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lundi 3 mars 2014

UKRAINE : LA DÉCADENCE OCCIDENTALE FACE À LA RUSSIE




UKRAINE : LA DÉCADENCE OCCIDENTALE FACE À LA RUSSIE

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps




   L’Occident était certes prévenu des intentions de Barack Obama puisqu’elles ont été détaillées tout au long de ses deux campagnes électorales. Il avait un credo : les États-Unis ne doivent plus être les gendarmes du monde. Il s’agissait sinon d’arrêter les guerres qui avaient été entamées, au moins de ne pas en engager d’autres. 



   Il a donc abandonné l’Irak à son sort en mettant le pays entre les mains des chiites téléguidées par le Hezbollah et l’Iran. Il a retiré progressivement son armée d’Afghanistan. Il a laissé agir les Français en Libye en apportant une aide symbolique pour ne pas être ridicule. Il a trahi les Égyptiens en soutenant les Frères musulmans pensant ainsi mieux contrôler les révolutions arabes. Il est resté passif devant les massacres de Syrie au nom du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures du pays. Il s’est courbé face aux sourires des mollahs iraniens, et d’Hassan Rohani en particulier, pour leur permettre de continuer leur programme nucléaire en toute impunité. Il est donc fort probable qu’il se tiendra à l’écart du conflit ukrainien comme les Occidentaux l’ont fait à l’égard de la Tchécoslovaquie face à Hitler.

Pétard mouillé


Du calme Barack, c'est juste un costume pour Pourim

   Vladimir Poutine connait bien la personnalité de Barack Obama pour ne pas tenir compte de l’avertissement qu’il avait reçu et qui ne l’a pas empêché de poursuivre son intervention militaire en Crimée en attendant de l’étendre à toute l’Ukraine. La décision des Américains, des Britanniques et des Français de ne pas participer au G8 en juin à Sotchi a été perçue comme un pétard mouillé, sans conséquences. D’ailleurs la réponse immédiate de Poutine a été de demander à son parlement fantoche l’autorisation d’une invasion militaire de son voisin, pour garder les apparences juridiques sauves.
La Douma (chambre basse du parlement russe)

   Obama a cherché à convaincre Poutine, dans un entretien téléphoné de plus d’une heure, de modérer son intervention en transférant à des observateurs internationaux le soin de garantir les droits des russophones d’Ukraine. Il aurait même avalisé le détachement de la Crimée du reste de l’Ukraine à l’instar de ce qu’on avait fait avec Hitler qui voulait «libérer les Allemands des Sudètes de l'oppression tchécoslovaque». Les menaces ont été proférées de manière trop molle pour que Poutine les prenne au sérieux ; il avait en effet déjà expérimenté les  hésitations d’Obama en Syrie. Mais il est un fait indéniable que Poutine n’acceptera jamais que l’Ukraine, qui dispose d’une frontière commune avec la Russie, sorte de sa sphère d’influence. Alors il réitère sa stratégie expérimentée avec succès, en 2008, quand il a annexé l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie dans l’indifférence générale occidentale.




Risque de contagion

   Les anciens pays sous tutelle de l’URSS s’inquiètent. Ainsi le premier ministre polonais Donald Tusk a appelé les Occidentaux à réagir contre la Russie : «La seule méthode pour arrêter la Russie et en même temps pour éviter des conflits dramatiques dans cette partie du monde, c'est une pression ferme et une intransigeance de l'Europe, des États-Unis et du Canada. Il faut aujourd'hui une politique calme, équilibrée mais aussi ferme et communautaire face à la Russie, basée sur une désapprobation de ce genre d'actions. Ceci pour éviter un conflit de grande envergure». Il est évident que la Pologne se sent menacée par l'intervention armée potentielle de la Russie en Ukraine voisine.
Donald Tusk

   L’Ukraine est une proie facile disposant d’un embryon d’armée et en état de cessation de paiement. L’invasion serait une simple formalité. Pourtant Poutine pourrait hésiter car, en fin diplomate, il sait qu’il ne pourra pas passer outre au sentiment nationaliste des Ukrainiens et que l'étendue du pays pourrait constituer un obstacle pour ses chars. Par ailleurs, bien qu’il ne soit pas très sensible au respect des questions de droit, il aura du mal à mettre fin unilatéralement au traité de 1994 qui garantit l’intégrité territoriale de l’Ukraine.

Une Europe absente



   Mais Obama peut se targuer de ne pas être seul responsable d’une certaine lâcheté occidentale. Les Européens sont aussi coupables de leur silence et de leur inaction et on les voit mal, même aidés par des forces quasiment symboliques de l’Otan, réagir par la force à une invasion de l’Ukraine. La seule arme dont ils disposent est l’arme diplomatique mais à condition d’avoir une politique commune au G8 pour isoler la Russie. Seule Angela Merkel et sa puissance économique pourront faire entendre raison à Poutine. Cependant, l’égoïsme régit la politique européenne et il est improbable que tous les pays du G8 acceptent de boycotter la réunion de Sotchi parce que les intérêts priment sur la morale. Le ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, vient d'ailleurs d'annoncer qu'il ne remet pas en cause les contrats de fourniture d'armes à la Russie. L’Histoire est un éternel recommencement.
   On n’a d'autre part rien à attendre du Conseil de Sécurité de l’ONU puisque la Russie y détient un droit de veto. Les seuls courageux qui pourraient faire la différence se trouvent au Congrès américain parce qu’il pourrait interdire l'entrée aux États-Unis des responsables russes et prévoir de geler leurs actifs. Le Congrès pourrait imposer un boycott des banques russes avec un risque pour eux de blocage du système financier international. Barack Obama, s’il en a la volonté, pourrait ainsi frapper là où cela fait mal, sur le plan économique. 
Le drapeau russe flotte devant le Parlement à Simféropol en Crimée

