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vendredi 25 février 2011

BILLET D’HUMEUR : VALEUR RELATIVE D’UNE VIE ARABE




BILLET D’HUMEUR : VALEUR RELATIVE D’UNE VIE ARABE

 

Par Jacques BENILLOUCHE



Pour écouter le texte radiodiffusé cliquer sur le triangle noir

         La manifestation était monstre à Paris ce 18 juin 2010. Elle était la plus importante de mémoire de journaliste. Le cortège s’étirait de la République à la Nation, sur plusieurs kilomètres en rangs serrés. Un million de personnes selon la police ou deux millions de manifestants selon les organisateurs constituaient le cortège chargé de faire entendre la réprobation devant les massacres. Les informations venues de l’Etranger précisaient qu’au même moment des manifestations de protestation se déroulaient partout dans le monde, à Londres, à Bruxelles, en Turquie, en Jordanie et au Liban. Le Parti des musulmans de France (PMF), proche des mouvements islamistes radicaux, conduisait la marche avec son imam en tête en tenue de gala, tout de blanc vêtu.
La gauche française, à l’initiative du Nouveau Parti Anticapitaliste, avait lancé un appel à se rendre en masse au centre de Paris. Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts et porte-parole d’Europe Ecologie, était présente pour accompagner Olivier Besancenot qui s’est dit « révolté par cet acte de guerre » tandis que Marie-George Buffet, secrétaire du parti communiste pour quelques jours encore, appuyait cette déclaration de hochements de tête approbateurs. Bref tous les ténors de la bonne conscience étaient là ; la fine fleur de la contestation défilait comme elle le fait dans les grandes occasions quand elle estime que leur droit humain est bafoué.
            Depuis le début des révolutions, des centaines de cadavres jonchent les sols tunisiens et égyptiens. Mais le colonel Kadhafi a fait fort avec ses milliers de morts qui ont osé réclamer la liberté. On s’attendait à ce que les manifestants français aillent défiler en masse pour s’élever contre des meurtres de civils afin de marquer leur solidarité active mais ils n’ont pas réagi puisque les faits ne prêtent pas à attention lorsque des arabes tuent d’autres arabes.

Réprobation sélective

            Les mêmes militants qui s’était dérangés pour les neuf morts de la flottille de Gaza n’avaient aucune raison de s’intéresser à ce qui se passe dans les contrées arabes puisqu’il s’agit d’une guerre interne. Quelques milliers de morts arabes ne représentent pas grand chose par rapport aux neuf turcs tués sur le bateau Marmara. Il est vrai que le sujet ne fait pas vendre et ne mobilise pas les masses quand Israël n’est pas impliqué et quand les arabes n’apparaissent pas en victimes.
            Les donneurs de leçons habituels n’ont rien à dire sur ces massacres. Ils se taisent, ils ne s’expriment plus, ne réagissent pas dans les médias, ne condamnent plus les « actes barbares » et ils ont perdu leurs mots pour qualifier ce drame. Ils ne se voient pas autorisés à  militer pour le sauvetage de milliers de libyens qui n’avaient qu’à se laisser exterminer pour laisser en paix les organisations politiques françaises. Le blocus de Gaza était inconcevable quand il s’agissait de s’opposer au passage d’armes de destruction mais aujourd’hui la mort de civils semble trouver une justification aux yeux des donneurs de leçons.
            La vérité est une notion relative puisque les bonnes consciences françaises, qui s’opposent à Israël, sont toujours promptes à réagir quand elles estiment que l’Etat juif n’a «  aucune considération pour les Palestiniens, spoliés, chassés hors de chez eux et maltraités depuis 1948. » Les autres victimes ne méritent pas qu’on s’attarde sur leur sort et ne font l’objet d’aucune polémique. Telle est « leur » vérité. Le problème de ces élites est qu’elles ont l’indignation sélective pour ne pas dire exclusive. Il serait bon que, de temps en temps, elles enlèvent leurs œillères pour constater qu’il y a d’autres peuples qui méritent une attention et auxquels elles ne daignent même pas offrir un regard de compassion.  

   http://www.jerusalemplus.tv/index.php?option=com_content&task=view&id=7905&Itemid=218
  

mardi 22 février 2011

SLATE : Pour Israël, la menace iranienne se rapproche



SLATE : Pour Israël, la menace iranienne se rapproche
 
Par Jacques BENILLOUCHE

 
Téhéran profite du flottement du pouvoir égyptien et de l'affaiblissement américain pour envoyer des navires de guerre en méditerranée.
 
 
Deux navires de guerre iranien ont franchi le canal de Suez et pénétré en Méditérranée mardi 22 février pour la première fois depuis 1979 et la révolution islamique. Les navires sont la frégate de 1.500 tonnes Alvand et le transport de 33.000 tonnes Kharg. La frégate est armée de torpilles et de missiles anti-aériens et le Kharg possède des hélicoptères....
 
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GUYSEN-TV : DES NAVIRES DE GUERRE IRANIENS TRAVERSENT LE CANAL DE SUEZ



GUYSEN-TV : DES NAVIRES DE GUERRE IRANIENS TRAVERSENT LE CANAL DE SUEZ

Journal télévisé du 21 février 2011

Jacques BENILLOUCHE au micro de Myriam DANAN

Le croiseur iranien Kharg
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lundi 7 février 2011

GUYSEN-TV DEBAT DU 7 février 2011 : OBAMA ET L'EGYPTE



GUYSEN-TV :  FOCUS  DU  7 FEVRIER 2011

OBAMA : TIMIDE AVEC L'IRAN, MENACANT AVEC L'EGYPTE


Débat dirigé par David SEBBAN 

avec Léon ROZENBAUM et Jacques BENILLOUCHE




Lien pour visionner toute la vidéo sur le site de GUYSEN-TV :

http://www.guysen.com/tv/index_flash.php?vida=5292

lundi 31 janvier 2011

LES JUIFS TUNISIENS DANS LE DOUTE



LES JUIFS TUNISIENS DANS LE DOUTE

Par Jacques BENILLOUCHE





Si les juifs tunisiens sont très exubérants en France, ils sont extrêmement discrets en Tunisie. Des 120.000 membres qui étaient installés depuis plusieurs générations, ils ne sont plus que 1.000 à vivre à Djerba dans un moyen-âge anachronique et 500 à Tunis. Les juifs de la Capitale, à l’exception des vieillards dans des maisons de retraite, sont constitués en majorité d’hommes d’affaires et d’industriels riches qui ont misé sur la dynamique économique du pays. Les évènements liés à la chute du régime de Ben Ali refont parler d’eux car l’avenir de cette petite communauté est tiraillé par le doute.


