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jeudi 3 septembre 2015

LIBAN : UN PARFUM DE RÉVOLUTION DANS LES POUBELLES



LIBAN : UN PARFUM DE RÉVOLUTION DANS LES POUBELLES

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps

            

          Le Liban a échappé aux révolutions du Printemps arabe pour sombrer pour une question de poubelles. On imagine mal comment, en plein mois d’août brûlant du Proche-Orient, les ordures ménagères ne sont pas ramassées depuis plus d’un mois avec tous les risques d’hygiène et de contamination. Beyrouth est asphyxié par un parfum de révolution. 
          Le mouvement «Tala’at Rihatkum» (Vous puez) a organisé les manifestations durant lesquelles des milliers de personnes ont répondu à la crise du ramassage des ordures en jetant des pierres sur la police au centre de Beyrouth. Il est trop tard pour eux de se réclamer du Printemps arabe mais ils prennent le risque d’écrouler le Liban pour laisser place à l’État islamique qui lorgne sur le pays.






Une décharge provisoire

Pendant plus de 18 ans le gouvernement libanais n’a pas été capable de construire une usine de recyclage des déchets. Une décharge «provisoire» a été constituée à Naameh, dans la montagne au sud-est de Beyrouth, à proximité de quartiers pauvres qui souffrent de contamination avec cancers et maladies pulmonaires à la clef. Cette décharge, construite en 1997 dans l’attente d’une solution de long-terme, avait été fermée de force par les habitants qui vivaient aux alentours. Les riverains se plaignaient de problèmes sanitaires. Le gouvernement s’était engagé à trouver une solution avant le 17 juillet. Mais le délai a expiré sans alternative. Dans l’attente d’une solution définitive, le gouvernement s’est borné à asperger les montagnes d’ordures amoncelées dans la rue avec de la mort-aux-rats.
Naameh

            La décharge de Naameh avait été fermée alors que les dirigeants politiques avaient été accusés de s’écharper sur la répartition des bénéfices du contrat juteux qui avait expiré sans être renouvelé. Six sociétés, liées à des responsables politiques, ont répondu à l’appel d’offre du gouvernement. Mais aucune décision n’a été prise en raison des conflits des répartition des intérêts. Les manifestants ont accusé ces sociétés de «vol de l’argent public». Ils ont condamné l’absence d’élections législatives depuis 2009 car le Parlement, qualifié d’«illégitime», avait prorogé lui-même son mandat à deux reprises. La situation a stagné parce que le gouvernement libanais est divisé et corrompu. D’ailleurs, les dirigeants n’ont pas été capables d’élire un président depuis 2014 alors que le parlement s’est réuni plus de 20 fois sans obtenir le quorum obligatoire.
Gouvernement libanais

Le gouvernement libanais est sous pression au lendemain de la plus grande manifestation jamais organisée par la société civile et de l'ultimatum lancé par le mouvement pour trouver une issue à la «crise des ordures». La rue a fait éclater la division entre l’alliance du 8 mars alliée de la Syrie, menée par le Hezbollah, et celle du 14 mars d’inspiration sunnite et chrétienne, opposée à l’hégémonie syrienne sur le Liban. Les deux camps cohabitent depuis 18 mois dans un «gouvernement d'entente» stérile puisqu’il ne prend pas de décisions. Le premier ministre Tammam Salam n’a pris aucune initiative pour résoudre la crise des ordures.

