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mercredi 14 février 2018

Chronique d'humeur : culture ou politique, il faut choisir


Chronique d’humeur
CULTURE OU POLITIQUE, IL FAUT CHOISIR
Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps


            Pendant longtemps, on avait critiqué les Palestiniens qui polluaient chaque manifestation publique en mélangeant sport et politique ou culture et lutte nationale. Aujourd’hui en Israël, nous avons récupéré leurs défauts consistant à museler les critiques pour qu’aucune tête ne dépasse. La ministre de la culture, Miri Regev, la passionaria nationaliste du Likoud qui se trouvait à Paris, a condamné le film Foxtrot et exigé de l’ambassadrice d'Israël en France Aliza Bin-Noun, de boycotter la soirée d'ouverture du festival du cinéma israélien à Paris qui se tiendra du 13 au 20 mars. La raison invoquée en haut lieu est liée au film choisi pour l’ouverture du festival. L’auteur du film, Samuel Maoz, sait de quoi il parle. Il était tankiste au Liban en 1982 ce qui lui donne une légitimité par rapport à ceux qui n’ont pas fait la guerre en Israël et qui critiquent le film depuis la terrasse d'un café du Trocadéro. 



            Je n’ai pas vu ce film mais là n'est pas la question. Foxtrot a obtenu l'an dernier le Lion d'argent Grand Prix du Jury à la Mostra de Venise et le prix de l’Académie israélienne du film. Cependant il s’agit d’une question de principe avant d'être une question politique. Il n’y a aucun jugement de valeur à apporter au contenu du film controversé. La vraie démocratie permet de dire, d’écrire ou de filmer librement en ne rendant compte qu’à ses lecteurs ou à ses spectateurs. Pour un film, c’est encore plus facile car il suffit ou non d'acheter son billet d’entrée ; le jugement du public reste seul maître en cette circonstance. Inutile donc de censurer une oeuvre car le public est majeur. Si le film est mauvais ou s’il dérange, alors les spectateurs ne seront pas au rendez-vous et les producteurs pénalisés. C’est ainsi la véritable sanction.
            Foxtrot aborde l’expérience d’un soldat à travers une histoire de deuil et de son traumatisme à la suite d’une erreur tragique. La ministre avait justifié sa position en s’inquiétant de l’image d’Israël qu’il peut projeter à l’étranger : «Un film qui présente des soldats israéliens de manière trompeuse comme des assassins et porte atteinte à la renommée des Forces de défense israéliennes ne peut pas représenter Israël».
Lior Ashkenazi  dans Foxtrot

            C’est une erreur que de s’insérer dans les choix intellectuels des artistes même si leurs idées sont progressistes. Il est vrai qu’au Likoud le monde artistique israélien est réduit à sa plus simple expression parce qu’on ne trouve aucune élite culturelle digne de ce nom. C'est un choix et non pas un fait. Miri Regev, qui a le complexe de la séfarade brimée, est une erreur de casting à la culture, un poste obtenu par défaut après que les postes prestigieux aient été offerts en priorité aux membres «importants» de la coalition, ceux qui comptent pour compléter un regroupement hétéroclite.

            La ministre s’était ridiculisée sur les marches de Cannes, le 17 mai, en portant une tenue avec un manque de goût évident dans un environnement apolitique. Sa longue robe, représentant un vaste panorama de Jérusalem, avait fait jaser auprès d’un public venu pour le cinéma et non pas pour la politique. Cannes n’est certainement pas le lieu pour «vendre» la question de Jérusalem et de son annexion. Elle eut la chance que le ridicule ne tuât pas. Mais la ministre souffre d’une déformation professionnelle acquise durant de longues années, quand elle maniait avec dextérité les ciseaux chez Tsahal. Mais les artistes sont moins malléables que les journalistes et surtout moins disciplinés.
            Ce n’est pas la première fois qu’elle cherche à se faire remarquer. Elle avait voulu se mêler des programmes du grand théâtre national Habima de Tel-Aviv jugés trop «ashkénazes», et avait intimé l’ordre aux acteurs de jouer dans les territoires. Elle avait tenté de fermer la radio militaire car les éditoriaux étaient trop «libre à son goût. Enfin elle avait réussi à fermer la première chaîne de télévision pour en créer une autre, en composant à sa guise la nouvelle équipe éditoriale et en espérant la purger de ses éléments «gauchistes». On ne peut supporter les nombreuses ingérences de la politique dans la culture.
Miri Regev