Une vie dans la quiétude

Les juifs tunisiens n’ont jamais été visés et leur vie n’a jamais été menacée car il était dans la tradition du pays de respecter une minorité installée depuis plusieurs siècles, qui avait participé de surcroit à l’élan économique de la région. Des signes forts ont été donnés par les autorités locales puisque, pendant les dernières émeutes, la grande synagogue de Tunis a été protégée par des forces de police importantes pour éviter les déboires de 1967 lorsqu’à l’occasion de la Guerre des Six Jours des manifestants avaient brûlé le symbole du judaïsme tunisien.
Les organisations internationales juives, présentes localement, l’American Jewish Committee ou le Joint,  restent cependant sensibilisées par la situation d’une communauté discrète dont quelques membres vivent au sud profond, Zarzis, complètement assimilés à la population locale.
Les arabes tunisiens n’ont jamais fait preuve d’agressivité à l’égard d’une minorité qui avait atteint le nombre maximum de 120.000 âmes. Quelques incidents mineurs avaient émaillé la vie paisible de cette communauté discrète mais il s’agissait d’exceptions individuelles. Pourtant, les juifs ont quitté librement, de leur propre gré, leur terre natale alors que rien ne les y obligeait. A l’arrivée des français, ils avaient fait le choix du colonisateur parce qu’il représentait l’émancipation, l’ouverture à la culture occidentale et la possibilité de promotion sociale grâce aux écoles françaises. L’indépendance de la Tunisie en 1956, qui suivit de près la création de l’Etat d’Israël en 1948, créa un dilemme puisque les uns, petits bourgeois, avaient décidé de rejoindre les colonisateurs en France tandis qu’une minorité pauvre et inculte faisait le choix de la « Terre Promise » avec les pionniers sionistes. Ce ne fut pas sans difficultés ni sacrifices car l’intégration de populations disparates fut difficile en Israël d’autant plus qu’elles ont été envoyées pour peupler des zones arides et isolées du bout du pays et pour faire fleurir un désert qu’elles étaient incapables de maitriser. Ceux qui restaient dans leur ville natale étaient suspectés de sympathie sioniste même s’ils avaient donné des gages vis-à-vis du nationalisme tunisien.
L’antisémitisme restait cependant ancré chez certains sympathisants proches des islamistes. Ainsi, le parti d’opposition P.D.P (parti démocrate progressiste) n’hésita pas à troubler le consensus par des déclarations controversées. Sa secrétaire général et passionaria de l’opposition à Ben Ali, Maya Jribi, avait demandé au gouvernement tunisien d’interdire l’accès des pèlerins juifs à la synagogue de La Ghriba à Djerba et de refuser aux israéliens, même originaires du pays, de se rendre en Tunisie. Elle rejoignait ainsi les idées racistes du parti islamiste Ennahdha, certes minoritaire, qui n’a jamais caché sa haine du juif.

Vassalité juive
      
La communauté juive s’est trouvée en porte-à-faux aujourd’hui en raison des prises de position excessives de ses propres dirigeants. Les quelques notables juifs, intéressés par les honneurs, avaient multiplié les déclarations maladroites de vassalité à l’égard d’un régime qu’il pensait éternel : «  le président Ben Ali est le dirigeant le plus capable d'assurer le progrès et la prospérité des tunisiens, grâce, notamment, à sa vision perspicace dans la gestion des affaires du pays et à sa faculté de veiller sur son avenir, en nous faisant profiter de sa politique avant-gardiste ». Ces mêmes flagorneurs qui s’étaient empressés de faire acte de soumission ont été, pour certains, les premiers à quitter le pays pour la France dès la chute du dictateur, en abandonnant à leur triste sort une communauté désemparée.
Les hommes du Livre, eux aussi, ne ratent jamais une occasion de prouver leur incompétence politique dès qu’ils quittent leur synagogue. En effet, le Grand rabbin de Tunisie est sorti de son rôle strictement cultuel le jour de la fête solennelle du Yom Kippour, le Grand Pardon, pour tracer un portait dithyrambique de Ben Ali  et pour lancer du haut de sa chaire un appel au président à se représenter à la présidentielle de 2014. Maladresse ou déclaration excessive ? Dans les deux cas ces propos restent inexcusables car ils mêlent au combat politique une communauté juive dépolitisée et discrète. D’ailleurs, craignant les conséquences d’une déclaration inappropriée, le Grand rabbin qui était présent en Israël au moment de la révolution a annoncé qu’il ne « souhaitait pas rentrer en Tunisie »  rejoindre ses ouailles car sa proximité avec l’ancien régime pouvait lui causer des torts.
La politique à courte vue des notables risque de plonger les juifs, accrochés à leur avenir en Tunisie, dans la peur car les déclarations intempestives rejailliront certainement sur eux. Ce qui était impensable il y a quelques semaines devient d’actualité puisque certains envisagent de quitter le pays car ils craignent des violences aveugles de la part d’extrémistes d’Ennahdha, les sympathisants des Frères musulmans égyptiens. La menace terroriste en provenance du Sahel risque de trouver un nouveau terrain de prédilection dans les zones du sud du pays où El Qaeda menace les touristes, et les touristes juifs en particulier.

Le choix d’Israël

Israël qui se nourrit des troubles dans les pays arabes pour attirer quelques nouveaux immigrants, indispensables à l’expansion du pays, s’intéresse de près au sort des juifs qui l’ont toujours boudé. Ayant implanté historiquement des agents du Mossad du temps où le quartier général palestinien avait été transféré de Beyrouth à Tunis, il garde un œil sur cette petite communauté dont une vingtaine de personnes a déjà été exfiltrée secrètement pour rejoindre l’Etat juif. Il craint que l’islamisme, qui avance masqué pour l’instant, n’exploite les ressorts de la démocratie pour entrer dans la vie politique. Il sait qu’il devra suppléer l’absence ou la passivité des dirigeants communautaires qui auront rejoint l’exil de Ben Ali. Le vice-ministre israélien des affaires étrangères, Danny Ayalon, a certainement exagéré en estimant que les juifs de Tunisie devaient faire face à « une situation effrayante et vivaient dans la crainte de représailles ». Mais c’était de bonne guerre pour instiller la peur et convaincre les derniers réfractaires à quitter le pays, pas forcément d’ailleurs vers Israël. 
            Le gouvernement israélien a tenu à prendre des dispositions si la situation empirait. Il a profité de la visite officielle de la ministre des affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, pour envisager l’aide de la France afin de recevoir temporairement les juifs tunisiens en transit vers Israël. Le nombre est bien faible de ceux qui sauteront le pas mais il grandira à mesure que des déclarations revanchardes seront diffusées. Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue Arabe, a fait une annonce qui ciblait de manière indirecte les juifs qui avaient choisi le camp de Ben Ali : « les citoyens arabes sont dans un état de colère et de frustration sans précédent » impliquant que les citoyens juifs n’avaient pas fait preuve d’un bon discernement. Le problème concerne quelques centaines d’individus mais le symbole est grand si la Tunisie devait se vider des derniers témoins de la présence pendant plus de 2000 ans d’une communauté dynamique qui a eu son heure de gloire.

SLATE : WASHINGTON A LACHE MOUBARAK




SLATE : WASHINGTON A LACHE MOUBARAK

par Jacques BENILLOUCHE


Depuis George W.Bush, les Américains tentent de préparer la succession d'Hosni Moubarak et d'éviter une prise du pouvoir en Egypte par les Frères Musulmans.
La position de l'administration Obama et même de celle qui l'a précédé quand George W. Bush était à la Maison Blanche a toujours été ambigüe vis-à-vis d'Hosni Moubarak. Elle l'est encore plus aujourd'hui. Les Américains savent qu’il représente la stabilité dans la région et le seul allié d’Israël et pourtant, ils hésitent à l’appuyer ouvertement. Le ministre de la défense Mohamed Hussein Tantawi, par ailleurs commandant en chef des forces armées égyptiennes, qui s'est rendu à Washington au cours des dernières heures pour obtenir le soutien des américains dans la lutte contre les émeutiers a pu s'en apercevoir.....

Lire la suite sur le site Slate en cliquant sur le titre en rouge de l'article :

http://www.slate.fr/story/33443/egypte-washington-moubarak-lache

dimanche 30 janvier 2011

FRANCE-24 : LA TUNISIE, SLATE et Jacques BENILLOUCHE



FRANCE-24 : 
LA TUNISIE, SLATE et Jacques BENILLOUCHE



Les femmes et la révolution tunisienne

« Il est indispensable que les réformes garantissent les droits dont jouissent les femmes tunisiennes ». C’est la principale revendication des signataires de cette pétition lancée en ligne cette semaine. Des artistes, des fonctionnaires ou encore des étudiantes interpellent ainsi les autorités tunisiennes et leur demandent d’inscrire dans la constitution un principe qu’elles jugent fondamental : l’égalité des droits entre les hommes et les femmes dans tous les domaines. Une revendication qui permettra, selon elles, à la révolution d’être pleinement réussie.

