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lundi 12 février 2018

Les limites de la confrontation israélo-syrienne


LES LIMITES DE LA CONFRONTATION ISRAÉLO-SYRIENNE
Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
            
Conseil de sécurité

         La question se pose de savoir si une résolution similaire à celle qui avait été signée en août 2006 ne pourrait pas être envisagée. La résolution 1701 du conseil de sécurité des Nations unies fut adoptée le 11 août 2006 à l'unanimité des membres du Conseil. Elle visait à mettre fin au conflit israélo-libanais. Le gouvernement libanais, incluant deux membres du Hezbollah, avait approuvé la résolution le 12 août à l'unanimité. Le même jour, Hassan Nasrallah avait appelé ses miliciens à respecter le cessez-le-feu. Le 13 août le gouvernement israélien approuva la résolution avec 24 voix contre 0 et une abstention. Le cessez-le-feu fut fixé au 14 août 2006 à 8 heures du matin. Le statut du Hezbollah au Sud-Liban avait été défini précisément et depuis, le calme perdure à la frontière.



Sukhoï Su-25 russe abattu

            En Syrie, plusieurs pays sont impliqués dans des combats qui ont transformé la région en un champ de bataille. En une semaine quatre avions ont été abattus. En janvier 2018, un avion d’entraînement militaire turc s’est écrasé dans la province d’Isparta, dans le sud de la Turquie.  Un groupe armé a abattu, le 3 février, un avion russe de type Sukhoï Su-25 dans la province d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie. Un hélicoptère militaire turc a été abattu dans la région frontalière de Hatay, au sud de la Turquie, entraînant la mort de deux militaires. Enfin, le 10 février un avion de chasse israélien a été détruit en vol.
F16 israélien abattu

            L’escalade israélo-iranienne était prévisible depuis plusieurs semaines. Elle a fait l’objet de plusieurs de nos articles et de plusieurs accords non respectés. Donald Trump et Vladimir Poutine avait signé en juillet à Hambourg un accord prévoyant une «zone de désescalade» au sud-ouest de la Syrie, incluant Deraa, al-Quneitra et Sweida, qui ne concernait pas les forces non syriennes. Cet accord, visant à maintenir un cessez-le-feu temporaire, n’était pas applicable aux groupes soutenus par l’Iran ni à ceux du Hezbollah à la frontière du Golan. La Russie n’a jamais respecté cet accord.
            Un nouveau protocole d'accord américano-russo-jordanien signé à Amman prévoyait «la désescalade et l'élimination permanente des forces et combattants étrangers dans la région pour assurer une paix plus durable», en référence aux milices iraniennes et au Hezbollah. Un centre avait été établi en Jordanie pour suivre sa mise en œuvre. La Russie avait alors mis en place 12 points de surveillance en déployant des forces tchétchènes chargées d’assurer la «désescalade». Mais les opérations militaires n’ont jamais cessé dans la zone de désescalade. Au contraire, le Hezbollah en a profité pour prendre le contrôle de la région de Beit Janb entre Damas et al-Quneitra, sous l’œil passif des Américains.
            Benjamin Netanyahou avait exposé à Poutine, à Moscou le 29 janvier, les préoccupations d’Israël. Il s’agissait d’attirer son attention sur la présence de quatre usines iraniennes en Syrie et au Liban, sur le déploiement du Hezbollah et des milices iraniennes près de la ligne de désengagement du Golan et enfin sur le non-respect de l'accord américano-russo-jordanien de désescalade. Le premier ministre a cru qu’Israël avait obtenu la neutralité de la défense aérienne russe lors de ses attaques contre des cibles iraniennes.

            A l’occasion des exercices massifs de l’armée israélienne près de la frontière syrienne, les Russes avaient été informés, par messages secrets, pour qu’ils conseillent au Hezbollah et à l’Iran de se maintenir loin de sa frontière et d’éviter toute provocation. Les Israéliens avaient aussi prévenu qu’ils gardaient la liberté totale de frapper des cibles iraniennes en Syrie, ce qui explique qu’Israël ait mené des attaques contre des positions à Al-Kiswah et contre le centre de recherche scientifique de Jamraya.

