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dimanche 20 mars 2016

La Turquie lorgne à nouveau vers Israël


LA TURQUIE LORGNE À NOUVEAU VERS ISRAËL
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
            

          La Turquie paie sa rupture d’alliance avec Israël en 2010. Elle avait alors décidé de jouer la carte des pays arabes parce qu’Erdogan s’était donné pour objectif de conquérir le leadership du monde musulman, dévolu jusqu’alors à l’Égypte dont l’influence périclitait au Moyen-Orient. Mais aujourd’hui, dans la tourmente et fâchée avec tous ses voisins arabes, la Turquie ne peut espérer le salut que d’Israël. 



Attentat du 19 mars 2016

          Sa politique moyen-orientale a subi des revers tandis que sa diplomatie est au point mort. Le conflit avec les Kurdes s’est envenimé et les attentats se multiplient avec leur lot de cadavres et de blessés et avec des conséquences néfastes pour le tourisme. Le conflit syrien a d’autre part détérioré les relations avec la Russie qui lui fournit la moitié de son gaz et avec laquelle Les Russes et les Turcs étaient à deux doigts de la guerre ouverte. C’est d’ailleurs pour cette raison que la Turquie voudrait bien réduire sa dépendance gazière en achetant du gaz israélien.
Le président turc Erdogan le 9 février 2016 à Ankara avec une délégation de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines

            De nombreuses réunions bilatérales turco-israéliennes ont eu lieu pour trouver les conditions d’une normalisation des relations qui ne butent pas uniquement sur des questions de gros sous. Les États-Unis œuvrent en coulisses pour raccommoder les liens entre leurs deux alliés principaux dans la région. Membre de l'Otan, la Turquie a toujours été perçue comme le principal allié régional de l'État juif. D’ailleurs, elle a été le premier pays musulman à entretenir des relations diplomatiques officielles. L’affaire de la flottille de Gaza  n’était qu’un alibi car, dans la vision d’Erdogan, il voulait remplacer Moubarak, vieillissant, comme leader sunnite au Moyen-Orient. Il avait donc besoin d'un coup d'éclat.
            En 2013, contre la volonté d'une partie de son gouvernement, Benjamin Netanyahou avait présenté des excuses officielles pour les morts de la flottille mais rien n’y fit et la réconciliation était constamment reportée. Le nouveau patron du Mossad Yossi Cohen, aidé de Joseph Ciechanover, a rouvert les négociations lorsqu’Erdogan avait décidé de changer de ton : «nous, Israël, les Palestiniens et la région avons tous beaucoup à gagner de ce processus de normalisation». Il est loin le temps où Netanyahou était qualifié de terroriste et où l’État d’Israël était accusé, durant la guerre de Gaza de juillet 2014, d'avoir «surpassé Hitler en matière de barbarie».
            La Turquie s’est trouvée subitement assaillie de toutes parts. Sur fond de conflit syrien, les relations entre la Russie et la Turquie se sont dégradées lorsque la Turquie a ouvertement pris position contre Bachar-Assad. Oubliées les embrassades à l’aéroport de Damas, oubliées les insultes contre Israël. À la suite du crash d’un bombardier russe abattu par un chasseur turc, la sémantique a brusquement changé car le danger rôdait aux frontières. Les relations entre Ankara et Téhéran se sont détériorées face à des Iraniens devenus les farouches alliés des Syriens. Par ailleurs la décision de déployer des centaines de soldats turcs en Irak, près de Mossoul, a aussi provoqué des tensions avec Bagdad.  Enfin la volonté d’islamiser encore plus son pays a conduit les Occidentaux à tourner le dos à Erdogan.

            La Turquie s’est donc trouvée isolée tout comme d’ailleurs Israël, critiqué de toutes parts. Les négociations avec Israël ont donc pris un tournant positif. Un accord est déjà trouvé pour la compensation financière des victimes du raid israélien en 2010 ; c’était le volet le plus facile à régler. Mais le volet politique fait traîner la conclusion de l’accord. La Turquie exige, c’était une de ses promesses au Hamas, la levée du blocus de Gaza et la libre circulation maritime. Israël peut difficilement prendre le risque d'un nouvel afflux d'armes aux groupes terroristes de Gaza. 
          Mais un nouveau point a été soulevé par la demande urgente de fourniture de gaz, extrait de l’exploitation de Léviathan, pour permettre à la Turquie de ne plus dépendre uniquement de la Russie pour ses approvisionnements. Il ne fait aucun doute qu’Israël et la Turquie ont un intérêt réciproque à normaliser leurs relations. Le ministre de l’énergie Youval Steinitz est convaincu que la livraison de gaz à la Turquie pourrait débloquer la situation et ouvrirait des perspectives avec d’autres pays arabes sunnites, encore frileux quand il s’agit d’ouvrir des relations diplomatiques avec le petit Satan.