Une pétition qui intervient alors que le contexte politique actuel risque de fragiliser la condition des femmes dans le pays estime Jacques Benillouche sur slate.fr. Ce journaliste indépendant explique en effet que les islamistes pourraient tenter de profiter de la situation pour imposer des lois rétrogrades. Des extrémistes religieux qui n’hésiteraient pas à présenter l’émancipation de la femme comme un héritage du régime de Ben Ali pour convaincre les citoyens de remettre en cause cette avancée.

Cliquer sur le triangle pour voir la revue de presse de France24

lundi 24 janvier 2011

SLATE : LA FIN DU DOGME DU GRAND ISRAËL




SLATE : LA FIN DU DOGME DU GRAND ISRAËL

par Jacques BENILLOUCHE

Sous la pression internationale, le ministre des affaires étrangères israélien, le controversé et nationaliste Avigdor Lieberman, ouvre la porte à un Etat palestinien.


Une déclaration d’Avigdor Lieberman, le controversé ministre des affaires étrangères israélien, n’a pas eu l’écho qu’elle aurait dû avoir en occident. Saeb Arekat, responsable des négociations avec Israël de l'autorité israélienne n'a pas non plus semblé y accorder l'attention qu'elle mérite. Il a estimé «qu’il s’agissait d’une invention et d’une plaisanterie». L’autorité palestinienne n’a pas mesuré l’avancée fondamentale dans la réflexion nationaliste. Elle s’est bornée à la railler. Cela pourrait bien être une nouvelle occasion manquée....
 
Lire la suite sur le site Slate en cliquant sur le titre de l'article en rouge :
 
http://www.slate.fr/story/33075/grand-isra%C3%ABl-fin-dogme

vendredi 21 janvier 2011

ARCHIVES SONORES : BOURGUIBA ET ISRAEL



ARCHIVES SONORES : BOURGUIBA ET ISRAËL




Dans cette interview à Jacques Chancel en 1974, Bourguiba donna son avis éclairé sur le conflit israelo-arabe. Il fit preuve d'un esprit visionnaire qui aurait pu conduire à une paix définitive. Seulement, les visionnaires sont considérés comme des rêveurs par les uns et  comme des traitres par les autres. Malheureusement, aujourd'hui, il n'y a plus de Grands Hommes de cette trempe.







GUYSEN-TV : LA CRISE AU LIBAN ET LE DANGER HEZBOLLAH




GUYSEN-TV : 
LA CRISE AU LIBAN ET LE DANGER HEZBOLLAH

Débat du 20 janvier 2011 animé par David SEBBAN
avec l'ancien ambassadeur au Caire Zvi MAZEL et le journaliste Jacques BENILLOUCHE  



Voir la vidéo sur le site de Guysen-TV en cliquant sur le lien

http://www.guysen.com/tv/index_flash.php?vida=5265








jeudi 20 janvier 2011

TUNISIE : LA TENTATION ISLAMISTE



TUNISIE : LA TENTATION ISLAMISTE


 par Jacques BENILLOUCHE

Ben ALI

Rachid GHANOUCHI




Ecouter le symbole de la révolution du Jasmin : 
Le tube de Heidi Jouini

Paroles du refrain : En cette nuit sous le jasmin, une branche se penche vers moi et essuie mes larmes....  


           
La chute du pouvoir de Ben Ali a suscité un optimisme que ne partagent pas les dirigeants israéliens. Ils l’analysent avec précaution car l’instabilité qui résulte de cette prise de pouvoir brutale risque de provoquer de grandes surprises. L’inconnu reste le positionnement des islamistes.

Les islamistes de 1962

Bourguiba et son successeur Ben Ali  les avaient éliminés de la scène politique à coups d’emprisonnement, d’expulsions ou de menaces. Les craintes actuelles s’expliquent par l’inexistence d’organisations démocratiques d’opposition, structurées et capables de canaliser les ambitions de ceux qui ont été privés du pouvoir depuis plusieurs années. En revanche, malgré la répression, les islamistes ont toujours gardé l’esprit militant et la discipline des partis clandestins tout s’organisant et en négociant de nombreux soutiens auprès de dirigeants arabes intéressés à orchestrer des troubles dans les pays arabes modérés. Les rivalités et les ambitions personnelles risquent à présent de primer sur l’intérêt national.
 Les israéliens n’ont pas été pris au dépourvu car ils ont toujours axé leurs objectifs sur la recherche de renseignements et sur la constitution de dossiers complets sur les futurs cadres, en infiltrant les étudiants pendant leur formation en Tunisie et en France. Ils avaient ainsi constaté le fait historique que les tunisiens ont été les instigateurs de l’introduction du fondamentalisme en Europe.
            Il faut remonter aux années 1962 pour comprendre l’évolution d’un groupuscule d’étudiants islamistes n’ayant au départ aucune stratégie de prosélytisme mais dont les résultats se sont avérés au delà de leur espérance. Ils restaient persuadés que le temps jouait en leur faveur et ils savaient qu’ils n’avaient aucun intérêt à bousculer les étapes. Ils tissaient les mailles de leur filet en plaçant leurs pions partout au sein de la société française tout en attendant patiemment le jour où ils retourneraient dans leur pays pour renverser le pouvoir.

Mossad en Tunisie

Un ancien agent du Mossad, qui avait œuvré en Tunisie puis en France, avait précisé que les israéliens avaient anticipé, dès cette époque, le danger de l’activisme islamique dans le cadre de leur principe de précaution. L’organisation avait alors décidé d’infiltrer le milieu étudiant, terreau des futurs dirigeants tunisiens, afin de mesurer de près l’émergence de cette hydre tentaculaire. Elle avait alors constitué des dossiers complets sur chacun des futurs cadres pour, le cas échéant, anticiper ses réactions et son comportement le jour où il arriverait au pouvoir.
            Des étudiants tunisiens, menés par Ahmed Jaballah envoyé par le parti islamique tunisien MTI (Mouvement de la Tendance Islamique) pour implanter des cellules en France, sont alors noyautés par les égyptiens qui cherchaient à concurrencer le courant majoritaire syrien représenté par l’A.E.I.F, l’Association des Etudiants Islamiques de France qui avait vu le jour sous l’impulsion de Muhammad Hamidullah, au centre culturel arabe du Boulevard Saint Michel, au Quartier Latin. Cette entité, émanation des Frères Musulmans syriens, était placée sous la mainmise de pseudo-étudiants dont l’allure et l’âge ne faisaient pas illusion.
Les israéliens, qui cherchaient à surveiller ce qui se tramait chez leurs ennemis naturels égyptiens et syriens, furent amenés à s’intéresser de près aux tunisiens qui furent en permanence pistés et surveillés. Cette émanation syrienne très radicale, reproduisait déjà à petite échelle les effets de la concurrence entre les dictateurs du Moyen-Orient d’alors et se nourrissait du conflit idéologique qui l’opposait à sa cousine égyptienne. La lutte syro-égyptienne pour le contrôle des étudiants arabes en France sombrait dans des luttes intestines qui annihilaient toute action efficace. Cependant la politique répressive du Président Bourguiba et de son chef de la sécurité Ben Ali devait faire grossir les rangs des étudiants  venus se refugier en France dès 1981.
Les Tunisiens contrôlaient toutes les instances des associations islamistes puisque le président Ahmed Jaballah et le secrétaire général Abdallah Benmansour avaient pris en main les destinées de ce qui n’était alors que la branche française du parti islamiste tunisien. Cette structure avait pour ambition de représenter seule l’Islam en France mais son audience restera longtemps marginale. Les Tunisiens, gênés dans leur action par les répressions en masse que leur faisait subir leur gouvernement, finiront par céder leur place en 1995 à des Marocains, au moment même où de nombreux attentats étaient organisés en France.

