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samedi 22 décembre 2018

La pauvreté en Israël est une réalité



LA PAUVRETÉ EN ISRAËL EST UNE RÉALITÉ

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps

            
Des pauvres ramassent des restes au Souk Hacarmel de Tel-Aviv

        La pauvreté en Israël est une réalité de la politique ultra libérale de Benjamin Netanyahou. Oui, la nation hightech détient le record de la pauvreté parmi les pays de l’OCDE. Et cela est véritablement un paradoxe car on entrevoit toujours Israël à travers le prisme d’une réussite économique et d’une armée de haute technologie. A chaque élection législative, les promesses des candidats, prêts à tout pour se faire élire, pleuvent sur les électeurs avec un culot désespérant. C’est le cas de Moshé Kahlon et d’Elie Elalouf de Koulanou qui ont caressé le monde francophone dans le sens du poil ce qui a permis à leur nouveau parti d’atteindre les 10 députés, sans résultat notable. Or la pauvreté ne touche plus uniquement les populations arabes et juives orthodoxes mais l’ensemble du pays.  



La queue pour la distribution de vivres

Depuis l’élection législative de 2015, rien n’a été fait pour améliorer le sort des défavorisés, tant en ce qui concerne le coût de la vie que celui du logement qui pénalise les jeunes couples incapables de se loger et contraints de s’expatrier à Berlin. Les prix de l’immobilier augmentent avec le prix des locations qui, selon la région tournent au minimum autour de 5.000 shekels (1.200 euros) à 8.000 shekels par mois pour des salaires qui stagnent à 5.500 shekels (1.300 euros). D’ailleurs, les premières victimes sont les immigrants de France qui arrivent avec le cœur léger et qui ne parviennent pas à boucler leurs fins de mois. Cela explique d’ailleurs les retours de plus en plus nombreux vers la France et la baisse de l'alyah. Les prix des denrées alimentaires et des logements dépassent de 30% ceux de Paris.

Gilles Darmon

Mais fait plus grave, un million d’enfants et 1,3 million d’adultes israéliens vivent dans la pauvreté avec des ressources de moins de 3.000 shekels par mois (720 euros). Leur situation risque de s’aggraver avec les hausses de tarifs planifiées en 2019. Cette image sombre n’est pas véhiculée par des ONG "antisionistes" mais d’organisations israéliennes, engagées contre la misère, comme Latet (donner) présidée par Gilles Darmon, et dirigée par Eran Weintraub. Parmi les personnes âgées pauvres, la situation se détériore ; 92% d'entre elles ont une pension insuffisante et les deux tiers n’ont pas les moyens de payer leurs frais de santé. Un rapport de l'OCDE indique qu'environ 21% des Israéliens vivent sous le seuil de pauvreté, plus qu’au Mexique ou qu’en Turquie. Les taux les plus bas de pauvreté ont été enregistrés en République tchèque et au Danemark.
Les hausses de prix planifiées en 2019 vont aggraver la situation en particulier celles de l’électricité, de la nourriture et de l’eau. Le taux de change du shekel par rapport au dollar et à l’euro est aussi en cause tandis que la Banque d'Israël s'entête à ne pas le modifier. L'Autorité de l'électricité a annoncé que les tarifs augmenteront de 4,5% à 8,1%. En moyenne, les factures d'électricité augmenteront donc de 6,5% ce qui toucherait les personnes âgées qui hésiteraient à se chauffer à l’électricité. Les prix de l’eau augmenteront de 4,5% en raison des investissements dans les infrastructures hydrauliques pour pallier la sécheresse. Les taxes municipales augmenteront de 2%. Les prix des produits alimentaires sont aussi prévus à la hausse selon la société Osem qui voit ses matières premières se renchérir à l’importation. Les fournisseurs de service de téléphonie prévoient aussi une hausse de 10% des forfaits.
Kahlon et Elalouf

Les solutions simples existent pourtant mais elles ne sont pas appliquées. La plus immédiate serait la baisse de la tva pour les produits alimentaires de 17% à 7%. Cette baisse de 10% donnerait un coup de pouce de 500 shekels par mois pour le panier de la ménagère et pour les plus pauvres. Mais le gouvernement s’oppose face à l’argument du sacro saint besoin de financement de la défense. Il lui suffit pourtant d’augmenter la tva pour les produits non alimentaires de 17 à 20% comme en France. En échange de la baisse du prix du sucre, de la farine, du yaourt et de l’huile, les acheteurs de 4x4 n’auront aucun mal à payer 9.000 shekels de plus pour leur bolide. Il y aura ainsi une compensation totale et le gouvernement, ni la défense nationale, ne seront pas lésés.



