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jeudi 25 octobre 2018

La Chine mise sur Israël et boude les Palestiniens



LA CHINE MISE SUR ISRAËL ET BOUDE LES PALESTINIENS

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps

Le vice-président Wang Qishan est arrivé le 22 octobre 2018 en Israël pour une visite de quatre jours, à l’occasion du quatrième Comité d’innovation Chine-Israël. Il s’agit du premier déplacement en Israël d'un haut responsable chinois depuis près de 20 ans. En effet, en avril 2000, l’ancien président, Jiang Zemin, avait été le premier dirigeant chinois à se rendre en Israël tandis que Netanyahou s’était rendu en Chine en mars 2017. 



Jiang Zemin avait visité le musée de la Shoah Yad Vashem et renforcé les liaisons diplomatiques avec ses homologues israéliens. Il avait surtout parlé des intentions de la Chine de consolider les liens entre les deux pays.
Le dirigeant chinois, Wang Qishan, accompagné d’une importante délégation ministérielle comprenant en particulier Jack Ma, fondateur de Alibaba, la première société chinoise de commerce électronique, a rencontré Benjamin Netanyahou dans le cadre de la commission conjointe Chine-Israël sur la coopération et l'innovation, qui se tient alternativement dans les deux pays. 

Wang Qishan s'est rendu dans la vieille ville de Jérusalem et a rencontré à Ramallah le premier ministre palestinien Rami Hamdallah. Cette visite est cependant différente de celle de 2000 car la qualité des relations entre Jérusalem et Pékin s'est améliorée selon les statistiques. Dès l’ouverture des missions diplomatiques entre les deux pays en 1992, les échanges commerciaux se sont développés à haut niveau. Les investissements chinois en Israël ont crû de manière exponentielle, passant de 50 millions de dollars au début des années 1990 à 16,5 milliards de dollars en 2016. L’on parle de plus en plus d’un traité de libre-échange, en cours de discussion. Des accords conclus en 2017 ont favorisé l'exportation de produits laitiers israéliens vers la Chine et autorisé les Chinois à venir travailler dans le secteur du bâtiment en Israël.   
Tnouva

La Chine a multiplié les investissements en Israël ces dernières années, à hauteur de 25 milliards de dollars. En 2014 le premier groupe alimentaire Tnuva et le groupe chimique Agam ont été rachetés par des investisseurs chinois. Des entreprises chinoises ont par la suite remporté des appels d'offres pour la gestion, pendant 25 ans, des extensions des ports israéliens de Haïfa et d’Ashdod, pour la construction de tunnels près de Haïfa et pour des lignes de tramway. Un chemin de fer est prévu pour relier les deux ports israéliens d’Eilat et d’Ashdod.

Jack Ma

Jack Ma envisage de nouveaux investissements massifs, axés sur la haute technologie. Comme la Chine refuse l’exclusivité politique et préfère ménager les deux parties israélienne et palestinienne, il ne peut y avoir de télescopage dans les relations économiques puisque le hightech n’entre pas dans le domaine d’échanges avec les pays arabes. Le volume du commerce de la Chine avec les pays arabes est estimé à 171 milliards de dollars mais la nature des échanges n’est pas comparable. La Chine est l’un des principaux clients de l’industrie informatique israélienne, alors que les pays arabes axent leurs achats sur les biens de consommation à bon marché et sur le matériel militaire.
Réunion entre Chinois et palestiniens en 2017

La position de Pékin sur la Palestine a toujours été cohérente selon les Chinois qui ont été les premiers non arabes à établir des relations diplomatiques avec l’OLP. Ils avaient entériné la création d’un État palestinien indépendant et souverain, dans les limites de 1967 et avec Jérusalem-Est pour capitale. Après les élections législatives de 2006, le gouvernement chinois avait refusé de qualifier le Hamas d’organisation terroriste et il était allé plus loin en qualifiant le Hamas de «représentant élu du peuple palestinien». Pour la Chine, la position politique en faveur d’un État palestinien n’empêche pas les liens économiques avec Israël

La visite du vice-président chinois en Israël s’inscrit dans la stratégie chinoise de «Belt and Road», la nouvelle route de la soie conçue pour promouvoir le projet économique chinois de 1.000 milliards de dollars. Ce projet lui ouvrira de nouvelles possibilités dans le monde, certains diront une future domination dans diverses régions jusqu’alors sous l’influence américaine. Cette ceinture terrestre et maritime a pour objectif de relier l’Asie, l’Afrique et l’Europe.

La Chine avait toujours maintenu une position favorable au peuple palestinien, appelant à la fin de l’occupation israélienne et à la création d’un État palestinien indépendant. Mais en aucun cas Pékin n’a voulu qu’il y ait une quelconque incidence sur ses relations avec Israël en raison du leadership israélien en matière de hightech. La Chine veut être à la fois pro-palestinienne et pro-israélienne, critiquant les uns et les autres quand cela est nécessaire. Elle ne se fait aucune illusion sur le refus des Palestiniens de passer de la domination militaire américaine à une hégémonie économique chinoise.
La logique chinoise s’applique à tout le Moyen-Orient puisque les échanges commerciaux entre la Chine, la Syrie et l’Iran sont florissants tout en maintenant des relations avec l’Arabie saoudite et les États du Golfe, car Pékin veut être reconnue comme une puissance mondiale à la fois équilibrée et stabilisatrice.
Éphraïm Halévy à droite

Mais l’omniprésence chinoise en Israël, surtout dans des ports stratégiques, n’est pas sans risque sécuritaire et suscite des débats. L'ancien chef du Mossad, Éphraïm Halévy, s’inquiète des investissements chinois dans des secteurs stratégiques pour la sécurité d'Israël. D’ailleurs, le ministère de la Défense a déjà mesuré le danger puisqu’il a interdit la participation des sociétés chinoises à des appels d'offres de Tsahal. Le ministère des Finances a aussi refusé aux Chinois l'acquisition de deux fonds de pension israéliens pour éviter que les retraités israéliens ne se retrouvent à la merci des milliards de Pékin.
Israël a aussi beaucoup à apprendre de la Chine et pour preuve, de nombreux industriels n'hésitent pas à s'y rendre pour s'inspirer, ou dénicher des produits et surtout pour y trouver de nouvelles opportunités d'affaires. Certains n'hésitent pas à s'y installer. C'est pourquoi, le ministère israélien de l’Économie et de l’Industrie a mis en place à Pékin le premier programme d’accélérateur entre Israël et la Chine avec son partenaire chinois, le fond de placement Shèng Jǐng . Le programme vise à aider les entreprises israéliennes à pénétrer le marché chinois en fournissant aux cinq entreprises israéliennes sélectionnées les connaissances, le soutien et les ressources pour des levées de fonds nécessaires à une implantation réussie dans le marché chinois. L'innovation n'est plus l'apanage des pays occidentaux.

Autre article à lire :
https://benillouche.blogspot.com/2017/10/israel-et-la-chine-linnovation-en-commun.html



2 commentaires:

Muriel Marc SLAMA FRATACCI a dit…

Super article que j'ai partagé depuis votre blog. Merci Jacques Benillouche !! Il y a danger mais je fais confiance aux têtes pensantes israéliennes qui ont certainement étudié tous les cas de figure.

patrick silberberg a dit…

Excellent article de fond.
En espérant tout de même un bon sens politique de leur part.
Taiwan est la Palestine des chinois.
Ils devraient mieux comprendre les enjeux politiques locaux.