Complot

L’ancien agent du Mossad avait révélé qu’il fut informé par hasard qu’un complot avait été ourdi contre le président, par un militaire en stage à l’Ecole de Guerre de Paris. Le gouvernement israélien avait longtemps délibéré pour définir sa position dans une affaire purement intérieure d’un Etat. Mais son agent infiltré au centre culturel arabe du boulevard Saint Michel, découvrit que derrière ce complot se profilait l’ombre des Officiers Libres égyptiens, ennemis jurés des israéliens. Le gouvernement décida alors d’envoyer un officier du Mossad informer directement le président pour éviter toute fuite. Mendès-France accepta d’organiser la visite sans se douter du contenu de l’entretien. Il pensait favoriser le dialogue israélo-arabe. Une dizaine d’officiers généraux fut passée par les armes en décembre 1962 ce qui eut pour conséquence de mettre au pas l’armée et de la cantonner dans des actions plus civiles que militaires. Le Mossad reste cependant très actif en Tunisie puisqu’il a organisé l’évacuation des touristes israéliens bloqués durant les émeutes. Le porte-parole du Ministère des Affaires Étrangères, Yossi Levy, a confirmé l’information : « Cette histoire finit bien et c’est tant mieux. Mais elle a exigé des efforts de sauvetage, de la minutie et de la rapidité. L’opération a été menée par le ministère et d’autres agents. »

Le terreau islamiste

Un correspondant tunisien, ancien professeur d’université, Mustapha T., s’est inquiété ouvertement de la situation actuelle qu’il juge moins optimiste que dans l’esprit de la plupart des observateurs étrangers. Elle conduira selon lui à l’avènement du courant intégriste à moyen terme. Certes, les drapeaux islamiques ne sont pas apparus dans les manifestations de rue mais cela répondait à leur stratégie. Ils ne cherchent pas dans l’immédiat à intégrer les instances du gouvernement mais ils restent très actifs. Dans le chaos des pillages dans les villes, ils ont organisé des milices sous prétexte de protéger les biens et la sécurité mais ils profitent sournoisement de quadriller les régions en bandes organisées comme à Qasrin et à Gabès.
Mustapha axe son raisonnement sur un plan essentiellement économique. Il estime que la situation économique va empirer avec l’arrêt de la saison touristique. L’économie a par ailleurs déjà perdu 1,6 milliard d’euros, 4% du Pib, pendant la révolte populaire selon le ministre de l’Intérieur Ahmed Friaa. Le taux de chômage officiel s'élève à 14%, mais selon les experts économiques, il est plus proche de 25%. Les difficultés économiques vont certainement entrainer l’échec du nouveau gouvernement et la déception des émeutiers, déçus dans leurs illusions et proies faciles des islamistes qui leur proposeront monts et merveilles. Par ailleurs, il estime que les oppositions, qui n’ont jamais réussi à s’unir durant les journées sombres du régime dictatorial, ne réussiront jamais à s’entendre dans l’avenir et  étaleront leur division au grand jour. Les structures de l’ancien régime restent encore tenaces à l’exception de quelques dirigeants en fuite ou emprisonnés. Il faudra beaucoup de mois pour en faire disparaitre les stigmates.
            Rachid Ghanouchi, responsable du parti islamique d’opposition Ennahda,  homonyme du premier ministre Mohammed Ghanouchi,  avait appelé les tunisiens à « détruire le régime de Ben Ali en exigeant la dissolution de son parti politique  ». Cet opposant défend la même idéologie que celle des frères musulmans et il est impliqué dans de nombreux actes de terreur dans les années 1980. Il a déjà qualifié de « mascarade » le nouveau gouvernement auquel il refuse de participer.
            La seule institution qui semble sortir indemne de l’ancien régime reste l’armée dont le chef, le général Rachid Amar, avait refusé de tirer sur la foule.  Certains voudraient la voir jouer le même rôle qu’en Turquie. Il faut rappeler que la royauté tunisienne était issue de la dynastie des beys, les chefs militaires nommés par l’empire ottoman dont il reste encore de nombreuses traces en Tunisie, en particulier la similitude des deux drapeaux. Un gouvernement à tendance islamique contrôlé par une armée dépolitisée, puisqu’elle n’a jamais accepté d’apparaitre en première ligne, serait le scénario le plus probable.
            Les israéliens ne sont pas préoccupés par la situation des quelques 1800 juifs vivant encore en Tunisie mais ils s’inquiètent d’un effet domino sur les régimes arabes modérés. Il faut noter d’ailleurs que le roi Abdallah de Jordanie a imposé un blackout sur les graves émeutes contre le royaume qui ont secoué des tribus bédouines dans la ville de Maan. L’armée a réprimé avec force pour empêcher toute propagation de la contestation.  Ils suivent donc la situation avec beaucoup d’intérêt mêlée d’inquiétude.

mercredi 19 janvier 2011

BILLET D'HUMEUR : LA FEMME EST L'AVENIR DE LA TUNISIE



BILLET D'HUMEUR : LA FEMME EST L'AVENIR DE LA TUNISIE

par Jacques BENILLOUCHE


Cliquer sur le triangle noir pour écouter le texte radiodiffusé


          Le président Bourguiba avait décidé de moderniser l’Etat tunisien aussitôt après son arrivée au pouvoir. En promulguant le code du statut personnel (CSP) le 13 août 1956, quelques mois après l’indépendance du pays proclamée le 20 mars, le Combattant Suprême s’est appuyé sur l'émancipation féminine pour revitaliser toute la société tunisienne. Sa démarche fut unique dans le monde arabe, frileux quand il s’agit de s’attaquer aux dogmes de la religion.
Il imposa sa propre révolution grâce à une réforme audacieuse qu’aucun dirigeant musulman n’aurait osé mettre en œuvre. La nouvelle loi entra en vigueur dès le 1er janvier 1957 dans le cadre d’un vaste programme de modernisation de la société : l'interdiction du port du voile dans les écoles, la reconnaissance du droit de vote aux femmes, le démantèlement de l'université de la Zitouna, citadelle du conservatisme, la dispense de jeun durant le mois de ramadan, la mise en place du planning familial, le droit à l'avortement libre et la gratuité de la pilule, l’interdiction de la polygamie et de la répudiation et enfin,  l’obligation d’obtenir le divorce devant le tribunal.
Les femmes n’ont pas hésité pour se transformer en véritables occidentales vêtues de jeans, de mini-jupes et de tenues affriolantes. Elles s’insérèrent dans tous les pans de la société en occupant des postes économique et politique de haut niveau. Elles firent concurrence aux hommes pour se prouver qu’elles étaient leurs égales.
            La révolution du jasmin a porté au pouvoir toute une génération d’opposants qui, durant les heures noires du régime de Ben Ali, n’ont jamais pensé s’unir et qui à présent risquent de se déchirer pour les lambeaux du pouvoir. Les islamistes attendent en embuscade l’heure de l’échec économique des nouveaux dirigeants pour cueillir le pouvoir comme un fruit mûr tombé de l’arbre et pour imposer leurs lois anachroniques. Puis, comme à Gaza, la Charia s’appliquera à la lettre, progressivement, dans la sournoiserie habituelle des barbus.
            Les femmes seront alors les seules capables de s’opposer à eux car elles ont payé chèrement leur liberté et elles considèreront toute atteinte à leur droit de femme comme un casus belli. Elles refuseront l’obscurantisme de ceux qui voudraient les cantonner dans leurs cuisines. Alors, elles tiennent l’avenir de la Tunisie entre leurs mains et si certains hommes, dans leur lâcheté habituelle, se satisferont d’un nouveau pouvoir qui grignotera progressivement des parcelles de liberté, alors, elles défendront bec et ongles les acquis bourguibiens. Le salut de la Tunisie viendra d’elles et d’elles seules.
 

mercredi 12 janvier 2011

BILLET D’HUMEUR : J’AI MAL A MON PEUPLE



BILLET D’HUMEUR : J’AI MAL A MON PEUPLE

Par Jacques BENILLOUCHE

Texte radiodiffusé

            Les occidentaux ont toujours qualifié les tunisiens de peuple pacifique et modéré parce que le président Habib Bourguiba avait opté pour l’émancipation de la femme, la réduction de l’influence de la religion dans la vie civile et politique et le pragmatisme dans son approche du conflit israélien. Le pays avait investi pour que sa jeunesse soit instruite et diplômée au point de la voir constamment lorgner vers le Continent. L’éducation était la base de l’ascension sociale parce qu’aucun autre choix n’était ouvert. La réussite des tunisiens, et celle des juifs en particulier, n’était pas une réputation surfaite.

