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lundi 1 octobre 2018

Abbas-Netanyahou, deux discours convenus à l'ONU



ABBAS-NETANYAHOU, DEUX DISCOURS CONVENUS À L’ONU

Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright ©  Temps et Contretemps

            


       Après les récentes décisions de Donald Trump, les manifestations à Gaza et les événements de Syrie, on attendait beaucoup des deux discours qui étaient prononcés à l’Assemblée générale de l’ONU. La déception a été grande car les deux orateurs se sont bornés à exhumer des propos déjà entendus et sans grand intérêt. Il n’y a eu aucune surprise et encore moins un signe d'optimisme.




            Dans un discours creux, Mahmoud Abbas a radoté et il a raté l’occasion de se faire entendre de la communauté internationale. On le disait malade, au bout du rouleau, en dernière phase de vie mais il s’est encore montré vindicatif. Il n’a pas innové, il n’a pris aucun risque politique, et il s’est borné à ressasser des arguments éculés ; c’est triste pour les Palestiniens qui sont si mal dirigés. On pensait qu’à la fin de sa carrière, le chef de l’Autorité allait prendre des initiatives courageuses pour faire avancer le processus de paix avant que Donald Trump n’impose le sien avec la brutalité qu’on lui connait. Au lieu de propositions concrètes, il s’est montré au contraire agressif non seulement vis-à-vis d’Israël et des Etats-Unis mais il a dirigé sa haine contre le Hamas, son prétendu partenaire. On comprend mal l’inertie du peuple palestinien qui continue à adouber des dirigeants vieillis et usés.


            Abbas a proposé tout simplement la rupture totale avec la bande de Gaza en cessant de transférer les 96 millions de dollars versés chaque mois. A défaut d’une argumentation politique, il a déclaré la guerre économique au Hamas avec comme conséquence la guerre tout court. L’Autorité a arrêté plus de 60 militants du Hamas en Cisjordanie, tandis que, par représailles, le Hamas en a fait de même avec le Fatah. 

          Un discours, qui était censé apporter du nouveau et de l’espoir pour les Palestiniens, risque de se traduire par une escalade des combats. Le Hamas, épaulé par le Djihad islamique, pourrait provoquer Israël pour canaliser la colère des Gazaouis vers lui. Des manifestations de colère sont organisées contre Abbas à Gaza mais elles risquent de dégénérer en un conflit avec Tsahal. Au lieu de prendre la balle au bond, après le revirement de Trump sur la nécessité de deux États, Abbas a réagi comme s'il n'y avait eu aucune avancée et il a exposé au monde son visage des mauvais jours où la hargne et la colère dominaient.



            En fait il avait décidé d’écarter les Américains du processus de paix pour se tourner vers la communauté internationale avec l’illusion qu’elle pourrait être plus efficace : 

          «Nous avons toujours pleinement et positivement participé aux diverses initiatives de la communauté internationale visant à parvenir à une solution pacifique entre nous et les Israéliens. Nous avons poursuivi sur cette voie avec l'administration du président Trump depuis le début de son mandat, avec le même engagement positif, et je l'ai rencontré à plusieurs reprises. Nous avons attendu son initiative de paix avec la plus grande patience, mais nous avons été choqués par les décisions et les actions qu’il a entreprises qui contredisent complètement le rôle et l’engagement des Etats-Unis envers le processus de paix. Avec toutes ces décisions, cette administration a renié tous les engagements précédents des États-Unis et a sapé la solution des deux États et a révélé ses fausses préoccupations concernant les conditions humanitaires du peuple palestinien».
Pourtant Trump avait ménagé les Palestiniens en déclarant que son administration pourrait révéler sa proposition de paix dans les deux à quatre prochains mois, mais qu'il souhaitait obtenir le soutien d'Israël et des Palestiniens aux négociations avant de la dévoiler. Mais en fait les dirigeants israéliens et palestiniens ne misent pas sur ce plan de paix.
Dans son discours, Abbas a refait le coup de la nécessité de la reconnaissance de l’État de Palestine : «J'appelle donc tous les pays du monde qui n'ont pas encore reconnu l'État de Palestine à accélérer cette reconnaissance longtemps attendue». Il sait pourtant que de nombreux pays occidentaux refusent de s'engager sur cette décision unilatérale.