            La diplomatie occidentale a été mise à contribution dans le cadre de réunions secrètes. Israël a tenu à informer les Occidentaux que «la prochaine guerre sera sans précédent et que le sud de la Syrie et le sud du Liban seront traités comme un seul front». L’évacuation d'un million d’Israéliens risquant de se trouver à la portée de milliers de roquettes a été planifiée.
            L’Iran justifie la présence du Hezbollah et des groupes chiites affiliés par le risque d’abandon, par Donald Trump, de l’accord de 2015 sur le nucléaire. Le déploiement du Hezbollah au Golan, la propagation de missiles iraniens dans le Sud, la diffusion d'armes lourdes dans la même zone et les usines d'armement iraniennes près de Damas sont un moyen de pression sur Washington. L’Iran a par ailleurs précisé que des routes d'approvisionnement lui sont disponibles en Irak, au sud du Liban et en Syrie. Il a par ailleurs réussi à persuader le Liban de réchauffer le front en exigeant sa part de richesses pétrolières et gazières off-shore.
            Certains diplomates expliquent que l’escalade militaire en Syrie a pour but de préparer une version syrienne de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations Unies afin d’établir de nouvelles règles pour le déploiement du Hezbollah en Syrie comme cela avait été fait pour le Sud-Liban. Ils souhaiteraient le déploiement d'une force des Nations Unies chargée d'observer le désengagement (FNUOD) entre le Golan et Damas.
            Israël est convaincu que l'attaque de la défense aérienne syrienne contre le F-16 a été réalisée avec l’accord tacite des forces russes de la base aérienne de Hmeimim. De même, les avions israéliens n'ont pas pu frapper 12 positions syriennes à l'insu des Russes. Les experts israéliens pensent que ces gesticulations permettent à Moscou d’imposer on rôle de médiateur entre Israël, la Syrie et le Liban.
Missile syrien tombé en Israël

            Mais il est certain que l’incident du F-16 abattu par les Syriens marque une nouvelle étape. L’Iran a prouvé qu’il était dorénavant libre politiquement pour changer les règles dans la région et qu’il pouvait narguer les Russes. Jusqu’à présent l’Iran avait toujours évité un conflit direct avec Israël et agissait par procuration, par Hezbollah interposé. Mais il semble qu’à présent la règle a été changée avec l’envoi intentionnel d’un drone iranien depuis l’aéroport de Palmyre.
            C’est la première fois depuis 1982 qu’un chasseur israélien est abattu mais Tsahal insiste pour dire qu'il n'y a aucun signe qu’il ait perdu sa suprématie aérienne. Cela sert cependant de leçon et de motif d’inquiétude. Il est un fait qu’un avion touché dans le ciel de Galilée fait désordre et qu’Israël risque de perdre sa mobilité.

            Personne en Israël ne veut la guerre ; ni les militaires, ni les politiques. Mais en permettant aux Iraniens de toucher à un avion israélien, Poutine prouve qu’il n’a pas été conquis par les arguments de Netanyahou qui a tout fait cependant pour équilibrer ses relations avec les Etats-Unis. Le Russe n’est pas véritablement un ami même s’il ne fera rien pour mettre en danger l’existence des Juifs et d’Israël. Poutine ne voit que les intérêts de la Russie et pour l’instant il privilégie son alliance avec l’Iran sans toutefois vouloir s’impliquer dans une guerre. La frilosité de Donald Trump prouve aussi qu’Israël ne doit compter que sur lui-même et sur son armée.
            Un nouveau test interviendra à l’occasion d’un nouveau convoi de missiles à destination du Hezbollah. Si Israël ignore le convoi, cela serait fini de sa capacité de dissuasion ; s’il frappe à nouveau alors le risque d’embrasement sera réel. Une réalité cependant, la population israélienne ne fait preuve d’aucune panique par résignation ou parce qu’elle a foi en son armée.

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