            Cependant, les juifs tunisiens ont déserté leur pays parce qu’ils avaient estimé que la création de l’Etat d’Israël les avaient rendus suspects aux yeux des dirigeants arabes qui les assimilaient tous à des sionistes alors que seule une minorité l’était à l’époque et que la majorité avait résisté aux appels des pionniers. La Tunisie avait décidé de prendre le parti de ses « frères » arabes pour n’en tirer d’ailleurs aucun profit tangible. Elle a au contraire hérité d’une idéologie à forte capacité de nuisance avec ses éléments islamistes les plus néfastes et les plus perturbateurs.

            Mais la colère qui gronde aujourd’hui n’est pas télécommandée par les islamistes car la Tunisie était comparable à une cocotte bouillante dont on avait vissé le couvercle dans l’espoir d’empêcher la fuite des rancœurs, d’étouffer l’aspiration à la démocratie et de briser la volonté de faire partie d’un monde moderne. A l’époque d’Internet et de la télévision la tâche fut difficile et, l’absence de partage des richesses accaparées par une minorité de privilégiés, représentait un suicide politique dont les dirigeants paient le prix aujourd’hui.

            La Tunisie aurait pu comprendre que les riches pétroliers et les potentats ne s’aident qu’entre eux pour que la richesse reste dans un cadre étroit. Elle aurait eu intérêt à s’allier au jeune pays juif qui se créait dans le dénuement le plus complet car ils avaient ensemble une communauté de destin et de misère. Mais  Israël s’est développé tandis que la Tunisie a stagné économiquement. 

            Les diplômés tunisiens auraient pu collaborer avec l’industrie israélienne dans une sorte de mini « silicon Valley » à l’odeur de jasmin car de nombreuses pointures d’origine tunisienne hantent les conseils d’administration des fleurons industriels israéliens et français. Les cadres diplômés auraient pu alors trouver un environnement professionnel en adéquation avec leurs espérances. Mais la politique a pris le dessus sur l’intérêt économique et le pragmatisme politique. Aucun ambassadeur tunisien n’était digne de rejoindre l’Etat d’Israël qui n’existe toujours pas dans les tablettes du palais de Carthage.

            Alors, nul ne se réjouit des moments difficiles que passe la Tunisie et, même si les juifs l’ont quitté depuis de longues années, elle reste ancrée dans les mémoires figées, dans le ciment des fêtes, dans les traditions répercutées de génération en génération, dans les plats culinaires et dans l’accent dont les jeunes ont paradoxalement hérité avec une certaine fierté. Souhaitons seulement que les islamistes ne récupèrent pas à leur profit une situation politique bloquée car alors, la Tunisie que nous avons connue et aimée, n’existera plus que dans notre seul souvenir.       

dimanche 2 janvier 2011

LE HAMAS DÉSESPÈRE SA JEUNESSE À GAZA




LE HAMAS DÉSESPÈRE SA JEUNESSE À GAZA

Par Jacques BENILLOUCHE



Forces de sécurité du Hamas
Un collectif de jeunes artistes et militants exprime ouvertement sa colère à Gaza. Il le fait bien sûr contre Israël coupable de blocus ou de représailles militaires, cela n’étonne pas. Mais il utilise en revanche des mots durs à l’encontre des dirigeants du Hamas : « Au cours des dernières années, Hamas a tout fait pour prendre le contrôle de nos pensées, de notre comportement et de nos attentes ». 
L’exaspération a atteint son paroxysme et elle donne du courage à des jeunes qui mettent leur vie en danger pour avoir affiché ouvertement leur opposition aux islamistes : «  Nous vivons dans la peur. Ici, à Gaza, nous avons peur d’être incarcérés, interrogés, battus, torturés, bombardés, tués ».


jeudi 23 décembre 2010

QATAR : DOUBLE JEU POLITIQUE ET STRATEGIQUE


QATAR : DOUBLE JEU POLITIQUE ET STRATEGIQUE

Par Jacques BENILLOUCHE






 


La diplomatie israélienne n’a pas la même vision politique que les services de renseignements, plus mitigés sur le rôle réel du Qatar au Moyen-Orient. L’ancien directeur du Mossad, Meir Dagan, a qualifié le Qatar « de véritable problème et son émir de quelqu’un qui irrite tout le monde ». Il reproche à cheikh Hamad ben Khalifa Al-Thani « de jouer sur tous les tableaux, la Syrie, l’Iran et le Hamas, pour assurer sa sécurité et affirmer son indépendance » face aux dangers extérieurs. Le Mossad a été jusqu’à conseiller, le 12 juillet, à Fragos Frances Townsend, assistante du président Obama pour la sécurité intérieure et de lutte contre le terrorisme (AFHSC), de se retirer de la base Al-Udeid utilisée par les forces américaines.


Préserver à tout prix les liens

Le ministère israélien des affaires étrangères estime que les relations avec les pays musulmans doivent être préservées surtout depuis la rupture avec la Turquie. Le Qatar a rompu ses relations avec Israël en 2009 à la suite de l’opération « plomb durci » contre Gaza, mais des relations secrètes ont été maintenues au plus haut niveau. Par ailleurs, toute occasion de rencontrer des officiels qataris n’est pas négligée. L’émir du Qatar s’était rendu en visite secrète en Israël, en mars 2010, et avait été reçu par Tsipi Livni, chef de l’opposition, et par l’ancien ambassadeur à l’ONU, Dan Gilerman, l’homme des missions internationales sensibles. Cette visite faisait suite à celle de Tsipi Livni en 2008. La télévision israélienne avait filmé l’évènement et avait rapporté, officiellement, qu’il s’agissait d’aborder l’aide que pouvait fournir Israël en matière d’agriculture. Mais il est certain que le problème de l’Iran avait été abordé.

Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Benyamin Ben Eliézer, s’est rendu au Qatar en mai 2010 afin de prendre part au forum économique mondial et de prendre la parole devant les délégués : « J’espère parvenir à convaincre mes homologues du Proche-Orient et des pays du Golfe de considérer l’aide qu’Israël peut apporter surtout en technologie de pointe, et à briser la glace qui empêche tout progrès véritable dans les relations entre Israël et ses voisins ». Enfin, à l’occasion de l’assemblée générale d’Interpol, en novembre 2010, le général de division, Yoav Segalovich, avait participé aux débats qui se déroulaient au Qatar en tant que chef des services d’enquête et de renseignement de la police d’Israël.

Toutes ces visites tendent à démontrer que le gouvernement israélien tient à maintenir des contacts diplomatiques étroits en vue de renouer les relations bilatérales officielles. Cependant il n’est pas dupe car il n’ignore pas la capacité de nuisance politique du Qatar, soumis à des pressions de certains pays ennemis d’Israël. Il n’a pas accepté les conditions politiques posées pour la reprise des relations diplomatiques, en particulier le droit du Qatar de patronner des investissements immobiliers à Gaza.