La petite goutte


Le problème des ordures est la petite goutte qui a fait déborder le vase. En raison d’une bataille de clans et de guerres confessionnelles, le Liban n’a pas rénové ses infrastructures qui sont en piteux état. Le gouvernement n’est pas capable d’assurer une continuité dans les approvisionnements d’eau et d’électricité. Les transports publics n’existent plus tandis que les espaces verts ont été confisqués par des intérêts privés. Il ne reste plus qu’un embryon de services de santé alors que, pour des querelles de chapelle, l’éducation est devenue une catastrophe. La petite Suisse du Moyen-Orient ne se reconnaît plus elle-même et pourtant l’argent ne manque pas dans ce pays où aucune structure socialisée n’existe et où règne le capitalisme sauvage.
Culture de cannabis dans la Bekaa

            Le Liban ne sait plus produire et il résiste économiquement parce qu’une majorité de Libanais l’aide depuis l’étranger. Ils ont transformé le pays en une usine de production de capital représentant les bénéfices de sociétés troubles installées en Afrique occidentale ou en Irak, de sociétés financières et de conglomérats narcotiques de la vallée de la Bekaa. L’argent y afflue mais n’entre pas dans les caisses publiques. Il est intercepté par quelques privilégiés qui se déplacent en grosses voitures de luxe sur la Corniche et dans la marina de Zaytouneh. Une petite minorité, à l’égale d’une mafia, accapare les bénéfices du pays. Le mystère est entier sur le circuit d’évaporation des millions de dollars qui circulent. Et dans cette situation figée, les réfugiés syriens tentent de survivre de mendicité ou de vols. La dette publique a atteint 143% du PIB (produit national brut).
            Le Liban n’a pas réussi à émergé de son statut inefficace, original à l’époque parce qu’il donnait le pouvoir aux 18 groupes religieux qui selon la Constitution, se partageaient le pouvoir. Différents clans de chrétiens, de musulmans sunnites, de musulmans chiites et de druzes n’arrivent plus à collaborer et à trouver un consensus national pour faire avancer le pays.

Contre le sectarisme
 
Hezbollah
            Les jeunes qui manifestent aujourd’hui contre les poubelles condamnent en fait le sectarisme et souhaitent un Liban unique et uni. Les manifestants ne partage aucune idéologie mais leurs exigences sont légitimes. Chacun a son propre motif de protestation. Les Chrétiens en veulent aux Occidentaux qui les ont abandonnés. Les Sunnites comptent sur les États du Golfe et leurs pétrodollars tandis que les Chiites lorgnent vers l’Iran par Hezbollah interposé. 
          Cela explique d’une certaine manière l’adoration à l’égard du Hezbollah ; c’est l’unique force sociale structurée. Mais la milice chiite a déserté la vie politique libanaise depuis qu’elle combat aux côtés de l’armée de Bachar Al-Assad, dans une lutte difficile face à l’État islamique. C’est d’ailleurs ce combat qui a entraîné l’installation au Liban de deux millions de Syriens qui désorganisent le pays et s’approprient les emplois en acceptant des salaires de misère. Et pour couronner le tout, les Palestiniens s’étripent dans les camps de réfugiés du sud-Liban faisant beaucoup de morts et de blessés.
Liban camp palestinien

            Les jeunes qui venaient manifester en famille, comme s’ils se rendaient à une kermesse, ont été accueillis par des canons à eau, des balles en caoutchouc et du gaz lacrymogène. Le centre-ville a été dévasté avec des vitrines arrachées, des véhicules brûlés et des barrages de pneus incendiés. Les forces de sécurité libanaises, peu préparées à ce genre d’émeutes, ont été vite débordées. Elles ont été surprises parce que la rébellion n’était pas préparée et que les manifestations étaient spontanées.
Heurts avec la police

            Si les idées s’inspiraient du Printemps arabe pour réclamer des réformes et des politiques sociales rénovées, les manifestants, infiltrés par des groupes politiques, ont vite adopté le langage politique de la région avec exacerbation du conflit entre les Potentats arabes, Israël et l’Occident. Beyrouth, qui se voulait un petit bout d’Occident dans un Moyen-Orient arabe, a été endoctriné par les thèses des conflits de la région. La rébellion a été vite accaparée par des groupements manipulés par des intérêts locaux et étrangers. Aujourd’hui, le Liban coule sous le regard d’observateurs désintéressés, face au drame plus envahissant et sanglant de Daesh.


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