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samedi 25 juillet 2015

TICHA BEAV, SYMBOLE DES MALHEURS JUIFS



TICHA BEAV, SYMBOLE DES MALHEURS JUIFS

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


         On peut donner, ou non, au 9 du mois Av du calendrier juif, qui tombe cette année le 26 juillet 2015, une connotation religieuse mais assurément c’est un jour noir pour l’Histoire du peuple juif. Les croyants appliquent à cette journée une prescription religieuse tandis que pour les autres, il s'agit de superstitions ou à la rigueur de coïncidences. Cette journée de deuil est commémorée depuis des siècles par tous les Juifs du monde, comme le symbole de leurs malheurs. Certains ignorent souvent les raisons profondes de ce symbole mais ils gardent en mémoire la tradition de l'oeuf dur qu'ils avalent, la veille du jour noir, pour rappeler que le deuil avait commencé. L'Histoire a montré que les exemples de jour dramatique sont nombreux.  


       C’est pour se souvenir du 9 Av que les Juifs polonais, jusqu'à aujourd'hui, portent les traditionnels caftan et chapeau noir afin de marquer physiquement des événements qui ont émaillé cette journée dramatique, il y a plusieurs siècles. Cela les rend d'ailleurs anachroniques dans le monde moderne. Cette constance a de quoi surprendre en effet. Les Juifs d’Afrique du nord, à Djerba en particulier, se contentent d’un liseré noir au bas de leur pantalon bouffant, à la fois pour se distinguer des Arabes mais aussi pour rappeler les jours sombres. Hasard du calendrier juif, simple coïncidence ou décision divine, plusieurs grandes catastrophes juives ont marqué ce jour du 9 du mois d’Av au cours de l'Histoire. 




Douze explorateurs


À l’époque de Moïse, le 9 Av de la deuxième année de la sortie d'Égypte, douze Explorateurs, un par tribu, étaient partis en reconnaissance pour visiter la terre de Canaan. Au retour de leur mission, leur attitude fut à l'origine de la première catastrophe nationale  que le peuple juif subira. Leur mission consistait à déterminer comment vaincre les Cananéens et installer trois millions d’hommes, de femmes et d’enfants dans leur nouvelle patrie. Ils étaient envoyés pour des questions techniques liées à la fortification des villes, la géographie du pays, les opportunités agricoles et commerciales et les meilleures routes d’accès. 
Les évènements tournèrent  mal car au bout de quarante jours, les envoyés revinrent en déconseillant d’entrer en Canaan : «nous ne pouvons réussir parce que tout y est énorme. Nous ne pouvons réussir car cette terre dévore ses habitants. Nous ne pouvons réussir car ce pays est trop puissant avec ses murailles fortifiées.»

En 1312 avant notre ère, les Hébreux entérinèrent donc cette analyse pessimiste et renoncèrent à entrer en Israël ce qui, selon les textes, mis Dieu en colère : «Si vous ne désirez pas entrer en Israël, vous n’y entrerez pas. Tous les Israélites mourront durant les quarante ans d’errance dans le désert ; seuls leurs enfants entreront dans le pays». Le livre des Nombres précise que face à ces nouvelles : «Le peuple pleura toute la nuit, la nuit de Ticha Béav, la nuit du 9 av».  Il est aussi écrit que Dieu n’apprécia pas le comportement des Hébreux : «Ils pleurèrent sans raison, à l’avenir je leur donnerai une bonne raison de pleurer.»


Destruction du premier Temple


Siège de Jérusalem


En 605 avant notre ère, le jeune roi Nabuchodonosor II commença l’extension de son empire. Il défit le pharaon Neko lors de la bataille de Karkemish, envahit Juda et y établit un protectorat. Il connut cependant un important revers militaire quatre ans plus tard et, militairement affaibli, vit nombre de peuples assujettis se révolter. Parmi ceux-ci, Joachim, roi de Juda, refusa de verser le tribut qui lui a été imposé et se rallia ostensiblement à l’Égypte. C’est alors que commença l’expédition punitive de Nabuchodonosor qui entreprit le siège de Jérusalem.