Scepticisme du Mossad

En revanche, le Mossad n’a pas la même approche car il est plus sensible aux exigences sécuritaires que diplomatiques. Meir Dagan, qui vient de quitter son poste, n’aurait jamais lancé son pavé dans la mare s’il ne se savait pas en fin de mission. Il dispose de nombreux griefs contre le Qatar et souvent, des arguments tangibles à opposer à la diplomatie israélienne.

En février 2010, selon les services de renseignements israéliens, l’Iran a signé un pacte de défense avec la Syrie et le Qatar ouvrant ainsi les portes à une présence militaire iranienne. D’ailleurs, le Qatar a été l’organisateur, avec le président Bassar el Assad, du voyage d’Ahmadinejad en juillet au Liban. Le Mossad révèle qu’il avait été décidé d’utiliser cette occasion de la rencontre des dirigeants iranien, syrien, qatari et libanais pour tenir un conseil de guerre dans le but essentiel de raviver le conflit arabo-israélien. Il s’agissait alors pour le Qatar de cautionner une crise capable de dégénérer en conflit militaire entre Israël et le Liban, pour juguler les nouvelles sanctions votées contre l’Iran.

Le Mossad n’a pas apprécié que, sous couvert de coopération économique, le Qatar se joigne en juin 2010 à la Turquie, la Syrie et le Liban dans un Conseil de Coopération du Golfe, chargé de créer une zone de libre-échange économique. Il était persuadé de voir cette structure se transformer à moyen terme en bloc politique anti-israélien sous l’égide de la Turquie qui pourrait proposer à son nouvel allié, l’Iran, de rejoindre le pacte. La présence de deux pays foncièrement anti-israéliens risquait de créer une influence néfaste conduisant à des décisions politiques qui attenteraient à la sécurité de l’occident dans la région.

La diplomatie de l’émir du Qatar est qualifiée par le Mossad de « dangereuse et imprévisible car, de tous les services de sécurité des pays du Golfe, ceux du Qatar sont les plus laxistes dans la lutte antiterroriste » car ils ont peur de représailles à la fois d’Al-Qaeda et de l’Iran.

Diplomatie anti-israélienne tout azimut

Cette diplomatie semble en effet brouillonne et dirigée tout azimut. L’Emir du Qatar est arrivé le 2 décembre à Alger pour une visite officielle de travail et d’amitié. L’Algérie n’est pas réputé pour être un pays modéré vis-à-vis d’Israël et le renforcement de la coopération entre les deux pays risquait de se faire au détriment de l’Etat juif. L’autorisation d’investissement en Algérie pouvait être subordonnée à une révision des relations stratégiques entre le Qatar et Israël. La preuve que les discussions n’étaient pas uniquement économiques est corroborée par la visite à Doha, le 5 décembre, du Général Ahmed Boustila, commandant de la Gendarmerie nationale algérienne. Selon un communiqué du commandement, cette visite s'inscrit dans le cadre « des liens de coopération entre la Gendarmerie nationale et la force de sécurité intérieure du Qatar ».

Le Mossad a fait part à son gouvernement de ses inquiétudes, confirmées par les révélations de WikiLeaks, précisant que le Qatar et les autres émirats étaient impuissants à lutter contre le financement du terrorisme car il était considéré comme le « pire de la région » en matière de lutte antiterroriste. Il a apporté les preuves que les groupes terroristes ne recevaient pas de financement en provenance des États-Unis ou de l'Europe mais « en réalité du Golfe et du Qatar en particulier ».

Les services israéliens rappellent qu’en 2008, le gouvernement éthiopien avait déjà accusé le Qatar de « déstabiliser la Corne de l'Afrique en faisant preuve d'un comportement hostile ». Addis-Abeba reprochait notamment à l’émir de soutenir et financer des organisations terroristes en Somalie ce qui l’avait contraint à rompre ses relations diplomatiques avec le Qatar car il l’accusait d’avoir un « comportement hostile contre l'Ethiopie ». Les griefs du Mossad ne sont pas nouveaux mais ils apparaissent à présent au grand jour.

Contentieux avec la télévision

Meir Dagan avait par ailleurs un sérieux contentieux avec la chaine de télévision du Qatar, Al-Jazzera qui l’accuse d’avoir fomenté l’assassinat à Dubaï du dirigeant du Hamas, Al Mabhouh, l'un des fondateurs de l'aile militaire du mouvement islamiste Hamas qui contrôle la bande de Gaza. Il se supportait pas le double-jeu de l’émir qui, d’une part s’associait aux accusations contre Israël et d’autre part, l’encensait à l’occasion d’une réunion avec le sénateur John Kerry le 23 février dernier : « On ne peut pas blâmer les israéliens de ne pas faire confiance aux arabes, ils ont été tant trahis. »

Un câble révélé par WikiLeaks précise d’autres termes de l’émir : « Les dirigeants israéliens doivent représenter le peuple d’Israël, qui lui-même ne peut pas faire confiance aux arabes. C’est compréhensible puisque les israéliens ont été menacés depuis très longtemps ». Cette attitude ambivalente ne plait pas au sortant du Mossad qui estime que les nouvelles révélations éloignent tous les doutes sur la vraie nature du chef de l’Etat du Qatar qui, d’une part s’allie avec les pires ennemis d’Israël pour déclarer, d’autre part le 2 décembre : « Israël doit être félicité pour toujours vouloir la paix ».

Le nouveau patron du Mossad devra tracer une stratégie définitive pour les relations entre Israël et le Qatar. Mais en tant qu’ancien numéro deux, il est fort probable qu’il entérinera l’analyse de son prédécesseur laissant à Benjamin Netanyahou le soin de décider de l’intérêt diplomatique du pays.













































mardi 14 décembre 2010

GUYSEN-TV : DEBAT SUR L'AVENIR DU PROCESSUS DE PAIX


GUYSEN-TV :
DEBAT SUR L'AVENIR DU PROCESSUS DE PAIX

Présenté par David SEBBAN le 13 décembre 2010
avec Jacques BENILLOUCHE et Maître Léon ROZENBAUM

PARTIE 1



PARTIE 2




Cliquer sur le titre en rouge de l'article pour être branché sur le débat sur le site GUYSEN

mercredi 8 décembre 2010

ARABE CERTES MAIS ISRAELIEN D'ABORD !


ARABE CERTES, MAIS ISRAELIEN D'ABORD !

INTERVIEW EXCLUSIVE D’UN MAJOR ARABE DE LA MARINE ISRAELIENNE


Quelques mots en français du major à écouter :

"Je suis le major Elias Gaby Karam. Je voudrais transmettre mes salutations aux auditeurs et le souhait de paix entre nos peuples"

DOSSIER SUR LES MINORITES EN ISRAEL


2. LES ARABES

Par Jacques BENILLOUCHE





Photos du major Elias Gaby Karam
Avec autorisation de Tsahal


Les arabes, hors la Cisjordanie, constituent 20% de la population israélienne totale et ce pourcentage a peu évolué depuis la création de l’Etat en 1948 car le fort taux de natalité arabe a été compensé par l’arrivée massive de juifs de l’ancienne URSS. 10% de ces arabes sont de confession chrétienne et représentent une communauté de 120.000 personnes. Les experts démographiques estiment que les arabes israéliens constitueront le tiers de la population israélienne dans les années 2050 en raison du tarissement des sources d’immigration juive.

Les arabes choisissent souvent de vivre dans des communautés rurales ou dans les quartiers historiquement arabes des grandes villes comme Jaffa, Haïfa, Akko-Saint-Jean d’Acre, ou Jérusalem. Les systèmes d’éducation sont distincts puisque les arabes tiennent à disposer de leurs propres écoles où l’enseignement se fait majoritairement dans leur langue.

