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jeudi 11 octobre 2018

Netanyahou veut morceler encore plus la Knesset



NETANYAHOU VEUT MORCELER ENCORE PLUS LA KNESSET

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps
            

          La majorité de la classe politique se plaint de la difficulté de gouverner le pays parce qu’il est inextricable d’obtenir une majorité stable en Israël. Les gouvernants sont forcés de constituer une coalition hétérogène, faite de bric et de broc, très souvent instable parce qu’elle est soumise au chantage politique. Un petit parti charnière de quelques députés devient alors le faiseur de roi. Tout le monde incrimine le système électoral israélien fondé sur la proportionnelle intégrale. Effectivement plusieurs coalitions ont été dissoutes avant la fin de leur mandat en raison d'alliances contre nature entre les ultranationalistes, les religieux, les centristes et les députés de l'aile gauche.



            Les Israéliens, par souci exacerbé de démocratie, sont attachés à la représentation à la Knesset de tout le spectre politique national alors que les pays occidentaux ont depuis longtemps choisi la stabilité grâce au système majoritaire à un ou deux tours. Il est vrai que les petites entités politiques sont alors éliminées du Parlement.
            Lors des élections législatives de 2015, les petits partis arabes étaient visés puisque le seuil d’entrée minimum à la Knesset qui était de 2% a été relevé à 3,25%, soit quatre députés au moins, alors qu’ils disposaient chacun de trois députés. Mais c’était compter sans la volonté arabe d’exister puisqu’ils constituèrent une liste unique qui a raflé 13 mandats faisant des Arabes le troisième parti après le Likoud et les Travaillistes, à la limite de compter parmi eux le chef officiel de l’opposition avec tous les avantages qui lui sont reconnus. Netanyahou s’était justifié à l’époque : «Le peuple d'Israël avait besoin d'un gouvernement fort et stable et de gouvernabilité, mais aussi de moins de petits partis».   

            Mais, pour des raisons de pure opportunité politicienne, il vient de changer d’avis car il a «soulevé la possibilité d’abaisser le seuil électoral d'un demi pour cent» pour permettre à quelques partis qui avaient atteint le seuil de trois députés d’entrer à la Knesset. C’est en fait pour émietter encore plus une Knesset qui deviendra ingouvernable. Les derniers sondages donnent au Likoud entre 34 et 40 sièges ce qui le rend inatteignable. Or deux partis de la coalition sont aujourd’hui en danger, Shass et Israël Beitenou, et ils risquent d’être en dessous du seuil et de disparaître de la prochaine Knesset, enlevant au premier ministre deux principaux partenaires dans sa coalition.
Bezalel Smotrich

            Netanyahou poursuit en fait une autre idée en abaissant le seuil électoral. Il veut faire exploser le parti Habayit Hayehudi de Naftali Bennett, qui devient de plus en plus autonome et de plus en plus critique envers le premier ministre. Le seul moyen de neutraliser le ministre de l’Éducation est de permettre à l’un des membres extrémistes de son parti, Bezalel Smotrich, de faire sécession et de ranimer son micro parti Tkuma, réduisant le Foyer Juif à sa plus simple expression de parti national religieux qu’il avait au départ.

            Le leader du Shass s’oppose aussi à la réduction du seuil électoral car son rival le plus déterminé, Eli Yishaï, risque d’être élu puisque son parti Yahad avait flirté avec le seuil minimum de 3% des voix ; il lui manquait à peine 11.000 voix pour être élu. Déry n’a aucune autre volonté stratégique que la vengeance vis-à-vis de celui qui lui avait ravi, en son temps, la place de leader tandis qu’il attendait son heure en prison. Alors que le Shass risque de ne pas atteindre le seuil minimum actuel, Arie Déry est prêt à user de la politique de la terre brûlée en se sabordant plutôt que de voir son rival entrer à la Knesset.
Sortie de prison de Arié Déry

            Or Eli Yishaï, contrairement à Déry qui a fait plusieurs menaces de quitter la coalition, a toujours été loyal vis-à-vis de Netanyahou. Son élection pourrait assurer au premier ministre une petite réserve de députés pour sa nouvelle coalition et quelques soutiens dans le monde orthodoxe religieux séfarade. Le premier ministre est en effet prudent car il n’a pas oublié qu’Avigdor Lieberman avait joué à la coquette en refusant de rejoindre la coalition au début, la laissant ainsi à une voix de majorité avec 61 sièges sur 120.  
            Ces changements de stratégie prouvent que l’intérêt de l’État n’est pas la première préoccupation du premier ministre mais plutôt sa survie politique. On ne peut pas osciller politiquement en fonction des difficultés du moment. Netanyahou veut consolider son socle d’extrême droite pour gouverner plus facilement.
Zandberg

Au parti travailliste on accueille cette décision avec beaucoup de réserve. Pour le leader Avi Gabbay : «Le seuil électoral devrait être relevé et non abaissé. C'est ce qui est bon pour le pays, même si ce n'est pas pour certains politiciens». Pour lui, cela évite les chantages, voire les extorsions de fonds pour constituer une majorité. La norme de quatre députés minimum pour exister à la Knesset évite l’entrée de partis fantaisistes éphémères. Tamar Zandberg, présidente du Meretz, qui a vu son parti frôler l’élimination en 2009 avec trois mandats, craint la situation du pire et préfère abaisser le seuil pour garantir l’existence de son parti à la Knesset.
Pour de nombreux constitutionalistes, le seuil électoral, à son pourcentage actuel, a créé un bon processus permettant aux petits partis de s’unir les uns aux autres et a réduit le nombre de partis à la Knesset. Il est même trop bas puisqu’en Europe il est souvent de 5%. La politique d’émiettage est inconséquente et ne répond qu’à une situation du moment alors qu’Israël doit enfin pouvoir assurer une durée normale de la législature, sans recourir aux élections anticipées. Les dirigeants ne sont pas préoccupés par l’intérêt national mais par l’intérêt provisoire de leur petite chapelle. 
Depuis 1949, la Knesset a été dissoute douze fois, un chiffre qui témoigne de l'instabilité chronique de cette institution. La dix-neuvième Knesset avait été élue en 2013 avec douze partis tandis que celle de 2015, avec dix partis seulement. Si le changement imposé par Netanyahou passe à la Knesset, alors le nombre de partis va encore exploser pour une plus grande volatilité.


1 commentaire:

denis sabrié a dit…

Diviser pour mieux régner...rien de nouveau..ça fait pas avancer le" shimblick.."mais ISRAEL est un rassemblement de personnes venues du Monde entier alors, pas facile de gouverner...