La guerre était parfaitement déséquilibrée entre Babylone, la plus grande puissance de l'époque au Moyen-Orient, et le royaume de Juda, avec quelques centaines de milliers d'âmes au plus. À Jérusalem même vivaient, au VIIe siècle avant notre ère, 15.000 habitants auxquels s’ajoutaient bientôt des réfugiés de guerre, qui contribuèrent surtout à la famine durant le siège. L'armée de Nabuchodonosor était la plus puissante de son époque, équipée pour une guerre de siège. 
Nabuchodonosor

Dès que l'armée atteignit Jérusalem, Nabuchodonosor se mit en campagne pour châtier les révoltés en mettant le siège devant Jérusalem, où s’étaient réfugiés les paysans des alentours. Alors que la famine régnait dans la ville, les Babyloniens firent une brèche dans le rempart de Jérusalem qui fut détruite, ainsi que le Temple à partir du 9 av 586 avant notre ère. Les soldats babyloniens massacrèrent une grande partie de la population, plus de cent mille, et poussèrent à l’exil plusieurs millions. La cité fut rasée et les trésors du Temple emportés à Babylone. C'est depuis cette date que les Juifs se sont répartis dans les différents continents.


Destruction second temple


Destruction temple


Depuis la prise de Jérusalem par Pompée en 63 avant l'ère commune, les Romains occupaient la Judée et la gouvernaient, parfois par l'intermédiaire de princes locaux qu'ils ont mis en place comme Hérode Ier le Grand ou Hérode Agrippa Ier et parfois directement par des procurateurs souvent corrompus, qui suscitaient l'hostilité des Juifs en s'appuyant sur l'importante population hellénisée. Les Hébreux décidèrent de la révolte, en 66, à la suite d’un  sacrifice païen devant l'entrée de la synagogue de Césarée, suivi par le détournement de 17 talents du trésor du Temple de Jérusalem, par le procurateur Gessius Florus. L'acte décisif qui signa la rupture d'avec Rome fut la décision d'Éléazar, fils du grand-prêtre Ananias et chef de la police du Temple, de ne plus accepter le sacrifice quotidien pour l'empereur. 
Maquette deuxième temple

La révolte connut d'abord quelques succès. Les Juifs sous la conduite des zélotes mirent en fuite à Beth-Horon, non loin de Jérusalem, la XIIe légion du gouverneur de Syrie Cestius Gallus, puis s'emparèrent de Jérusalem et contrôlèrent alors la Judée et la Galilée, dans un court moment d'unité nationale. Le général romain Flavius Vespasien a donc été dépêché pour reprendre en 67-68 le contrôle de la Galilée et de la Samarie. Une fois la région pacifiée, Vespasien partit ensuite pour Rome en laissant le commandement des légions de Judée à son fils Titus, qui quitta Césarée peu de temps avant la Pâque juive 70 pour mettre le siège devant Jérusalem. Il décida alors de la destruction du Second Temple, le jour du 9 Av. Quelques deux millions de Juifs moururent et un million d’autres furent exilés.


Révolte de Bar Kochba
La Judée de Bar-Kochva


La révolte de Bar Kokhba (132-135), ou la seconde guerre judéo-romaine, fut la seconde insurrection des Juifs de la province de Judée contre l'empire romain, et la dernière des guerres judéo-romaines. Malgré la ruine dans laquelle les Romains avaient plongé le pays au cours de la première guerre judéo-romaine, une autre rébellion juive eut lieu 60 ans plus tard, malgré l'opposition d'une partie de la classe sacerdotale.

Bar-Kokhba organisa une armée, instaura un État juif indépendant en terre de Judée, projeta de reconstruire le Temple, fit battre une monnaie. Les Romains, faisant face à une force juive fortement unifiée et motivée, furent pris au dépourvu. L'annihilation d'une légion romaine avec ses auxiliaires obligea Rome à expédier 6 légions et son meilleur général de l'époque, Sextus Julius Severus (gouverneur de Bretagne), pour reconquérir la province rebelle. Désavantagés par le nombre et subissant de lourdes pertes, les Romains décidèrent alors de pratiquer une tactique de terre brûlée, qui décima la population judéenne et entama petit à petit leur moral et leur détermination à poursuivre la guerre. 

Bar-Kokhba se replia alors dans la forteresse de Betar, au sud-ouest de Jérusalem, mais les Romains finirent par la prendre, et massacrèrent 100.000 défenseurs en l’an 135.  Suite à la défaite de Bar Kokhba, Jérusalem fut rasée, un 9 av encore, par Hadrien, interdite aux Juifs, et une ville romaine, Ælia Capitolina, fut bâtie sur son site.  L'expulsion  des Juifs et les dures conditions qui leur furent imposées suite à la révolte marquèrent la fin de la relation de peuple autochtone que les Juifs entretenaient depuis plus d'un millénaire avec la terre des anciens royaumes d'Israël et de Juda.


