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mercredi 3 octobre 2018

L'Iran frise une situation révolutionnaire



L'IRAN FRISE UNE SITUATION RÉVOLUTIONNAIRE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps
            
Gholamhossein Mohseni Ejei

          De nombreux signes ne trompent pas dans les régimes de terreur qui, pour se défendre, n’ont qu’une seule ressource, l’usage de la peine de mort qui, au lieu de dissuader, excite la contestation. Cela rappelle l'époque révolutionnaire en France où la guillotine fonctionnait à plein rendement. L’Iran panique puisqu’il invente des juridictions d'exception pour calmer l’ardeur révolutionnaire de la population.  La télévision a annoncé que les tribunaux spéciaux iraniens, mis en place pour lutter contre la criminalité financière, ont condamné trois personnes à la peine de mort, en plein tollé général dû aux conséquences des nouvelles sanctions américaines. 



Des chauffeurs de camions qui manifestaient pour leur salaire ont été prévenus qu’ils risquaient des «peines sévères». Le Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, avait appelé à des «actions judiciaires rapides et justes pour affronter une guerre économique d'ennemis étrangers». Il a été entendu puisque des tribunaux révolutionnaires islamiques spéciaux viennent d’être mis en place pour juger sévèrement et rapidement les suspects.
Le porte-parole du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, a annoncé que les tribunaux avaient prononcé des condamnations à mort contre des citoyens reconnus coupables d’avoir «répandu la corruption sur terre». 32 autres accusés ont été condamnés à des peines allant jusqu’à 20 ans de prison pour crimes économiques.
La situation est effectivement critique puisque la monnaie locale, le rial, a perdu près de 70% de sa valeur depuis avril à la suite d’une forte demande de dollars parmi les Iraniens qui tentent de protéger leurs économies. Le coût de la vie a également augmenté entraînant des manifestations contre les profits et la corruption avec des slogans anti-gouvernementaux. 

Face à la grogne populaire qu’il doit combattre, le gouvernement iranien a créé 15 bataillons de forces spéciales de police pour faire face aux manifestations qui ont lieu généralement dans les stades, les seuls endroits où les réunions de masse sont tolérées. L’annonce a été faite par le général Hassan Karmi, qui a précisé que «ces bataillons contrôleront la sécurité dans les stades sportifs». Ils viendront en renfort auprès des Basij, les milices de mobilisation populaire composées de civils, créés par l'ayatollah Khomeiny, en novembre 1979, dans le but d'assurer la sécurité intérieure et de participer à des guerres étrangères. Depuis fin 2017, l'Iran a été témoin d'une nouvelle vague de manifestations dans différentes régions ce qui pose la question de savoir si l’Iran traverse une situation révolutionnaire.  
Forces spéciales

            La situation alimentaire est critique en Iran pour une population appauvrie qui n’a plus rien à perdre et qui est prête à subir une répression brutale et des arrestations massives.  Au contraire, la majorité silencieuse s’oriente de plus en plus vers une culture de résistance face à une classe dirigeante riche, embourbée dans la corruption qui génère des conflits internes. Les pauvres n’ont plus peur et préparent une situation révolutionnaire au sein de la société.
            Mais cette grogne généralisée risque de s’estomper car il n’existe aucun mouvement populaire ni aucun dirigeant charismatique capable de mettre en danger le régime des Mollahs ou de mener à des réformes efficaces. Cela permet au gouvernement islamiste d’attenter aux libertés civiles et aux droits des citoyens, et de détruire son économie pour pousser au suicide réel de nombreux Iraniens.
            On en a peu parlé dans les médias mais au début de l’année, les défavorisés se sont soulevés contre le régime dans 100 villes malgré les risques encourus. La classe moyenne avait alors boudé cette contestation mais la situation ayant empiré, elle a rejoint la dissidence. L’été a donc été chaud.  Le peuple a fini par sortir dans la rue sans craindre d’affronter la police. Les fonctionnaires, privilégiés jusqu’à présent, n’arrivent plus à boucler leurs fins de mois. Certains n’hésitent plus à critiquer ouvertement «l’argent dépensé en Syrie et en Irak».
Moudjahidine du peuple

            La répression brutale, qui est mise en place sous l’alibi de «crimes économiques», montre que le régime n’est plus capable de répondre aux légitimes demandes de la population. Mais les Iraniens doivent s’organiser, avec une aide extérieure s’il le faut, pour consolider la situation révolutionnaire grâce à un mouvement d'opposition organisé et un leadership fort.
Certes existent déjà une coalition de l'opposition, le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), et  l'Organisation iranienne des Moudjahidine du peuple (MPOI / MEK). Ces organisations, redoutées par le Guide suprême et par les responsables du régime, sont parvenues à limiter la répression brutale des Gardiens de la révolution (CGR).
Mike Pompeo

Le régime iranien cherche maintenant désespérément à détourner la crise en provoquant une tension militaire dans la région, en Syrie en particulier. Les Américains ne sont pas tombés dans le piège des théocrates et évitent de prendre position aux côtés de l’opposition pour ne pas discréditer les manifestants.
Seul le secrétaire d’État Mike Pompeo a pris le risque de gêner les manifestants en annonçant ouvertement un nouvel effort américain : «Nous sommes engagés dans un effort pangouvernemental pour changer le comportement du régime iranien, et le Groupe d’action iranien veillera à ce que le Département d’État reste étroitement synchronisé avec nos partenaires inter institutions. Depuis près de 40 ans, le régime de Téhéran est responsable d’un torrent de comportement violent et déstabilisant contre les Etats-Unis, nos alliés, nos partenaires et même le peuple iranien».  
La création par le secrétaire Pompeo du Groupe d'Action pour l'Iran, dirigé par Brian Hook l'un de ses conseillers les plus fiables, est une preuve supplémentaire que l'administration Trump considère l'Iran comme l'une de ses priorités absolues en matière de politique étrangère et de sécurité nationale.
En fait d'autres observateurs penchent pour l'inertie en attendant que le fruit mûr tombe de l’arbre et que le régime iranien se décompose par sa base, un peu comme le régime du Shah qui avait perdu le soutien de la population.

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…


Cher monsieur Benillouche,

A tous vos lecteurs qui se demandent encore, à juste titre, quel est le rôle que l'administration américaine veut voir jouer à Israël dans sa politique au Moyen-Orient, je ne saurais trop leur conseiller de faire un petit tour sur les articles de géopolitique du site "Les Crises.fr".

https://www.les-crises.fr/

Très cordialement.