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mardi 25 juin 2013

MARINE ISRAÉLIENNE : BASE DE LA NOUVELLE DISSUASION



LE REGARD DE JACQUES BENILLOUCHE POUR  TRIBUNEJUIVE.INFO

MARINE ISRAÉLIENNE : BASE DE LA NOUVELLE DISSUASION




Sous-marin Dolphin
Pour sa défense tout azimut, Israël a dépassé l’ère de l’aviation, des drones et des missiles pour concentrer sa stratégie sur la marine de guerre qui avait été longtemps délaissée au profit de la défense aérienne et terrestre. Progressivement, les sous-marins sont devenus le point de mire de Tsahal qui tient à transmettre un message clair à tous les États qui lui sont hostiles en leur faisant comprendre que les distances ne sont plus un handicap dans sa stratégie militaire.





Le Dolphin


Le commandant de la marine Ram Rothberg et le directeur du ministère de la défense Udi Shani


            Le premier ministre Benjamin Netanyahou n’a pas manqué d’ailleurs de donner une grande couverture médiatique pour fêter la réception du cinquième sous-marin Dolphin. Accompagné du ministre de la défense, il s'est rendu dans la base navale militaire d'Ashdod pour s'entretenir du nouvel «atout stratégique» ayant un pouvoir de dissuasion dépassant les frontières. Le renforcement des capacités des forces navales était devenu nécessaire après les révolutions qui ont agité le monde arabe. Cependant, beaucoup d’inconnues restent à résoudre, le positionnement de l’armée égyptienne en particulier.

Israël est désormais équipé de cinq sous-marins Dolphin, de haute technologie et attend le sixième en cours de construction. Après la guerre du Golfe de 1991, Il décida de commander auprès de l’Allemagne deux nouveaux sous-marins conventionnels selon un contrat signé avec des conditions très avantageuses consenties par le gouvernement dirigé alors par le chancelier Helmut Kohl. En 1994, un troisième submersible fut commandé par Israël. 
En 2006, Israël commanda deux autres sous-marins (INS Tannin et INS Rahav), avec un autre en option. Par rapport à leurs prédécesseurs, ces bâtiments, prévus pour entrer en service en 2013 et en 2014, disposeront d’un système de propulsion anaérobie, ce qui leur permettra de rester en plongée plus longtemps. Berlin avait longtemps hésité à fournir le sixième sous-marin commandé, en raison de la politique de construction dans les implantations de Cisjordanie, mais il a finalement donné son accord pour que le bâtiment soit construit.
Ehud Barak avec le ministre allemand de la défense Thomas de Maiziere à Berlin en mars 2012

L’accord de vente avait été signé par Thomas de Maizière, le ministre allemand de la Défense et Ehud Barak, son homologue israélien. Et là encore, Berlin a mis la main au portefeuille car l’Allemagne avait accepté de financer un tiers du prix de ce sous-marin, soit 135 millions d’euros. Dérivé du type U-212 et aux dimensions relativement modestes, le sous-marin commandé par Israël sera mis en œuvre, comme ses prédécesseurs, par un équipage de 30 hommes. Il peut emporter des torpilles ainsi que des missiles et des mines. La rumeur dit que ces submersibles pourraient être armés par des engins dotés d’ogives nucléaires … Mais personne, hormis leurs équipages et les responsables israéliens, ne peut avoir de certitudes à ce sujet en raison de la censure militaire. Proportionnellement à la taille du pays et à l’importance de la population, Israël peut être classé relativement comme la plus grande force militaire maritime mondiale.



Fabrication locale


Patrouilleur Reshef


            Depuis l’affaire des vedettes de Cherbourg et dans une volonté d'autonomie, Israël s’est lancé dans la fabrication, dans ses usines de Haïfa, de ses propres navires d'attaque de 4ème génération qui prirent le nom de Reshef. Le succès a été tel que neuf patrouilleurs de ce type ont été commandés par l'Afrique du Sud. Ces vedettes, ainsi que des navires lance-missiles achetés à l’étranger, lui permettent de patrouiller autour de ses frontières maritimes. Mais Israël ne se contente pas de naviguer dans ses eaux territoriales. Il lui arrive souvent  d’envoyer quelques navires dans les eaux internationales, du Soudan par exemple, pour des opérations clandestines et pour poursuivre des groupes terroristes qui transportent des armements en direction du Sinaï.

            Le directeur du ministère israélien de la défense, Udi Shani, a expliqué que la marine, comme les autres armées, avait étendu son champ d’application et participait au développement des nouvelles technologies militaires sensibles, de hautes précisions, utilisées pour la conception de nouvelles armes. L’usine Rafael, qui fabrique différents types de missiles, équipe en matériel original les nouveaux sous-marins.  Cette entreprise vient d’ailleurs de développer un système d’alarme original, installé dans les bases navales, capable de détecter toute intrusion dans les eaux israéliennes.

            La marine était restée le parent pauvre de l’armée face au budget de la force aérienne. Mais Israël a changé sa stratégie. Le problème iranien a en effet incité Benjamin Netanyahou à augmenter  les investissements dans la marine, tenté en cela par le rabais de 30% consenti par Angela Merkel sur le prix initial du sous-marin. En effet, la menace n’est plus locale mais internationale tandis que les origines des conflits sont de plus en plus géographiquement éloignées.