Première Croisade




            Le pape Urbain II, bienheureux pour l'Église catholique romaine, fut à l'origine de la première croisade en lançant, le 27 novembre 1095, l'appel de Clermont qui en sera le déclencheur. Cet appel entraînera la première croisade, conçue par lui comme un moyen d'unifier la chrétienté occidentale sous l'autorité pontificale. Plus tard, il fixera le début de la croisade au 15 août 1096,  le 9 av, et pour en assurer la direction spirituelle, il nomma Adhémar de Monteil, évêque du Puy, le commandement militaire revenant à Raymond IV de Toulouse.

Parallèlement, il encouragea la Reconquista ou reconquête de l'Espagne occupée par les Maures. Cet appel apparaît en contradiction avec les valeurs ancestrales de l'Église. C'est en réalité l'aboutissement d'une réflexion de l'Église sur la guerre et l'existence de causes «justes». Il organisa un concile qui s'inscrivit aussi dans la continuation de la Réforme grégorienne et l'émancipation du pouvoir religieux sur les laïcs. Les thèmes du concile et de l'appel seront relayés par des prédicateurs comme Pierre l'Ermite permettant le succès de la croisade qui entraîna la mort de milliers de Juifs et la disparition de nombreuses communautés juives décimées.


Suicide de York




Le samedi 16 Mars 1190, le 9 av dans le calendrier juif,  juste avant Pessah, la communauté juive de York dans le nord de l’Angleterre avait disparu. Une petite plaque à l’extérieur de la tour Clifford raconte l’histoire de ces événements tragiques. On peut y lire: «Dans la nuit du 16 mars 1190, 150 Juifs de York cherchaient la protection au château royal et ils ont choisi de mourir plutôt que de renoncer à leur foi». Six mois avant cette nuit, deux membres éminents de la communauté juive prospère de York s’étaient rendus à Londres pour assister au couronnement de Richard Ier. Sous le règne des prédécesseurs du nouveau roi, les Juifs en Angleterre avaient joui de la protection royale et avaient espéré que le nouveau monarque permettrait d’assurer un maintien de ce statut. Toutefois, des émeutes anti-juives ont éclaté à Londres pendant les jours du couronnement et 30 Juifs ont été tués remettant en cause le statut juif.


Inquisition espagnole


Torquemada


Le Décret de l'Alhambra, rendu public le 29 avril 1492, ordonna l’expulsion définitive avant le 31 juillet des Juifs refusant le baptême, tous âges et catégories sociales confondus et ne leur permit d’emporter qu’une infime partie de leur patrimoine. La reine Isabelle, encouragée par son confesseur Tomas de Torquemada, tabla sur une conversion massive de Juifs profondément attachés à leur patrie. Ses plans furent partiellement couronnés de succès avec la conversion d’un grand nombre de Juifs, dont celle d’Abraham Senior et d’autres notables, menée en grande pompe mais la majorité des Juifs choisirent l’exil. Les sources contemporaines de l'expulsion indiquent un nombre d'exilés variant entre 150.000 et 200.000. Quant aux conversions, elles s’élèveraient à environ 50.000. L’inquisition espagnole culmina avec l’expulsion des juifs d’Espagne le 9 Av 1492.


Guerre mondiale


Ruines du Ghetto de Varsovie


            La Première Guerre mondiale éclata le 1er août 1914, le 9 av encore, lorsque la Russie déclara la guerre à l’Allemagne. La rancœur des Allemands suite à cette guerre posa cependant les bases de la Seconde Guerre Mondiale avec la Shoah comme conséquence.

Épisode juif de la Seconde Guerre mondiale, la révolte du ghetto de Varsovie fut le soulèvement armé organisé et mené par la population juive du ghetto contre les forces d'occupation allemandes, entre le 19 avril et le 16 mai 1943. Les Juifs polonais voulaient s’élever contre la déportation des Juifs du ghetto de Varsovie et le début de la liquidation des Juifs, le 9 av 1942.

Combien de temps encore les Juifs continueront à commémorer la journée des malheurs ? Il est fort probable que cela continuera ainsi, encore longtemps, alors que la création de l’État d’Israël aurait dû être le commencement d’une nouvelle ère, pour uniquement commémorer les joies et les réussites présentes et ranger dans l’armoire de l’Histoire des faits qui se sont passés il y a plusieurs siècles. La conclusion revient à Napoléon qui, en 1812 alors qu'il se préparait à envahir la Russie, avait eu cette remarque étonnante et prémonitoire : «Messieurs, un peuple qui pleure encore sa patrie dix-sept siècles après sa destruction, la reconstruira un jour !».
     Mais l’esprit de victimisation perdure parmi le Peuple Elu parce que les rabbins peuvent ainsi mieux tenir leurs ouailles en leur rappelant les malheurs divins qui peuvent s’abattre sur eux, en cas de non-respect des textes sacrés. Dans nos temps modernes, Israël représente la diversité du peuple juif. Le pays consacre deux journées commémoratives aux grands drames juifs du dernier siècle, Yom Ha shoah pour les victimes nazis et Yom Hazikaron pour les victimes des différentes guerres  israéliennes. C’est plus proche de nous et c’est plus fédérateur.
   