De son côté, face à une assistance parsemée à la suite du départ de plusieurs délégués, Netanyahou s’est montré très technique. Presque tous les observateurs israéliens l’ont trouvé excellent dans ses démonstrations imagéeen raison de sa capacité éloquente de communiquer des messages pratiques et idéologiques. Mais il a pratiquement réédité ses discours précédents en ignorant le processus de paix et en concentrant son discours sur le nucléaire iranien : «L’Iran n’a pas abandonné son objectif de développer des armes nucléaires. Ce que l'Iran cache, Israël le trouvera». Il n’y a que des constatations et pas de vision à long terme dans son discours alors que le feu couve. En dévoilant ce qu’il appelle de nouveaux secrets, il ne s’est pas rendu compte que, par ricochet, il traitait d’incompétence les Américains qui n’ont pas détecté le mensonge iranien.




C'est pourquoi la réaction des services sécuritaires américains a été immédiate. Un responsable du renseignement a dénoncé les «déclarations trompeuses» de Netanyahou et révélé qu’il s’agissait de vieilles données archiconnues. L’existence d’une deuxième installation nucléaire secrète en Iran était «trompeuse» car cette installation a déjà été repérée depuis longtemps : «Premièrement, nous connaissons cette installation depuis un certain temps et elle est remplie de classeurs et de papier, pas de tubes en aluminium pour les centrifugeuses, et deuxièmement, rien ne permet à l’Iran de sortir de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien plus rapidement qu'il ne pourrait le faire».
Un autre responsable militaire américain a abondé dans ce sens en présentant l’installation dévoilée par Netanyahu comme «un entrepôt utilisé pour stocker les archives et les dossiers du programme nucléaire iranien». Netanyahou avait déclaré que le site, situé à une courte distance de Shourabad, contenait 15 kg de matières radioactives qui ont été déplacées depuis.

Au cours de son discours à l’ONU, Netanyahou a également dénoncé l’activité de missiles balistiques de l’Iran, identifiant trois endroits près de l’aéroport de Beyrouth où le groupe terroriste du Hezbollah libanais convertissait des missiles : « Au Liban, l’Iran a ordonné au Hezbollah de construire des sites secrets pour convertir des projectiles imprécis en missiles à guidage de précision, des missiles capables de viser Israël avec une précision de 10 mètres ». Il a été déçu de l’attitude de l’AIEA qu’il avait informée en mai sur des preuves nucléaires mais l’agence n’a pas pris de mesures et n’a demandé à inspecter aucun nouveau site. Il a donc appelé le directeur général de l’AIEA, Yukiya Amano, à enquêter sur ce nouvel entrepôt secret sans tarder, avant que les Iraniens n’aient fait place nette : «Il faut se poser la question pourquoi l’Iran a conservé des archives nucléaires secrètes et un entrepôt nucléaire secret si ce n’est parce qu’il n’a pas abandonné son objectif de fabriquer des armes nucléaires».
Le problème de la Syrie a été occulté alors que la Russie vient d'affirmer que les systèmes de défense aérienne S-300 ont déjà été livrés à Bachar el-Assad. Le discours professionnel du premier ministre a surtout été prononcé à l’intention des pays occidentaux pour les convaincre d’infléchir leur position sur le programme nucléaire iranien. Certes, il a évité d’être arrogant comme lors de ses précédents discours mais il a purement et simplement éludé la question palestinienne. Les Israéliens pensaient qu’après la prise de position de Donald Trump et face au risque de guerre au Nord, il allait aborder le sujet des négociations, or le mot «État» n’a pas été prononcé.  
Il ne semble pas que les discours convenus des deux leaders puissent faire avancer le processus de paix moribond. La guerre risque d’être au bout du tunnel.

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