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samedi 29 avril 2017

La doctrine Begin empêche la nucléarisation de la Syrie



LA DOCTRINE BEGIN EMPÊCHE LA NUCLÉARISATION DE LA SYRIE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps



          La stratégie de sécurité nationale des États-Unis publiée en 2002 avait énoncé le droit traditionnel de l'auto-défense anticipée. Les Américains n’ont fait qu’appliquer ce qui prit le nom de «doctrine Begin» de 1981. Cette doctrine prévoit toute frappe préventive du gouvernement israélien pour lutter contre la capacité d'ennemis potentiels de posséder des armes de destruction massive : «En aucun cas, nous allons permettre à un ennemi de développer des armes de destruction massive contre le peuple d'Israël. Nous devrons défendre les citoyens d'Israël en temps utile et avec tous les moyens dont nous disposons».




            Le problème se pose encore avec l’Iran qui pourrait contourner l’accord signé avec les États-Unis en proposant aux milices, qu’il arme et finance, certaines technologies nucléaires. C’est le général prussien Carl von Clausewitz qui avait énoncé le principe qui s’adapte à cette situation : «La guerre défensive ne consiste pas à attendre avec impatience que des choses se produisent. Nous devons attendre seulement si cela nous apporte des avantages visibles et décisifs».
Frappes israéliennes en Syrie

            Dans ce contexte, Israël empêche préventivement tout transfert d’armements et de munitions à destination du Hezbollah. Un dépôt de munitions appartenant au Hezbollah libanais, qui combat aux côtés du régime syrien, a explosé ce 27 avril 2017 près de l'aéroport international, situé à 25 km de Damas. Cette énorme explosion serait due à des tirs de missiles par Israël sur une position militaire dont le contenu n’a pas été divulgué par les services de sécurité. En Israël, le ministre du renseignement, Israël Katz, a déclaré que la frappe présumée était «cohérente» avec la politique israélienne, sans confirmer une responsabilité de son pays.
            Avec beaucoup de recul, les Occidentaux peuvent remercier Israël d’avoir empêché la Syrie d’acquérir l’arme nucléaire. On ne peut imaginer le scénario qui aurait pu se produire si Israël, malgré les condamnations internationales, n’avait pas détruit les capacités nucléaires de Bachar El-Assad et celles de Saddam Hussein.

            La première, l’opération militaire israélienne, qui se déroula le 7 juin 1981, prit le nom d’opération Opéra. En 1976, l'Irak avait acheté Osirak, un réacteur nucléaire de classe Osiris à la France sous le septennat de Jacques Chirac. Il devait servir à des fins de recherches scientifiques et non militaires mais les Israéliens avaient suspecté très vite l'Irak de vouloir l'utiliser dans le cadre de son programme clandestin d'armes de destruction massive décidé dans les années 1970. Le 6 avril 1979, le Mossad détruisit avec des bombes à charge creuse, lors d'une opération commando à l'intérieur de l'usine de Constructions navales et industrielles de la Méditerranée (CNIM), à La Seyne-sur-Mer (Var), la cuve en acier du réacteur d'Osirak. Dans la nuit du 13 au 14 juin 1980, le Mossad élimina dans un hôtel parisien l'égyptien Yahya Al-Meshed, membre de la Commission atomique irakienne.
            Selon le renseignement israélien, l'été 1981 était la dernière chance d'opérer contre le réacteur sans provoquer de pollution radioactive, car à ce stade, le réacteur n'était pas opérationnel et n'était pas encore chargé avec son combustible nucléaire. L'attaque aérienne eut lieu le 7 juin 1981 contre le réacteur nucléaire d'Osirak sur le territoire irakien (situé à 17 kilomètres au sud-est de Bagdad) menée par huit F-16 des 110e et 117e escadrons armés de deux bombes Mk-84 d'une tonne, escortés par six F-15C qui avaient décollé de la base aérienne d'Etsion (aéroport international de Taba). Ils effectuèrent un vol de 1.600 km passant par le sud de la Jordanie puis le long de la frontière de l'Arabie Saoudite à une altitude de 800 puis de 150 pieds (46 m) à l'intérieur de l’espace aérien irakien. Tous les pilotes larguèrent leurs bombes dans des intervalles de 5 secondes. Le retour se fit à haute altitude, à la limite des réserves de carburant. L'escorte de F-15 dont 4 avaient quitté le groupe pour faire diversion n'eut pas à intervenir. Ilan Ramon, l'un des pilotes de F-16 israéliens, mourut lors de la catastrophe de la navette spatiale Columbia.
Orchard avant et après l'opération

            La deuxième action militaire israélienne a été l'opération Orchard exécutée par l'armée de l'air israélienne le 6 septembre 2007. Le but était de détruire un immeuble en Syrie qui abritait des installations nucléaires à but militaire. Le site, réacteur de Al-Kibar, situé dans la subdivision syrienne de Deir ez-Zor, a été bombardé un peu avant minuit, entraînant la mort de 10 ingénieurs nord-coréens.
            Ces deux opérations ont été décisives pour empêcher Bachar el-Assad d’acquérir l’arme nucléaire et pour éviter que le Moyen-Orient ne soit inondé d’armes nucléaires de destruction. C’est parce que la Syrie ne disposait pas de l’arme suprême que les puissances occidentales ont pu faire intervenir leur aviation en toute sécurité. Les Occidentaux tremblent rétroactivement à l’idée que ces armes auraient pu tomber dans les mains des djihadistes de Daesh car Osirak aurait pu produire suffisamment de combustible pour une arme nucléaire. 
Menahem Begin

            Le premier ministre de l’époque, Menahem Begin, n’avait pas tergiversé et encore moins demandé l’approbation des puissances occidentales pour intervenir puisque pour lui, il s’agissait d’une légitime défense pour la survie du peuple juif et d’une mesure pour éviter une nouvelle Shoah. Tous les pays occidentaux en ont profité car, dans les guerres menées en Irak et en Afghanistan, les pertes américaines et européennes auraient été nettement plus élevées face à un risque nucléaire. Toujours fidèle à elle-même avec ses résolutions votées à «l’unanimité» l’ONU avait encore condamné Israël.  La résolution 487 du 19 juin 1981 du Conseil de sécurité avait «condamné fermement l'attaque et jugé que l'Irak a droit à une réparation appropriée pour la destruction qu'il a subie». Telle est ainsi le comportement d'une organisation censée être neutre. Mais c’est encore von Clausewitz qui écrivit : «Il y a des moments où la plus grande audace prouve la hauteur de la sagesse».

            C’est à postériori que les États-Unis ont approuvé dans la discrétion cette opération. En juin 1991, à l’occasion d’une visite en Israël, le secrétaire à la Défense, Richard Cheney, avait offert au général David Ivry, commandant de la Force aérienne israélienne (IAF), une photographie satellitaire du réacteur détruit. Cheney avait ajouté une annotation manuscrite : «en remerciement pour l'excellent travail qu'il a accompli sur le programme nucléaire irakien en 1981, ce qui a rendu notre travail beaucoup plus facile à Desert Storm».        
            En fait Israël veille à la fois sur la sécurité du pays mais aussi sur celle des pays occidentaux. Peu de dirigeants lui en donnent acte officiellement.    

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