       Le prix à payer pour les Russes serait alors trop élevé par rapport aux bénéfices qu’ils pourraient tirer d’une invasion d’un pays en faillite dont les dirigeants, et même les militaires, sont achetables pour quelques kopecks ou quelques honneurs. En effet le commandant en chef de la marine ukrainienne, l'amiral Denis Berezovski, qui venait à peine d’être nommé par le président par intérim, a annoncé qu'il prêtait allégeance aux autorités pro-russes de Crimée.

   Parce la Russie peut fermer son robinet de gaz et paralyser son économie, l’Ukraine pourrait tomber comme un fruit mûr, sans combat et sans invasion, à moins que les États-Unis alignent les 30 milliards de dollars pour sauver l’économie ukrainienne. Mais encore faut-il aussi que l’Europe cesse de se courber devant les approvisionnements de gaz et de pétrole en provenance de Russie. Mais cela impose un courage politique qui n’existe plus dans le vocabulaire américain de Barack Obama.  


6 commentaires:

Pat Quartier a dit…

En complément de cet excellent article factuel, il est bon de signaler et de rappeler que les députés ukrainiens ont appellé l’Occident à l’aide, et plus précisément les pays signataires du Mémorandum de Budapest. Ce document signé en 1994 garantit que l’Ukraine renonce aux armes nucléaires après la chute de l’Union soviétique et qu’en contrepartie, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Russie se portent "garants de son indépendance et de sa souveraineté". Les parlementaires ukrainiens leur ont donc demandé de confirmer leur engagement.
On connait le résultat lamentable et tragique que vous avez souligné quant au soutien des Etats-Unis et de l'Europe!! Bonne leçon pour Israel qui ne doit en aucun cas faire confiance aux Occidentaux pour assurer sa sécurité . Ainsi se trouve anéanties les velléités américaines de garantir les frontières( ou européennes pour qui a l'imbécilité de leur accorder la moindre importance) imposées à Israel dans le cadre d'une fausse "Pax americana".

Takouhi DJAN a dit…

je ne veux pas te "contrarier" jacques, mais au kosovo....n'avons-nous pas fait de "l'ingérence"; ici n'est-ce pas le "retour de flamme" de poutine....?, »

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Le problème de l'ingérence est à double vitesse même quand il y a danger pour les populations.

J'ai seulement voulu soulever le problème des pays qui veulent détourner leurs yeux d'un conflit qui les dérange en prétendant qu'il s'agit d'une ingérence. C'est un alibi facile évidemment.

kravi a dit…

Nous ne pouvons jouer les Cassandre au stade où nous en sommes. Nul ne peut préjuger des réactions de Poutine.
Si on se place du point de vue israélien, la veulerie d’Obama n’est plus à démontrer eu égard à ses fiascos en Irak, Afghanistan, Syrie et face à l’Iran du très modéré Rouhani. Les positions anti-israéliennes de l’Europe sont patentes.
J’espère pouvoir faire confiance au gouvernement israélien et à son état-major pour cesser les concessions et faire face au chantage des États-Unis.
Gageons que la rencontre Netanyahu Obama se soldera aujourd’hui par un raffermissement des positions israéliennes dans la grotesque pantomime des « négociations pour la paix ».

Marianne ARNAUD a dit…

Excellent article de monsieur Benillouche.

Pour me placer du point de vue des Français, je dirais que je trouve assez paradoxal que le gouvernement leur demande de condamner l'intervention de Poutine en Ukraine, alors que l'on sait très exactement quels sont les intérêts géopolitiques, économiques, culturels et historiques que les Russes ont à défendre en Ukraine, pays appartenant à la zone d'influence russe depuis toujours.
Or dans le même temps on demande aux Français de soutenir l'intervention de la France en Centrafrique sans que personne ne leur dise quels sont les intérêts que la France a à défendre dans cette ancienne colonie, comme s'il allait de soi, après cinquante ans d'indépendance, que ce pays fasse appel à l'ancien colonisateur honni pour faire la police entre leurs peuples qui s'entretuent, pendant que Américains, Chinois et autres, se contentent, eux, de faire du business en Afrique sans se soucier le moins du monde des désordres de plus en plus grands qui s'instaurent sur ce continent.

Emile MOATTI a dit…

Cher Jacques Benillouche,

Merci de m'avoir adressé, comme je vous l'ai demandé, le texte complet de votre article, qui m'a beaucoup intéressé. Je crains fort que votre analyse soit confirmée par la tendance et la pesanteur des évènements.
L'humanité est-elle condamnée à une dégradation irréversible de sa stabilité? Nous avons le devoir d'espérer que non. Mais une prise de conscience responsable et solidaire des enjeux me paraît souhaitable, voire indispensable. Il faudra peut-être mobiliser les forces spirituelles qui existent potentiellement au sein de tous les peuples.