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mardi 4 juin 2013

LE CHOIX DES SAISONS POUR LA TURQUIE



LE CHOIX DES SAISONS POUR LA TURQUIE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Tous les commentateurs internationaux sont unanimes dans leur volonté de  rassurer l’opinion en certifiant que les émeutes en Turquie ne relevaient pas d’un «printemps turc» ni «d’une révolution orange». Pourtant la saison et la couleur importent peu quand il s’agit de qualifier l'exaspération de la population. 
L’étincelle peut être déclenchée au moment où l’on s’attend le moins, même si Tayyip Erdogan a fait un pas vers les émeutiers. On se souvient que le président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali était intervenu trois fois à la télévision, d’abord en menaçant les causeurs de troubles de terribles sanctions et ensuite en adoptant un ton plus calme pour promettre du changement. Malgré cela, il a perdu le pouvoir.
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Boom économique


La Turquie est effectivement une république parlementaire et le parti AKP est parvenu au pouvoir, puis a été réélu deux fois, à la suite de scrutins qui n’ont pas été entachés de fraude. Cela n’était pas le cas pour les dictatures arabes. En effet, la crise n’a pas touché sérieusement la Turquie puisque la croissance a atteint 8,5% du Pib en 2011 après une progression de 8,9 % en 2010 mais avec cependant une inflation de 10%. D’ailleurs la crise en Europe a fait revenir en Turquie des émigrés qui, grâce à la formation reçue à l’étranger, trouvent plus facilement des emplois dans un pays en plein boom économique. 
Manifestants à Istanbul

Les manifestants ne réclamaient donc pas des emplois ni une amélioration de leur sort économique ; leur motivation était ailleurs. Ils veulent manifester contre l'islamisation à outrance de leur pays.  Le projet de construction d’un centre commercial sur la place Taksim était pour eux un alibi pour exprimer leur mauvaise humeur à l’égard d’un gouvernement idéologue. Les turcs des villes et ceux des champs coexistent certes. Mais les uns, très évolués et plus modernes, lorgnent vers l’Europe alors que ceux qui ont donné une majorité à Erdogan habitent les endroits les plus retirés du pays et sont plus sensibles aux thèses islamistes. 
Jeunesse turque

Bien sûr, Erdogan n’a pas succombé à la tentation théocratique en cours en Iran mais il a progressivement rogné la laïcité imposée par Kamal Atatürk. Il avait bien manœuvré en neutralisant l’armée, en favorisant les classes défavorisées tout en séduisant le patronat avec son libéralisme économique. Mais en fait se profilait derrière le pseudo-dialogue entre laïcs et religieux la volonté du premier ministre de revenir progressivement sur la notion de séparation de la Mosquée et de l’État, en donnant à la religion une place de plus en plus prépondérante. En autorisant le port du voile partout, en interdisant l’avortement et en limitant la vente de boissons alcoolisées, il a suscité une levée de boucliers d’une jeunesse largement sécularisée.



Autoritarisme islamique



Place Taksim


Les émeutiers, responsables de violences dans plusieurs villes de Turquie, ont contesté l’autoritarisme d’un gouvernement islamiste, ont fustigé le pseudo-puritanisme des dirigeants et ont lancé un avertissement sans frais au gouvernement. En incendiant les bureaux du parti AKP à Ankara, à Istanbul et Izmir, ils ont ciblé les tenants du pouvoir. Les barricades érigées et les pavés lancés contre la police s’apparentent à une révolte ou à une mini révolution à laquelle on peut donner le nom de la saison qui convient. Mais Erdogan est visé personnellement : «Personne ne veut de toi Tayyip» parce qu’il islamise à petits pas la société turque. La contestation s’est étendue à Izmir dans l’ouest, à Adana au sud et à Gaziantep au sud-est.

L’inquiétude semble s’emparer de certains hauts dirigeants qui craignent pour la survie de leur régime bien que le risque ne soit pas immédiat. Le chef de l'État Abdullah Gül a jugé «inquiétant» le niveau de la confrontation. Et le vice-premier ministre Bülent Arinç a prôné le dialogue «plutôt que de tirer du gaz sur des gens». Mais le premier ministre, droit dans ses bottes, a maintenu son projet d’aménagement de la Place Taksim en incluant la construction d’une nouvelle mosquée. Il n’a pas l’air de prendre au sérieux la situation puisqu’il a maintenu son voyage au Maroc, puis en Algérie, puis en Tunisie avec un retour prévu jeudi 6 juin.

       Il pense avoir la situation en mains car l’armée reste silencieuse et maintient sa neutralité pour intervenir éventuellement en arbitre de la situation. La Turquie entre dans un été chaud et espère qu’aucune contamination avec le climat européen hivernal ne viendra déjouer l’ordre des saisons.

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