            Mais l’une des raisons du changement de position de la Turquie vis-à-vis d’Israël est sans aucun doute l’aggravation de conflit avec les Kurdes. Les Israéliens ont toujours soutenu les Kurdes de Syrie et d’Irak, en les armant, en formant leurs officiers et en les finançant. Durant la lune de miel avec la Turquie, Israël avait fait joué ses relais pour persuader les Kurdes d’Erdogan à modérer leurs attaques afin d’éviter la guerre totale. Le refroidissement entre Israël et la Turquie avait libéré les Kurdes de leurs engagements et ils ont multiplié leurs attaques d’une part contre les forces armées turques et d’autre part, contre les civils dans les villes.
            L’armée turque est équipée de matériel israélien ou américain depuis de longues années et elle ne peut diversifier ses approvisionnements. Les États-Unis, pour faire pression sur Erdogan ont refusé de lui livrer des armes sophistiquées arguant du fait qu’ils ne veulent pas faire concurrence à leurs alliés juifs, les fournisseurs attitrés.  Les Turcs ont bien reçu quelques drones livrés avant la brouille mais les nouvelles commandes ont été stoppées et la formation des servants n’a pas été totalement assurée par Israël. Les sociétés d’armement turques n’ont pas cessé d’approcher leurs anciens fournisseurs pour obtenir les armes dont l’armée turque a besoin. Ils se réfèrent aux échanges dans les domaines non militaires qui se sont accrus de 44%. Les dirigeants turcs avaient imposé le gel des accords commerciaux avec Israël dans le seul cadre du secteur public, mais le secteur privé n’était pas touché.
Yossi Cohen patron du Mossad

            La situation sécuritaire s’aggrave en Turquie avec la multiplication des attentats qui ont fait des dizaines de morts. Les Turcs ont besoin de collaborer avec les services de renseignements israéliens pour l’échange d’information sur les groupes terroristes. La situation urge.  Pour l’instant Erdogan, qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage. Il a immédiatement trouvé les commanditaires des attentats imputés au PKK, les Kurdes de Turquie bien que Daesh rôde dans la région.
            Les Américains voudraient bien que le conflit avec les Kurdes soit gelé pour se concentrer sur l’élimination de Daesh. Or depuis l’été, la guerre est à son paroxysme avec les populations kurdes de Turquie parce que les pourparlers de paix entre le gouvernement et le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) ont été stoppés. La situation politique s’est aggravée avec le comportement de plus en plus despotique du président Erdogan qui a réussi à verrouiller les élections. À l’initiative du leader kurde emprisonné, Abdullah Öcalan, les deux parties étaient  sur la bonne voie pour atteindre une paix durable turco-kurde. La victoire relative de l’opposition aux dernières élections, 80 députés élus, a poussé Erdogan à durcir sa position pour empêcher tout gouvernement de coalition.
Armée turque

            L’entêtement d’Erdogan a conduit à une guerre coûteuse dans les villes kurdes. 400 civils ont été tués ainsi que des centaines de forces de sécurité turques et des dizaines de militants kurdes. La négociation est rompue. Ankara a détruit des villages kurdes en Turquie puis a étendu ses bombardements sur les positions kurdes en Syrie. Cette politique agressive à l’égard des Kurdes nécessite de l’armement en plus grand nombre. La Turquie s’est tournée vers la France en lui envoyant une liste détaillée de ses besoins. Mais les experts militaires estiment que la réorganisation des forces armées turques pour les équiper d’un matériel français risque de grever le budget turc et nécessite des délais trop longs face aux besoins immédiats d’une armée. Cette armée a été décapitée par le caprice d’Erdogan qui a éliminé tous ses chefs expérimentés et parallèlement il a décidé la rupture avec Israël. Erdogan est convaincu aujourd’hui qu’il a besoin d’Israël pour rétablir une situation militaire qui risque de lui échapper en entraînant la chute de son régime. L’attentat sanglant du 19 mars à Istanbul le conforte dans sa décision d’envisager un virage dans sa politique proche-orientale.  


2 commentaires:

Bernard Meyer a dit…

Le yoyo de la politique Israélienne au bon gré de Monsieur Erdogan.
Drôle de région où les camouflés sont bien vite digérés
Bernard Meyer

jean SMIA a dit…

Il est possible que le Turquie regarde du coté d’Israël : mais, moi, je crois au pouvoir maléfique du mauvais œil.