Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

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jeudi 23 juillet 2020

Le ballet des milliards par Maxime TANDONNET



LE BALLET DES MILLIARDS

Par Maxime TANDONNET



La surenchère d’enthousiasme fait rage pour qualifier le plan de relance européen et ses 390 milliards de subvention, un plan «historique», «sans précédent», «fondateur» etc. Voilà enfin le remède magique à la tragédie économique du covid-19. Pour la première fois, l’Europe s’engage dans la voie d’une «dette commune» supposée donner un nouvel élan à l’émergence de la souveraineté européenne.


Mais qu’est-ce que la dette ? Un emprunt que les générations futures devront financer. A-t-on jamais vu une cohésion politique fondée sur l’endettement massif ? La dette publique française représente déjà 120% du PIB. Désormais, s’y ajouterait une dette européenne, comme une sorte de Graal ou de baguette magique. Mais qu’est-ce d’autre que des remboursements futurs imposés aux générations futures de contribuables. Pour se réjouir de l’accroissement vertigineux d’une dette, il faut avoir atteint un certain degré de dérèglement intellectuel ou un cynisme sans fin. «Ah les cons, s’ils savaient...»
Et d’ailleurs, un plan de relance massif n’est pas de nature à régler les problèmes de fond. Le ballet des centaines de milliards enivre et donne le vertige. Mais les problèmes demeurent à l’identique et les centaines de milliards distribués n’y changeront rien. Les éléments de la tragédie sont dans l’état mental et intellectuel d’une société. Il faudrait des dirigeants politiques responsables, non démagogues, inspirant la confiance à une vaste majorité de citoyens, des institutions privilégiant le bien commun plutôt que le narcissisme et la mégalomanie, le sentiment de vivre dans une société rassemblée, paisible et sûre, une éducation nationale qui forme des jeunes gens et filles à un métier et à l’esprit critique, le sentiment général d’un destin partagé.
Bref, la confiance dans l’avenir. Qui sera assez dupe pour penser qu’une poignée d’artistes télévisés jonglant avec les centaines de milliards empruntés, que les générations futures, nos enfants, devront rembourser, est de nature à restaurer la confiance?

2 commentaires:

Unknown a dit…

Si vous vous présentez à la prochaine présidentielle je vote pour vous. J'aimerais bien vous voir à l'oeuvre. Si vos résultats seront à la hauteur de vos critiques sestématiques, on se rapprochera d'un monde parfait...

Alan a dit…

Les dettes des états.

Quand j’ai commencé de travailler à la Bourse de Londrès dans les années 1960s, le chef de département des obligations d’état de la société Panmure Gordon m’a dit ceci : » saches qu’à l’exception des États-Unis en 1835, les états ne remboursent jamais leurs dettes. N’oublie jamais cette leçon. »

Lorsqu’un état décide d’emprunter, il émet une obligation – une reconnaissance de dette qui indique la somme nominale empruntée, le taux d’intérêt payable chaque année et la date de remboursement. Lorsque l’échéance arrive, la dette est habituellement re-financée par l’émission d’une nouvelle obligation. Les détenteurs de ces obligations, très souvent les compagnies d’assurance, les banques et certains « Hedge Funds » décident, en fonction de leur situation financière du moment s’ils vendent les nouvelles obligations qui sont proposées ou s’ils les gardent. Tant que ce système fonctionne « les futures générations – nos enfants – n’auront pas à rembourser les dettes créées aujourd’hui.

Si l’acheteur d’une nouvelle obligation d’état est une personne ou une société autre que la Banque centrale du pays, il n’y a pas de création de l’argent nouveau. Par contre, si l’acheteur de l’obligation est la Banque centrale, du crédit nouveau – c’est-à-dire de l’argent nouveaux- est créé. Si le résultat de cette création sera l’inflation dépend de certains facteurs mais surtout à quel moment du cycle économique, de quelle conjoncture économique, il s’agit. Actuellement il y a un tel « chômage » de ce qu’on appelle les « facteurs de production » - le facteur économique humain, du capital matériel et financier et de la terre et des matières premières – que l’explosion de cette nouvelle quantité d’argent ne va déclencher l’inflation pour autant que les faillites de masse ne détruise pas trop de la capacité de production.

Les taux d’intérêt sont déterminés par les Banques centrales. Ces taux tournaient autour de 15% à 20% en 1980 et aujourd’hui, étant donnée l’endettement élevé des états, les Banques centrales fixent ces taux autour de minus 0.25% à plus 2% pour les états développés dont les économies sont suffisamment solides pour assurer le paiement futur de l’intérêt.

Ma conclusion est pour les états dont les économies sont, et resteront, suffisamment solides l’endettement actuel ne doit pas poser un problème. Ça ne veut pas dire que les états peuvent faire n’importe quoi ou totalement ignorer la question de leur endettement mais l’histoire à long terme et surtout depuis les années 1980s indiquent que le discours de certains commentateurs, voire banquiers centraux, ne corresponde pas à la réalité.

En ce qui concerne l’Union européenne , où j’ai travaillé en tant que lobbyiste de 2007 au 2014, les résultats de l’émission de milliards d’euros dépendra de comment cet argent est dépensé.

Alan Frommer
juillet 2020