Révision stratégique


Professeur Efraim Inbar


L’ancien ministre de la défense, Ehud Barak, piètre politique certes, a cependant joué un rôle clé pour imposer la révision des investissements à destination de la marine. Il avait tenu compte des recommandations du professeur Efraim Inbar, directeur du centre d’études stratégiques de l’université Bar-Ilan, qui avait attiré l’attention des autorités sur le risque que faisaient courir les révolutions arabes sur la liberté de circulation des navires israéliens. Il avait rappelé que les échanges maritimes israéliens pèsent pour 90% dans les échanges internationaux. Les stratèges militaires se sont alors penchés sur les voies maritimes sous contrôle arabe ou islamique ; le canal de Suez et les détroits de Bab Al-Mandeb, d'Ormuz et du Bosphore prirent alors une importance stratégique pour Israël. Une intervention des groupes djihadistes contre les navires israéliens devenait fortement probable et il n’était pas question pour Tsahal de sous-traiter aux Occidentaux la sécurisation de sa flotte civile.  

            Un nouvel élément a justifié la décision gouvernementale. L’exploitation off-shore du gaz israélien au large de Haïfa impose une surveillance accrue du site avec le développement des patrouilles maritimes devant intervenir loin des frontières du pays. Or le Hezbollah, qui maintient la pression sur Israël, a laissé entendre qu’il pourrait cibler les gisements de gaz en cas de conflit ouvert.

            Les officiers de l’État-major israélien ont par ailleurs justifié l’extension des moyens de  la marine  par la nécessité d’envisager des frappes à partir de sous-marins si Israël était attaqué. Bien qu’Israël ne l’ait jamais admis, il serait en possession de 200 ogives nucléaires selon les estimations occidentales. Les sous-marins israéliens, équipés d’ogives nucléaires,  peuvent alors être déployés dans des mers hostiles, avec une très importante maniabilité opérationnelle. Ils peuvent s’installer au large des côtes de tout pays ennemi, l’Iran par exemple, pour espionner les communications, pour contrôler les mouvements des avions et des missiles et le cas échéant pour intervenir si Israël était attaqué.



Nouvelle donne militaire



Cette situation change la donne au Proche-Orient et influe sur la stratégie israélienne. Il n’est plus nécessaire de mobiliser une centaine d’avions pour attaquer les cibles nucléaires iraniennes avec les risques énormes que comporte une telle expédition. L’opportunité d’une attaque est d’ailleurs discutée aux plus hauts échelons militaires parce qu’elle ne semble plus revêtir d’urgence au point que, en suivant les analyses persistantes du Pentagone, le risque nucléaire iranien est remis en question. La dissuasion maritime et nucléaire israélienne a fait son effet auprès des Iraniens. Par ailleurs, le changement de gouvernance à Téhéran reporte de facto, pour un an au moins, tout risque de conflit. D’ailleurs il est probable qu’un changement de sémantique de la part des dirigeants iraniens remette en cause leur volonté d’éradiquer Israël. Ainsi, l’éventualité d’une frappe militaire sur les usines nucléaires s’éloigne au profit d’un dialogue déjà entamé par les États-Unis, parallèlement à l’accroissement des capacités militaires d’Israël. 
Les nouveaux membres d'équipage de la flotte de sous-marins de la Marine israélienne

            Mais Tsahal veut donner à ses sous-marins de nouvelles fonctions pour augmenter le pouvoir de dissuasion. Il songe à organiser des missions clandestines lointaines car les nouveaux sous-marins peuvent rester sous l’eau pendant plusieurs semaines, sans nécessité de remonter à la surface pour se ravitailler en air ni même d’user de périscope.
          Israël détient déjà l’expérience d’une opération montée à l'autre bout de la Méditerranée, à l’aide à l’époque de moyens modestes. Israël avait liquidé en 1988 Abou Jihad, bras droit de Yasser Arafat, dans sa villa de Sidi-Bou-Saïd. Les membres du commando, venus par voie aérienne civile et à bord de navires civils et d’un sous-marin, avaient été exfiltrés à bord du sous-marin qui stationnait au large des côtes de Tunisie et à bord duquel avait pris place le chef d’État-Major lui-même.

Israël souffrira moins de son sentiment d’encerclement grâce à ses capacités maritimes  surdimensionnées qui ne permettront à ses ennemis de bénéficier de sanctuaires lointains. Mais dans un souci de prévoyance, l’Iran n’est plus seul dans l’œil de visée des militaires israéliens. Israël craint que les troubles internes et l’aggravation de la situation économique en Égypte, ne poussent ses dirigeants à envisager la reprise des hostilités, par mer, pour détourner l’attention de sa population dans une action symbolique visant à  briser le blocus maritime de Gaza. Il est probable que les Égyptiens réfléchiront à deux fois aujourd’hui. 

Soldats de l’Unité des Missions Sous-marines


Mais paradoxalement, comme au temps de la Guerre Froide, cette dissuasion éloigne tout danger immédiat de guerre parce que le pays, qui en serait l’initiateur, prendrait alors un risque suicidaire. En revanche nul ne peut présager du comportement de groupes extrémistes terroristes islamiques capables de semer le trouble à travers le monde. C’est pourquoi Netanyahou a pris bien soin de développer des nouvelles unités capables d’opérations secrètes, à l’instar de l’escadron-7 la puissance d’attaque sous-marine. Ses missions sont frappées de secret absolu car elles sont souvent menées au cœur du territoire ennemi. Toute la stratégie israélienne a ainsi été révisée avec le renforcement de ses capacités navales pour intervenir en tout point du Globe contre les ennemis actifs d’Israël et sans attendre qu’ils interviennent à ses frontières. 

http://www.tribunejuive.info/israel/marine-israelienne-base-de-la-nouvelle-dissuasion

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