La baisse des prix de l’alimentaire pourrait aussi intervenir si les autorités libèrent l’installation en Israël de grandes marques étrangères qui appliqueraient des prix compétitifs et s’opposeraient aux monopoles des importateurs israéliens qui gonflent leurs marges.
Enfin une promesse importante de  Kahlon n’a jamais été tenue. Il avait promis de mettre à la disposition des promoteurs d’État des terres domaniales pour la construction de logements sociaux. Le prix du terrain représentant souvent 30% du prix d’un appartement, les logements deviendront plus accessibles aux jeunes couples, bien sûr sous conditions de ressources.

Alors, sentant le danger, le chef de Koulanou s’agite sur les réseaux sociaux pour vanter les résultats de son mandat, des résultats totalement nuls car il n’a jamais montré d’indépendance vis-à-vis de Netanyahou pour imposer ses projets. Il a accepté un ministère où il est bridé et où il ne peut pas exprimer concrètement ses options. Elie Elalouf, de son côté, n’a rien pu faire comme député à la Knesset ; il a été placé à la tête d’une commission qui, comme toutes les commissions, discute à l’infini sans effet concret. Ils se seraient glorifiés en quittant un gouvernement qui les a gardés dans un placard doré. Les électeurs s’en souviendront.
Israël attend son sauveur, celui qui réglera à la fois les problèmes économiques et les problèmes sécuritaires. Des pistes sont certes ouvertes mais elles ne sont pas encore concrétisées car tous les politiques attendent que la justice écarte Netanyahou de la gouvernance donnant l'impression qu'ils manquent de charisme pour le remplacer.

Les Israéliens sont des gens disciplinés car ils mettent au-dessus de toutes les préoccupations la sécurité du pays. Ils ne sont pas violents ni amateurs de manifestations. Depuis 2011 et malgré les coups de massue économiques, ils ne bronchent pas, sont résignés et se terrent pour certains dans leur misère. Pourtant eux au moins sont éligibles aux Gilets jaunes.    



7 commentaires:

Véronique ALLOUCHE a dit…

Certes les israéliens ne sont pas violents et subissent les aléas de la misère en se taisant. Néanmoins il se pourrait qu’ils prennent appui sur l’exemple de la France et des gilets jaunes. Une deuxième manifestation aura lieu samedi soir à Tel-Aviv. Les appels à manifester se font nombreux et comme en France envers Macron , les panneaux « Netanyahou démission » fleurissent. Si les autorités ne souhaitent pas de débordements, ils devraient tenir compte de ce mouvement et faire le nécessaire pour annuler les augmentations et taxes prévues avant qu’il ne soit trop tard et que la rue se déchaîne.
« À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes. » Kennedy

Marianne ARNAUD a dit…

"Prenez garde aux larmes des pauvres, les poignards sont doux à côté." Pierre Perret

bliahphilippe a dit…

Je partage totalement votre point de vue sur cette catastrophe sociale en Israel.
Il est vrai que la politique ultra libérale de Natanyahou en porte une large responsabilité. Je ne pense pas qu'il y'ait eu malveillance mais volonté de mettre en oeuvre rapidement -trop?- une politique économique sortant du carcan sclérosé d'un pays socialisé et bureaucratisé à l'excés, fruit d'une époque révolue.
Il faut aussi prendre en considération le fait qu'Israel est entre les mains de puissantes familles détenant sociétés dans les domaines de la banque,des assurances, de la communication.. etc ..qui empechent toute concurrence sérieuse menaçant leurs monopoles et ententes défendus par eux becs et ongles.
Pour rappel la ministre de Natanyahou a l'époque Limor Livnat qui avait convoqué un patron d;une grande société de communication l'obligeant sous la menace à casser ou réduire ses tarifs.
A ce jour le juste équilibre n'a pas encore ete atteint.Mais l'est-il dans un pays comme la France sans provoquer d'autres problémes?
Le social est préoccupant en Israel.
Il y va de l'avenir du pays s'agissant entre autres fractures de la défense si l'armée populaire est composée à un trop grand nombre de soldats d'un bas niveau.
Or le niveau éducatif fait aussi la force dune armée moderne face à nos bruyants ennemis .



V.Jabeau a dit…

La directrice de la philanthropie du FSJU, une jeune femme formidable de très haut niveau, est revenue émue aux larmes de ce qu’elle a vu en Israël en termes de pauvreté. Mais elle n’a pas les armes politiques pour casser cette politique néfaste actuelle.

Eric RUBEN a dit…

C’est un problème majeur qui a des implications sur l’avenir du pays : immigration, émigration etc.

Gilbert BRAMI a dit…

Comme sur toute la planète bleue - Cette pauvreté est générée par la maladie, l'ivrognerie, la drogue et la paresse !

V.Jabeau a dit…

C’est de l’humour noir, M. Brami, j’espère. Je connais beaucoup de gens dignes se battent et qui sont en difficulté financière.