Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

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mardi 7 juillet 2020

L'Iran envisage des représailles contre Israël


L’IRAN ENVISAGE DES REPRÉSAILLES CONTRE ISRAËL

Par Jacques BENILLOUCHE
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Incendie de Natanz

          Les «incidents» constatés au sein de l’usine nucléaire de Natanz reposent la question de la stratégie israélienne vis-à-vis de l’Iran et de la position d’Israël face à la menace nucléaire iranienne.  Si les Américains n’obtiennent pas du régime de Téhéran sa renonciation au projet nucléaire, toutes les options sont ouvertes. Les experts occidentaux estiment que le risque d’une attaque israélienne n’est pas exclu. On se souvient même que Nicolas Sarkozy en son temps avait conseillé aux dirigeants iraniens de renoncer au nucléaire militaire afin de leur permettre d’échapper à une «alternative catastrophique : la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran».
Cliquer sur la suite pour voir trois vidéos de l'incendie



Mais de l’avis des principaux experts israéliens des questions stratégiques, une attaque israélienne d’envergure, sur le mode du bombardement Osirak, n’est plus d’actualité. La «doctrine Begin» semble aujourd’hui obsolète. En 1977, dès qu’il avait pris la direction du gouvernement, Menahem Begin avait affirmé qu’Israël «ne s’accommoderait jamais de l’émergence à ses côtés d’une puissance nucléaire qui menacerait son existence». 
Osirak

C’est pourquoi, dans la nuit du 5 au 6 avril 1979, du matériel nucléaire destiné à l’Irak et entreposé à la Seyne-sur-Mer avait été détruit sur le territoire français pour retarder, mais non stopper, le programme nucléaire irakien. Le 7 juin 1981 l’aviation israélienne avait reçu l‘ordre de détruire en Irak la centrale nucléaire d’Osirak en fin de construction. Enfin en septembre 2007, l’armée de l’Air israélienne détruisit un site syrien situé sur l’Euphrate, près d’Al-Kibar, abritant une centrale nucléaire livrée par la Corée du Nord.
La menace iranienne a pris naissance dans les années 1990 lorsque les ayatollahs décidèrent de relancer le programme nucléaire commencé au temps du Shah d’Iran. Mais l’option militaire de décembre 1994 reste présente depuis que le responsable de la planification à l’État-major, le général Uzi Dayan, avait déclaré qu’Israël pourrait mener une attaque préventive contre les installations iraniennes avant qu’elles ne deviennent opérationnelles.

En 2002, un opposant iranien avait révélé l’existence de deux sites nucléaires, l’un consacré à l’enrichissement d’uranium, à Natanz, et l’autre à l’eau lourde, à Arak. En septembre 2007, Ahmadinejad avait révélé que l’Iran disposait de 3.000 centrifugeuses d’enrichissement d’uranium en activité. On sait le sort qui leur avait été réservé par le virus Stuxnet. Par ailleurs il développait une capacité balistique importante dont  le Sejil-2, d’un rayon d’action de plus de 2 000 kilomètres, pouvant atteindre Israël et  fonctionnant au carburant solide, d’où une possibilité de mise à feu plus rapide.
Cependant l’option d’une frappe aérienne israélienne contre les installations nucléaires iraniennes s’éloignait car elle représente pour Israël un scénario à haut risque entraînant une nouvelle réflexion sur l’attitude à adopter face à cette nouvelle donne. La perception de la menace iranienne a évolué et de nombreux experts israéliens battent en brèche le discours officiel israélien, qu’ils qualifient de «construction politique maladroite, contre-productive et éloignée des réalités stratégiques du Proche-Orient». La plupart de ces experts ne croient pas que l’Iran prendra le risque de se faire détruire par une attaque nucléaire de «seconde frappe» qu’Israël peut lancer à partir de ses sous-marins Dolphin capables de tirer des missiles de croisière et en permanence stationnés au large des côtes iraniennes.

Une attaque aérienne contre les installations iraniennes est toujours envisageable mais tous les experts militaires conviennent que l’Iran n’est pas l’Irak. L’effet d’une attaque aérienne surprise ne peut plus jouer. Osirak était une cible facile à ciel ouvert. Les sites iraniens sont disséminés et profondément enfouis sous terre. Certaines installations sont même ignorées des services de renseignement. Un doute subsiste sur la capacité de l’armée de l’Air israélienne de détruire en une frappe unique les installations nucléaires iraniennes, en raison de la protection de béton qui les protège. La réussite d’Israël serait partielle. C’est pourquoi la seule éventualité reste une guerre non nucléaire entre Israël et l’Iran,  qui pourrait se poursuivre sur plusieurs années, via les alliés de l’Iran – Syriens, Hezbollah et Hamas.
            Par ailleurs, les Israéliens ne sont pas convaincus qu’ils obtiendraient le feu vert américain alors que des rumeurs se répandent sur la volonté de Donald Trump de négocier avec le président Rohani. On ne voit pas le gouvernement israélien décider de mener une attaque sans l’accord des États-Unis, a fortiori en cas de changement de gouvernance aux États-Unis. Ainsi, l’option militaire est pratiquement abandonnée car Israël compte sur l’Administration américaine pour renforcer ses capacités de défense antimissile.

