Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

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dimanche 12 juillet 2020

Le silence du Hamas sur l'annexion


LE SILENCE DU HAMAS SUR L’ANNEXION

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
            
Le chef du Hamas Yahya Sinouar, lors d’un rassemblement pour protester contre le projet d’annexion d’Israël, à Gaza, le 1er juillet

          Bien sûr, il y a eu une déclaration commune du Hamas et du Fatah qui s’engagent à «s’unir» contre le projet d’annexion israélienne. Mais il s’agit seulement d’une déclaration de principe, sans grande portée, car la rivalité qui persiste depuis plus de dix ans entre ces deux organisations empêche toute action commune. Chacune évite de mettre l’autre à la lumière même si certains projets israéliens leur donnent une occasion de s’unir. Ils ont trouvé une union opportune de façade parce que tout les sépare et que la haine a gangrené leurs relations. Ils peuvent difficilement s’entendre quand la religion les sépare à la base ; le Fatah est profondément laïc depuis sa création tandis que le Hamas est adepte des Frères musulmans.


Visioconférence

            Certes, ils ont fait l’effort d’une visioconférence de presse commune au titre de la propagande et à destination de la population palestinienne ; mais c’était cousu de fil blanc. Jibril Rajoub, secrétaire général du Fatah s’est adressé par vidéo interposé à Saleh al-Arouri, dirigeant du Hamas basé à Beyrouth. Pour Rajoub qui n'a pas choisi un cadre à Gaza : «Nous mettrons en place tous les mécanismes pour assurer l'unité nationale et pour nous exprimer d'une seule et même voix». En écho, Al-Arouri a déclaré : «J'affirme que la position de la direction du Hamas est pour le consensus national. Cette conférence de presse conjointe est d'ailleurs une opportunité pour entamer une nouvelle étape au service de notre peuple en ces moments périlleux».
Il s’agit d’une pure séquence de cinéma quand on sait qu’une dizaine d’accords d’unification ont été signés sans aucune réalisation concrète et que les deux mouvements sont en guerre armée permanente, pour ne pas dire en guerre civile. Le plan américain prévoit une démilitarisation de la bande de Gaza qui ne pourra jamais être acceptée par le Hamas et ses brigades Ezzedine el-Kassem. Mais pour autant, les islamistes refusent de faire entendre leur voix car ils se sentent peu concernés. D’ailleurs le Hamas ne participe à aucune des négociations avec les Américains tandis qu’Israël ignore totalement Gaza dans ses projets d’annexion. Certes quelques missiles ont été lancés vers le sud d'Israël mais il s’agit surtout d’une action du djihad islamique qui veut marquer sa présence et son opposition à toute négociation avec «l’entité sioniste».
Accord du 12 octobre 2017 au Caire

Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a critiqué depuis Beyrouth le plan d'Israël d'appliquer la souveraineté sur la Cisjordanie parce que «c’est la chose la plus dangereuse de tout le Moyen-Orient. Notre préoccupation de notre situation économique ne doit pas nous faire oublier la nécessité de nous tenir aux côtés des Palestiniens dans leur lutte contre le plan d'annexion». Quant à la Ligue arabe, fidèle à ses prises de position remarquées : «la proposition de souveraineté israélienne était un nouveau crime de guerre contre les Arabes palestiniens».
Gaza est pourtant inclus dans le Deal du siècle de Donald Trump mais les Israéliens préfèrent que le Hamas ne soit pas partie prenante dans l’accord final puisqu’il n’y a aucun contentieux territorial avec les islamistes. L'idée est de faire perdurer la scission entre Cisjordanie et Gaza afin d’écarter toute velléité de création d’un État palestinien. De leur côté, les Gazaouis préfèrent s’organiser en autarcie si on leur donne ce qui leur est dû financièrement. Israël approuve cette séparation de fait et d’ailleurs, le projet israélien d’annexion ne mentionne pas Gaza. Cela ne pourrait pas en être autrement car, dans le cadre d’un État binational qui se profile, beaucoup de problèmes surgiraient pour attribuer la citoyenneté israélienne à tous les Arabes dans une région à forte densité évaluée à 5.400 habitants par kilomètre carré. Israël est déjà préoccupé par l’annexion des populations arabes de la zone-C.
            La Cisjordanie et Gaza constituent déjà deux entités distinctes, avec deux gouvernements autonomes. Gaza ne figure dans aucun projet et dans aucune négociation territoriale. L’accord d’Oslo de 1993 prévoyait certes une unité territoriale mais Gaza reste exclu des réflexions israéliennes.
Le Hamas s’oppose de son côté à toute modification statutaire qui entraînerait une mobilité des Palestiniens depuis la Cisjordanie et leur installation à Gaza qui souffre déjà d’un manque d’industries, de terres et de PME alors que les statistiques prévoient que sa population devrait doubler dans les trente prochaines années. Certes, nombreux sont les Palestiniens qui rêvent d’espace, de voyages libres, de travail à l’étranger et surtout d’études dans les grandes universités arabes. Ils peuvent disposer de cela en cas de bonnes relations avec l’Égypte et avec Israël. Alors l’annexion reste un fantasme abstrait pour Gaza car la population n’est intéressée qu’à une vie normale, à une terre qui est la leur, à des droits naturels. Elle est devenue plus pragmatique et loin des discussions idéologiques sur l’égalité et la dignité.
Distribution de dollars à Gaza

            Le Hamas s’est montré très discret car il a obtenu quelques avancées qu’il ne veut pas annihiler par une attaque contre l’annexion qui le concerne peu. D’abord, il a obtenu l’autorisation des Israéliens pour l’importation de 150 millions de dollars de dons en espèces en provenance du Qatar pour soulager la misère de sa population. Sous couvert d’une autorisation donnée à des «hommes d’affaires», plus de 10.000 ouvriers palestiniens ont obtenu le droit de travailler en Israël. Enfin le Hamas ne souhaite pas gâcher les négociations en cours pour l’échange de prisonniers, par l’intermédiaire de l’Égypte. 
           Bref l’annexion les concerne peu. Le Hamas laisse cette patate chaude au Fatah de Mahmoud Abbas.   


1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Ne sachant quel commentaire faire à votre article - mais vos autres lecteurs israéliens, plus concernés que moi par la question, n'ayant rien trouvé à dire non plus - voilà que ce matin, je découvre sur le site Atlantico, un article qui décrypte les raisons, bonnes et moins bonnes, qui prévalent dans la politique d'annexion de la Cisjordanie par Israël :

https://www.atlantico.fr/decryptage/3590988/pourquoi-israel-va-annexer-la-vallee-du-jourdain

A vous lire.
Très cordialement,
M.A.