11 commentaires:

Claude a dit…

... Merci Jacques pour cette page d'histoire, que l'on y croit ou non...
Claude

Raymond S. a dit…

effectivement récapitulation intéressante des malheurs du peuple juif pendant ce mois de Av avec une interrogation tout de même comment la disparition de la communauté de York a t elle pu disparaître au mois de Av alors que son suicide collectif est situé un 16 mars veille de Pessah ?
Par ailleurs pourquoi cette conclusion un peu provocante sur l'esprit de victimisation des juifs pour mieux les tenir par le corpus rabbinique alors qu'on pourrait discuter de cette incroyable caractéristique de ce même peuple à savoir ce que l'on appelle aujourd'hui le devoir de mémoire et qui est peut être une des clefs de sa pérennité. A trop s'oublier on finit parfois par se perdre.
Amical Chabbat Chalom

Véronique ALLOUCHE a dit…

@raymond

Vous écrivez "pourquoi cette conclusion un peu provocante..."
....parce qu'en matière de religion la superstition joue souvent un rôle efficace.
Par contre ce dont nous pouvons être certains, croyants ou non croyants, c'est de la réalité de la Shoah et de Yom hazikaron.
Tous réunis en ces jours de deuil.
Tous unis pour ne pas oublier.
Bien à vous.
Véronique Allouche

Hamdellah ABRAZ a dit…

Toujours avec engouement à lire l'Histoire de ce Peuple merveilleux ... ce qui amène l'admiration !!!!

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Merci pour cet article, à plus d'un titre éblouissant. Cependant, et autant que je puisse me permettre de le dire, je l'aurais arrêté à la citation de Napoléon en 1812.

Bien à vous.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Chère Marianne,

Votre remarque est certes judicieuse mais j’estime que la religion empiète trop sur notre vie de tous les jours. Vous ignorez certainement qu’il y a dix commémorations de drames historiques juifs par les croyants, avec dix jeun dans l’année pour des faits remontant à plusieurs siècles avant notre ère.

J’estime que la création d’Israël doit remettre les compteurs à zéro et que seuls dorénavant les morts civils de la Shoah et les morts militaires des guerres d’Israël doivent être commémorés regroupant en deux jours distincts tous les « malheurs » d’Israël.

C’est le but de mon dernier paragraphe.
Bien à vous.

Saulnier a dit…


" J’estime que la création d’Israël doit remettre les compteurs à zéro et que seuls dorénavant les morts civils de la Shoah et les morts militaires des guerres d’Israël doivent être commémorés regroupant en deux jours distincts tous les « malheurs » d’Israël. "

Si je vous suis bien depuis la création de l'Etat d'Israël il faudrait cesser de fêter Pessah, depuis la Shoah ne plus fêter Pourim, Hitler ayant réussi ce qu'Aman n'avait pu mener à bien. L'Etat d'Israël n'ayant pas de constitution nous pourrions garder Chavouoth -pour le moment

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Mon cher Saulnier, vous me lisez mal.

Je n'ai pas dit de supprimer les fêtes mais de regrouper toutes les commémorations des "malheurs" juifs en deux journées. Pessah et Pourim n'entrent pas dans la définition du malheur du peuple juif.

Merci pour votre commentaire.

Saulnier a dit…

Dans ce cas " אמ שמוע תשמעו ״ " est à mettre au panier'et il ne restera plus que le christianisme et l'Islam

Allal a dit…

A un tel degré, le malheur aide à comprendre, permet de préparer la riposte et du malheur jaillit Israël. Relisez Samson

Saulnier a dit…

De bokertov yeroushalyim
Une réponse définitive et plus sensible
" Il y a de nombreuses raisons à cela mais je me pose simplement la question: si pendant tous ces siècles, depuis les exilés à Babylone après la destruction du premier Temple jusqu’à nos jours, les Juifs n’avaient pas continué à pleurer leur liberté passée et à mettre Jerusalem au dessus de toutes leurs espérances, n’aurions nous pas disparu comme d’autres civilisations?
C’est grâce à ces Juifs obscurs, à nos ancêtres dispersés aux 4 coins du monde, obstinés et entêtés dans leurs prières que les autres nations considéraient comme stériles, c’est grâce à eux que nous avons pu rentrer à la maison."