La citoyenneté israélienne est unique pour toutes les populations mais elle comporte trois nationalités : la nationalité juive reconnue par le rabbinat, la nationalité arabe musulmane et chrétienne, et la nationalité druze. Les arabes ayant le droit de vote, leurs voix étaient acquises, jusqu’en 1980, aux partis sionistes (travaillistes, parti national religieux) moins par idéal politique que par clientélisme. En effet, Le Parti National Religieux, au pouvoir au ministère des Cultes, gérait les affaires cultuelles et octroyait les budgets pour les lieux de prière.

A partir de 1980, le clivage politique a poussé les arabes à créer leurs propres partis et à revendiquer ouvertement leur allégeance au palestiniens. Le parti communiste Hadash, doté à l’origine de cadres gauchistes en majorité juifs, affiche ses tendances antisionistes. Il s’est converti au nationalisme palestinien après avoir milité pour un Etat binational. La liste arabe unie regroupe les mouvements islamiques qui s’inspirent de l’idéologie des frères musulmans. Enfin le parti nationaliste Balad se définit comme parti progressiste et démocratique pour les palestiniens citoyens d’Israël.

Les arabes israéliens disposent de tous les droits mais sont dispensés du service militaire national. C’est pourquoi le cas d’un officier arabe reste une exception rare. L’armée m’a autorisé à rencontrer le major arabe Elias Gaby Karam. Il m’attendait dans sa base maritime au nord du pays et il était venu à ma rencontre dans son uniforme bleu et blanc pour m’accueillir avec un cérémonial oriental et des gestes qui se voulaient amicaux : main serrée longuement, tapes sur les dos et bras autour des épaules. D’entrée de jeu, je lui avais indiqué que j’étais intrigué par cette communauté d’arabes d’Israël dont la situation est soumise à controverse à l’étranger.

Qui êtes-vous Major ?

J’ai 30 ans. Je fais partie de la minorité arabe chrétienne et j’habite un village près de Nazareth. J’ai obtenu le grade de major, reconnaissable à la feuille de vigne sur mon épaulette, et j’occupe un poste dans la Marine sur lequel je ne suis pas en mesure de m’étendre. Mon périple, commencé à l’âge de 16 ans, a été jalonné d’étapes difficiles parce que je m’étais donné l’objectif très jeune de ressembler aux autres juifs.

Vos parents vous ont ouvert le chemin ?

Mon père est professeur de technologie, mon frère ainé est officier de police, deux frères sont gradés dans la police et dans les services pénitentiaires. Ma sœur, docteur en anglais, dirige un département à l’école catholique de Nazareth. Nous avons tous suivi un parcours universitaire imposé par nos parents : licence de gestion ou juriste. Je vous donne ces détails pour vous démontrer que nos parents nous ont toujours appris que l’intégration au pays passait par la case études et par le don de soi à la nation.

Pourquoi la Marine ?

Depuis jeune, je rêvais d’entrer dans la Marine et pourtant j’avais été déçu quand, en classe de terminale, tous mes amis avaient reçu leur ordre de recensement sauf moi parce que je n’étais pas tenu au service militaire obligatoire. La bataille administrative a alors commencé. J’ai fait ma demande d’engagement volontaire en 1998 mais on m’a refusé la Marine qui était un secteur sensible. Plusieurs emplois militaires étaient alors strictement réservés aux arabes mais je n’en ai pas voulu.

Vous vouliez être différent des autres ?

Je voulais un corps de combat dans la Marine. A mon époque, l’accès des minorités aux postes sensibles n’était pas possible mais cela a complètement évolué depuis. J’ai écrit au président de l’Etat, Ezer Weizman [1], pour défendre ma cause et j’ai gagné. Je suis parmi les premiers à avoir rejoint la Marine. Mais mon combat n’était pas terminé pour autant car il me fallait ensuite obtenir le droit de devenir officier de Tsahal. J’en avais les aptitudes et la compétence grâce à ma licence de droit et de criminologie et celle d’électronique.

C’était un défi personnel pour vous ?

Je voulais prouver qu’avec un combat personnel on pouvait réussir. Je me voyais être le catalyseur pour convaincre les jeunes de ma communauté à s’enrôler et à s’intégrer en masse dans l’intérêt du pays. Nous devons combattre pour nos droits et ne pas être passifs. Nous devons bâtir une communauté fondée sur l’intégration, sur le droit et sur le respect des minorités et des religions. Je voulais donner le signal aux autres minorités, les bédouins, les circassiens, parce que je crois beaucoup au facteur chance et à l’opportunité qui est donnée à chacun d’entre nous.

Vous teniez à faire partie entièrement d’un Etat qui vous considère pourtant comme minoritaire.

Je n’ai jamais dit que dans le pays, tout était de miel mais je combats la passivité qui conduit à l’échec. On ne peut se plaindre que rien ne marche dans notre communauté tout en étant passif pour changer le cours des choses. Nos différences de religion ne doivent pas être un obstacle et elles doivent au contraire encourager notre optimisme. L’homme doit se distinguer par ses valeurs intrinsèques et non par sa religion ou ses pensées.

Pourquoi avez-vous eu besoin de faire l’armée alors que vous n’y êtes pas astreint ? Vous bénéficiez de tous les droits et vous aviez le choix d’une carrière dans le civil.

J’estime que faire l’armée est une mission. Le citoyen doit avoir des droits mais aussi des devoirs. Je pense que le service militaire nous aide à intégrer la société dans laquelle nous vivons. L’armée constitue un melting-pot car les écoles sont communautaires, laïques ou religieuses, juives ou arabes. L’armée permet la fusion de la nation dans un tronc commun. Toutes les religions y sont représentées. Même pour les juifs, elle sert à opérer le mixage entre sépharades et ashkénazes. Combattre pour la défense du pays et la sécurité des frontières crée automatiquement des liens forts entre les soldats qui combattent aussi pour la paix. L’armée sert à réunir, parfois pour la première fois, des jeunes qui n’ont jamais cherché à approcher d’autres communautés qui vivaient sous leurs yeux.

Etes-vous autorisés à avoir des fonctions de combat ? Ma question s’explique par les exigences sécuritaires du pays.

 

Nous avons à présent le droit à toutes les fonctions dans tout le pays et dans toutes les unités, sans exclusive. J’insiste à nouveau que, si par hasard un poste m’était interdit en raison de mon identité, il m’appartiendrait de lutter pour l’obtenir. Je suis têtu. Mais avec le temps, toutes les portes s’ouvrent à présent.

Acceptez-vous de circuler en tenue militaire dans votre village face aux autres arabes ?

Je n’ai aucun problème pour le faire d’autant plus que je suis fier de mon grade. Ils vivent dans ce pays, ils doivent en faire autant. Je n’ai pas peur d’eux, mais seulement du Ciel. Mais je tiens à préciser qu’il y a 3.000 arabes chrétiens aujourd’hui dans l’armée et la police.

Avez-vous des relations avec la communauté juive ?

Nos relations sont naturelles. Haifa, où j’ai vécu le plus longtemps de ma vie, est l’exemple d’une ville où les communautés sont imbriquées. Nous avons des relations humaines, commerciales, industrielles, scolaires ou universitaires. La question de notre religion ne se pose jamais dans nos entretiens mais chacun sait d’où il vient.

Pourquoi vivez-vous dans des villages spécifiquement arabes ?

C’est une fausse idée qui est diffusée. Les arabes vivent partout dans les villes. La vie dans les villages est un choix lié à notre confort et à notre histoire mais pas à une règle imposée. Nous voulons être proches de nos parents et grands-parents sans renier nos racines. C’est aussi une question financière puisque le coût des logements y est moindre.

A l’étranger on parle beaucoup d’apartheid à votre encontre.