            Les absents ont toujours tort. Cette décision de boycotter la soirée d'ouverture du festival du cinéma israélien remet en question la qualité démocratique du seul pays qui l'est au Moyen-Orient. Israël est en train de virer parce que le parti principal de droite, le Likoud, bascule dans l’anti libéralisme et dans l’autoritarisme jusqu’à bafouer les lois. Le parti de Menahem Begin perd son âme et son leader doit se retourner dans sa tombe lui qui, malgré ses positions nationalistes, a toujours respecté la démocratie en vigueur dans son pays et surtout ses adversaires. Le virage à l’extrême-droite de son parti ne lui aurait certainement pas fait plaisir et la marche à la baguette de la population n’était pas dans son Adn. En acceptant des dérives, le Likoud montre qu’il a perdu les fondements du libéralisme originel.
            On ne peut pas critiquer les méthodes de boycott de Bds et les imiter avec ostentation. Les artistes, les journalistes et les écrivains doivent garder leur entière liberté de pensée si l’on veut qu’ils produisent de belles œuvres, même contestées et contestables. Dans ce milieu, la sanction du public est seule tolérable. Après l'annulation de la présence d'Israël à l'ouverture du festival, sa directrice, Hélène Schoumann, a raison de s'inquiéter pour la liberté d'expression. C'est une réalité dramatique qui nous rapproche de l'esprit soviétique.


2 commentaires:

Albert LEZMY a dit…

S’il y a bien une erreur de casting dans le gouvernement Bibi, bien qu’à mon avis ce ne soit pas le seul c’est bien Miri Regev.
Que ce soit par sa rigidité ou par son manque total de ... culture.
S’il y a bien un poste au gouvernement qui doit faire preuve d’ouverture d’esprit, c’est bien celui-ci. Et on y a nommé un ministre de la propagande.
La question que je me suis toujours posé est : « mais comment on a pu nommer cette personne ministre ? »
Car au-delà de son manque de goût vestimentaire et de ses idées étroites, de son manque total de représentativité des administrés qu’elle est sensée représenter, j’ai du mal à évaluer sa capacité intellectuelle pour un poste de ministre.

rene seknadje a dit…

D accord avec votre opinion . Il fallait sans contexte laisser passer çe
Film .je ne l ai pas vu Et çe n est pas l important . Le voir n aurait tue personne
A contrario , je pense qu il faudrait présenter un film sur l' attitude ees gauchistes qui
défilent a Tel Aviv. Ils n exposent pas un avis différent pour défendre Israel . Il est
Il est clair qu une bonne partie ne veulent plus d Israel .
Dans ce cas je crois que personne ne les retient . Qu ils partent vivre en pays
Musulmans. Une anecdote. Une gauchiste est allée en territoire occupée pour
Manifester son soutien . Elle a été très mal accueilli et n a du son salut qu a l intervention
de l armée. Ils n arrivent pas à comprendre qu un musulman qui respecte le coran
Ne peut accepter un Juif qu en dhimmis . Bien sûr des centaines de milliers de Juifs ont vécu
En pays musulmans Mais ç etait Quand le coran n etait applique que d une manière Soft
Mais de toute façon les Juifs ont du partir jusqu au dernier Ou presque Et les chrétiens sont
en voie de disparition Dans çes pays .
Mais voila, ce film n est pas encore tourné et les gens qui verront Foxtrot
Ne pourront avoir la possibilité de juger.
Alors oui, liberté de paroles mais il faudrait , par honnêteté expliquer avant la projection
Ou après QUe çe n est qu une opinion d un artiste mais pas une realite .
N oublions pas qu il y a danger , qu il y a des morts ,Et on a pas le droits d être négligents