Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

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dimanche 19 juillet 2020

Réflexions sur la tragédie de Sainte Sophie par Maxime TANDONNET



RÉFLEXIONS SUR LA TRAGÉDIE DE SAINTE SOPHIE

Par Maxime TANDONNET



Le geste d’Erdogan, (re)transformant la basilique de Sainte Sophie en mosquée est lourd de signification. Il abroge le choix politique de Mustapha Kemal, en 1935, d’en faire un musée, en signe du rapprochement vers l’Europe occidentale. Il confirme le basculement de la Turquie dans une dictature intégriste et islamiste. Il se présente comme un geste de défi envers le monde occidental, l’histoire chrétienne de l’Europe. Il renvoie au souvenir de la chute de Constantinople en 1453, un basculement dans l’histoire de l’humanité considéré comme la fin du Moyen-âge. Face au triomphe de l’obscurantisme et la montée des périls planétaires, il marque une défaite morale de l’Europe, de sa culture imprégnée de civilisation grecque et latine, du christianisme et du temps des Lumières.



L’histoire ne se répète pas, elle bégaye comme dirait l’autre. 1453, les déchirements de l’Europe, la concurrence de ses ambitions dynastiques, Charles VII, Edouard III, les Habsbourg, l’ont aveuglé et paralysé, détournant son regard de l’essentiel. L’Europe déchirée, à l’issue de la guerre de Cent ans, n’a pas bougé le petit doigt pour tenter de sauver Constantinople du siège et de la chute aux mains des Ottomans. Aujourd’hui idem: l’Europe morcelée, fragmentée, rongée par la bataille des intérêts égoïstes, la lâcheté, le climat de repentance, la honte de soi, ses vanités de chefs, n’a pas bougé le petit  doigt pour exiger le respect de l’engagement de Mustapha Kemal.
Il est faux, il est mensonger de laisser croire que la France seule  est en état de faire peur au dictateur turc. En revanche, il est certain qu’une coalition de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Espagne et de la Grande-Bretagne – c’est-à-dire de très loin la première puissance planétaire – permettrait de le faire plier et de sauver une histoire, une culture, une civilisation, face aux périls qui, à long terme, mettent en jeu sa survie. Nous payons aujourd’hui le prix d’avoir voulu fonder l’Europe sur un monstre bureaucratique, impuissant, nourri de procédures, de lâcheté, de pacifisme et de repentance, plutôt que sur une alliance charnelle de nations libres et indépendantes partageant désormais le même destin.
Et si la prise de conscience n’intervient pas rapidement, cette Europe disloquée, désintégrée et impuissante mourra noyée dans le sang et les larmes de ses habitants.


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