C’est un terme qui me choque. Nous sommes très loin de l’apartheid ici dès lors où nous avons des droits, le droit de parler et d’agir et le droit de nous développer. J’insiste, il n’y a pas d’apartheid en Israël car on nous impose aucun ghetto. En revanche, il peut y avoir des barrages sociaux qui dépendent uniquement de la maturité de notre société qui n’est pas prête à accepter certaines réalités. Vous avez ce même problème en France.

De la discrimination ?

Non plus. Je vous signale qu’il existe chez nous une discrimination positive, en particulier pour imposer un quota minimum d’étudiants arabes. Je pense que certains postes de hauts fonctionnaires ne nous sont pas encore ouverts. Nous sommes loin d’avoir un ministre de la défense d’origine arabe. Mais nous avons des députés, des ministres et des ambassadeurs arabes. Je ne dirais pas que tout est rose mais laissez-nous le temps. Le pays a été créé il y a à peine 60 ans et il est encore en guerre. Des tensions intercommunautaires existent certes, entre orientaux et occidentaux, entre russes et éthiopiens, entre universitaires et incultes. Mais les conflits ne sont politiques mais sociaux, inhérents à tout pays qui doit intégrer des gens venus de tous les bords.

On parle d’émigration importante des chrétiens

C’est exact. Il est vrai que certains ne supportent pas d’avoir à vivre dans un Etat juif, même démocratique, à fortiori lorsqu’ils ont des difficultés économiques. Ils vivent entre le marteau musulman et l’enclume juive. Le Pape s’en est d’ailleurs inquiété mais il faut dire qu’il est difficile de résister à l’appel économique de certains pays comme le Canada qui ont besoin de nous pour peupler leur territoire. Par ailleurs, en s’expatriant, ils oublient les tensions dues à la guerre. Les dirigeants religieux chrétiens veulent consolider et renforcer la communauté pour qu’elle reste. Mais il s’agit de la liberté de chacun. Personne ne nous contraint à nous exiler.

A l’étranger on pense que les chrétiens n’ont aucun avenir dans ce pays

Cette communauté a un rôle tampon à jouer entre musulmans et juifs et il appartient au gouvernement israélien de la rassurer par des mesures pratiques qui démontrent qu’elle fait entièrement partie de la nation, des mesures pratiques qui permettent de maintenir cette communauté toujours ici. Notre choix doit pourtant être clair. Nous devons être fidèles à l’Etat d’Israël car Israël est un fait et qu’il est l’Etat de tous ceux qui y habitent. Notre communauté est pacifique. Notre religion modérée agit pour influencer la tolérance dans la vie de tous les jours. Certains ont du mal à accepter l’idée que nous sommes une minorité active au sein d’une autre minorité. Mais nous vivons dans un pays démocratique.

Comment résolvez-vous le dilemme d’avoir à combattre vos frères arabes musulmans ?

Il faut comprendre une chose simple. Si nous décidons d’avoir une carte d’identité d’un pays, quel que soit ce pays, nous devons nous engager pour ce pays. Il n’est pas nouveau que des arabes combattent d’autres arabes. L’Histoire nous en donne des exemples. En 1991 l’armée koweitienne a combattu contre l’armée irakienne. On n’a pas pointé du doigt qu’il s’agissait d’arabes contre arabes mais on s’est penché sur les motivations de la guerre. Dans un exemple plus récent, des combats fratricides ont éclaté entre palestiniens, Hamas contre Fatah, arabes contre arabes. Pour moi, un seul élément est à prendre en ligne de compte. Si mon pays doit prendre les mesures appropriées pour défendre ses intérêts de sécurité et sa population civile, alors, par respect pour lui et ses citoyens, je n’ai aucune gêne à combattre toute organisation qui sème la terreur chez moi, même si elle est arabe. Je dois choisir les réponses appropriées pour me défendre.

Et si on vous demande de faire le sale travail ?

Vous n’avez pas le droit de dire cela car en tant que minorité, nous faisons le même travail que les juifs israéliens, chacun selon sa compétence. Il n’y a plus de régiment spécifiquement arabe et nous sommes répartis à travers tous les corps d’armée. Je n’ai aucun complexe à combattre d’autres arabes car je défends d’abord mon pays. Nous ne sommes pas des chairs à canon pour protéger les tanks ou les fantassins qui avancent au combat. Nous sommes des israéliens combattant pour la survie de notre pays.

Quelle différence voyez-vous entre un arabe chrétien et un arabe musulman, en dehors de la religion bien sûr ?

Je n’accepte pas ce débat basé sur la religion. Les hommes m’importent avant tout. Nous sommes d’abord des humains. Les problèmes de religion ne doivent pas dicter notre comportement. Chez nous les chrétiens, nous avons avant tout le respect et l’amour de l’autre et nous combattons pour la paix même si nous devons cependant prendre les armes. Notre Pape ne parle que d’options de paix qui donneront un avenir d’espoir au Proche-Orient. La paix ne doit pas être liée à un problème de religion parce que l’homme tient avant tout à vivre. Dans nos écoles chrétiennes qui reçoivent des juifs et des musulmans, nous enseignons le devoir de paix. Nos différences religieuses sont parfois un moyen d’agir en tant qu’arbitre.

Comment réagissez-vous aux propos du palestinien chrétien Elias Sanbar [2] qui a écrit d’écrire que les arabes qui collaborent avec les juifs en Israël sont coupables de trahison ?

Je pense que son propos est tout à fait disqualifié et impropre. Si moi soldat, je suis un traitre alors il en est de même de tous les arabes qui travaillent en Israël et qui perçoivent des salaires des entreprises privées ou du gouvernement. Tout arabe qui détient une carte d’identité, identifiée à l’ennemi, serait lui aussi un traitre. Son propos ne fait pas avancer les choses et certainement pas la société arabe. Il n’est pas sain de prôner l’extrémisme qui ne règlera pas nos problèmes et qui ne rapprochera pas les juifs des arabes. La réalité est la seule qui vaille puisque la communauté arabe en Israël collabore totalement avec les juifs dans tous les domaines, culturels, économiques, sociaux et industriels.

Comment voyez-vous votre propre avenir ?

Je pense que je n’ai pas de limites et que seul le Ciel est ma frontière. Celui qui a des compétences peut réussir et je n’ai aucune raison de ne pas être nommé un jour général si j’en ai les capacités. Voyez l’exemple d’Obama. Qui aurait cru qu’un noir pouvait devenir président des Etats-Unis. Donc pourquoi un arabe ne pourrait pas réussir en Israël. C’est un combat naturel permanent que de chercher à évoluer et à gravir les échelons.

Et la crédibilité vis-à-vis de vos soldats malgré votre identité arabe ?

J’enseigne d’abord à mes soldats d’accepter l’autre. Je leur enseigne, il est vrai, à connaitre ce que représente la minorité et ce qu’est un officier arabe. C’est un devoir en Israël de bien connaitre autrui. Je cite toujours l’exemple du film « le dernier samouraï ». Lorsque Tom Cruise, général anglais, tomba entre les mains des samouraïs, ils ne l’ont pas tué car ils ont appris à se connaitre l’un l’autre. Peu à peu, Cruise apprend à connaître et à comprendre l'esprit du samouraï et son antique sagesse. Je ne pense pas, malgré ma position de militaire, que seules les armes, les fusées et les balles peuvent convaincre. On peut convaincre en apprenant à connaitre l’autre, à le comprendre ainsi que sa religion. L’image du musulman est déformée et fausse. Beaucoup veulent la paix. Tous les musulmans ne veulent pas être des kamikazes, ni des assassins. Chez les juifs aussi il y a des irréductibles. Alors, asseyons-nous ensemble pour discuter en respectant notre adversaire.
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Ezer_Weizman


[2] http://conflits.revues.org/index702.html


Retrouvez l'interview du colonel druze Safwan :