            Mais le gouvernement Netanyahou pourrait être pris au piège de ses discours. Ses menaces n’ont jamais impressionné les dirigeants iraniens. C’est pourquoi une nouvelle stratégie a été mise en place tant que les services de renseignement ne détectent aucun signe d’une attaque imminente contre Israël. Le premier ministre laisse le Mossad tenter d’entraver le programme nucléaire iranien par des voies secrètes, comme par exemple l’endommagement des installations.
Par ailleurs certaines voix israéliennes pacifiques suggèrent, en raison de la crise économique et sanitaire dramatique en Iran, d’ouvrir un dialogue indirect avec Téhéran, comparable à celui qui s’est noué entre l’Union soviétique et les États-Unis du temps de la guerre froide. Pour eux, une telle option est de l’intérêt commun des deux parties si l’on veut atteindre la dénucléarisation du Proche-Orient. C’est d’ailleurs pour cela que Donald Trump cherche à exploiter la situation dramatique en Iran pour pousser ses propres pions.  
            Israël développe donc ses capacités technologiques.  Le 6 juillet, le lancement, à partir d'un site de lancement basé dans le centre d'Israël, du satellite de reconnaissance électro-optique aux capacités avancées, Ofek 16, couvrira les besoins des services de renseignement et des forces aériennes pour connaitre les réelles intentions des Mollahs.
Behrouz Kamalvandi

            Le numéro deux de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, Behrouz Kamalvandi, a évoqué «l’incident» qui avait provoqué un incendie dans le site nucléaire de Natanz, au centre de l'Iran. Il a annoncé une nécessaire reconstruction de la salle où l'incident a eu lieu, tout comme une remise en l'état des dispositifs de métrage et de mesure qu'elle contenait, qui ont été «réduits en cendres», retardant les plans en cours à Natanz sans pour autant les paralyser puisque «le Conseil de sécurité national iranien qui s'occupe du dossier a décidé d’accélérer la cadence, de reconstruire un site mieux équipé dans des dimensions plus larges, et peut-être même en changer le lieu dans un contexte dominé par des impératifs de défense».
Kheyvan Khosravi

Les responsables de l’incendie ne sont pas désignés mais, vu la cacophonie paniquée depuis plusieurs jours, les yeux se tournent évidemment vers Israël qui bien sûr ne fait aucun commentaire sur les événements étrangers. Selon les experts, Israël ne saurait avoir monté le coup sans assistance internationale et régionale. Alors l’Iran informe le monde entier, par la voix du porte parole du Conseil suprême de la sécurité nationale, Kheyvan Khosravi, de l'ampleur de la riposte qu'il prépare contre ceux «qui ont osé franchir le Rubicon, et visé le secteur stratégique qu'est le nucléaire iranien».
Plusieurs hypothèses sont avancées sur l’origine de l’incendie comme une frappe par des chasseurs furtifs F-35 ou des F-22, par des drones ultra perfectionnés, par une cyberattaque ou par sabotage par relais locaux au sein du ministère iranien du Renseignement. L’hypothèse la plus probable nous vient du quotidien koweïtien de langue arabe bien informé, Al Djarida. Selon le journal, deux avions de combat israéliens de type F-35 avaient déjà survolé l'espace aérien iranien à l’occasion de plusieurs exercices en 2018 et 2019 : «les deux avions auraient traversé d'abord les espaces aériens, syrien et irakien, avant d'entrer dans celui de l'Iran. Ces deux appareils auraient exécuté des vols de reconnaissance et d'identification de cibles dans les régions de Bandar Abbas, Ispahan et Chiraz. Les F-35 israéliens auraient volé à très haute altitude, au-dessus d'autres régions le long du littoral du Golfe persique dont on pense qu'ils abritent des installations liées au programme nucléaire iranien. Les deux avions auraient réussi à échapper à tous les radars des défenses antiaériennes des pays traversés».
F35

Cependant il n’est pas dans les habitudes d’Israël de fanfaronner ; le ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, a certes prétendu qu’Israël ne tolérerait pas un Iran nucléaire mais, «il ne faut pas tout mettre sur le compte d'Israël». Le ministre israélien des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, a répondu en écho que «ce n'est pas le genre d'information à affirmer ou à infirmer».
Israël attend cependant avec sérieux les représailles iraniennes dont on ignore les formes.

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