, Hamas et Djihad islamique, ce qui posera à terme un problème de gouvernance et de stabilité de la bande de Gaza.  Israël y voit de son côté un intérêt particulier car le problème palestinien s’étiole au profit d’une lutte entre chiites et sunnites.

   

3 commentaires:

Gérard AMSELLEM a dit…

Passionnant...on ne s'ennuie pas....reste plus au Hamas qu'à concrétiser son choix politico stratégique et régler son compte à Nasrallah dans son bunker de Beyrouth

Norbert a dit…

Tout ceci prouve surtout qu'une paix est aujourd'hui impossible car qui la ferait respecter ? Personne n'en est capable.

MBI a dit…

Bonjour,
pourriez-vous nous donner votre sentiment (un peu de politique fiction) au vu des évènements actuels en Egypte, imaginons une chute de Morsi et une reprise du pouvoir par l'armée qui se rapprocherait des occidentaux ?
MErci