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jeudi 21 mai 2015

NETANYAHOU : LA SOLITUDE DU POUVOIR



NETANYAHOU : LA SOLITUDE DU POUVOIR

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps



          Il est très difficile de cohabiter dans un gouvernement avec au moins trois candidats premiers ministrables, Moshe Kahlon chef du parti Koulanou, Naftali Bennett leader des sionistes religieux HaBayit Hayehudi et Guilad Erdan étoile montante et numéro-2 du Likoud. Et ce, d’autant plus que le premier ministre n’envisage pas du tout de passer la main, ni même de désigner son dauphin. Son ancienne directrice de cabinet Ayelet Shaked avait d'ailleurs rejoint le «félon» Bennett qui avait osé abandonner le Likoud pour une nouvelle aventure loin de Netanyahou.

         Sa stratégie est au contraire de diviser pour régner en attribuant à sa guise les postes ministériels convoités. Durant les négociations sur la composition du gouvernement, Netanyahou n’a été traversé que par l’idée de rester maître à bord en neutralisant ceux qui pouvaient avoir des velléités de le remplacer ou de le doubler au sein du Likoud.
Des ministères réservés aux plus méritants
            Netanyahou n'a pas attribué quelques ministères importants pour amener à lui, au moins le nationaliste Avigdor Lieberman ou bien les travaillistes de manière plus hypothétique. Ces ministères, Affaires étrangères, Communications, Coopération régionale et Santé, étaient les plus convoités mais inaccessibles aux concurrents les plus directs. On ne comprend pas cette stratégie systématique de Netanyahou de faire le vide autour de lui. 
          Pour minimiser l’influence de certains ténors, il a été jusqu’à séparer des ministères en deux entités pour les vider de leur substance. Ainsi le ministère des communications et de la défense intérieure, le ministère du Renseignement, des Relations internationales et des Affaires stratégiques, et le ministère pour le Développement du Néguev et de la Galilée, de l'Eau et de l'Énergie et de la Coopération régionale ont été scindés pour être attribués à des ministres distincts afin de réduire leur influence.
Netanyahou estime qu’aucun ministre ne doit être plus populaire que lui. Sylvain Shalom, qui avait déjà occupé le ministère des affaires étrangères a été relégué au ministère de l’intérieur au point qu’à quelques minutes de la présentation du gouvernement à la Knesset il avait décidé de ne pas participer. L’adjonction à son titre celui de vice-premier ministre l’a persuadé d’accepter contre mauvaise fortune bon cœur. Il en a été de même pour Youval Steinitz et Israël Katz, alors que fidèles parmi les fidèles, ils postulaient pour les affaires étrangères. Mais ils ont été placés à des ministères subalternes.

Départ des étoiles montantes

En effet, le ministère des affaires étrangères est une ouverture vers l’étranger, une occasion de se faire connaître parmi les Grands du monde. Son titulaire prend des galons mais devient  une menace qui risque de faire de l’ombre au premier ministre. Pour éviter les éventuels troubles et les manifestations de mauvaise humeur, Netanyahou a attendu la dernière minute avant la prestation de serment pour dévoiler les postes qu’il avait attribués. 
Il cultive la solitude du pouvoir en n’acceptant pas de partager le pouvoir, même en fin de carrière après une vingtaine d’années aux affaires du pays. Certains le considèrent comme un ogre qui dévore les enfants qu’il a enfantés. Ses anciens proches collaborateurs au Likoud avaient compris cette stratégie ; Moshé Kahlon, Naftali Bennett et Ayelet Shaked avaient décidé de quitter le parti alors qu’ils en étaient les étoiles montantes. Guilad Erdan, numéro-2 aujourd’hui, arrivé en tête des primaires, a refusé le ministère secondaire qu’on voulait lui attribuer et il n’est pas impossible qu’il suive à terme la trace de ses prédécesseurs. Et juste avant lui, Guideon Sar avait quitté le navire Likoud. Par mesure de rétorsion, Netanyahou a congédié par téléphone le directeur-général du ministère des Communications, Avi Berger, nommé par l'ancien ministre Guilad Erdan.
Le centriste Yaïr Lapid avant eux, qui avait postulé pour les affaires étrangères, avait été affecté aux finances où il n’avait aucune compétence, un cadeau empoisonné qui lui a fait perdre les élections du 17 mars 2015. Il s’en rendit compte trop tard après être entré au gouvernement et dépité, il décida de le quitter deux ans après pour le faire tomber.
Netanyahou donne l'impression de ne pas être sûr de son pouvoir et de son influence sur son propre parti ; il y voit en permanence des contestataires qui veulent le déloger. Alors pour résister, il divise pour mieux régner, et il réussit parce que les militants du Likoud, facilement influençables, n’entrevoient leur avenir qu'à travers leurs propres intérêts. Ils sont alors fragiles.
Dan Meridor

Cette politique du vide pratiquée par Netanyahou a eu des précédents. Il avait poussé au départ Ariel Sharon qui avait été contraint de créer un autre parti Kadima ; il avait étouffé les velléités de Dan Meridor, homme politique de talent, en le cantonnant à des ministères secondaires pour le forcer à démissionner. L’histoire politique au Likoud est un éternel recommencement. Ce parti attend encore la personnalité charismatique qui finira par être adoubée par les militants pour prendre la place, un jour, de Netanyahou omnipuissant et omniprésent.

Un gouvernement fragile

Gouvernement 2015
Mais le nouveau gouvernement a concentré des rancœurs qui n’ont jamais été aussi présentes au sein du Likoud. C’est pourquoi, fidèle à son flair politique, Netanyahou compte sur l’arrivée au gouvernement des travaillistes pour neutraliser ceux de ses amis qui veulent contester son pouvoir autoritaire. L'histoire a montré qu'un gouvernement peut certes durer même avec seulement une voix de majorité. 
Ce fut le cas du gouvernement travailliste d’Itzhak Rabin formé après les élections du 23 juin 1992, qui ne disposait que d’une majorité de 61 députés sur 120. Ariel Sharon avait lui-aussi constitué un gouvernement, le 28 février 2003, avec une coalition de 60 députés. Malgré l’étroitesse de la majorité, ces deux gouvernements ont parfaitement fonctionné et ont pris des décisions importantes comme les accords d’Oslo en 1993 et le désengagement de Gaza en 2005. Mais les dirigeants de l'époque n’avaient aucune opposition interne et surtout pas de prétendants au poste de premier ministre. Tous les observateurs concourent aujourd’hui à la même conclusion; la durée de vie de ce nouveau gouvernement sera éphémère parce qu’il ne parviendra pas à surmonter les défis qui l’attendent.
Israel Chemicals

La vision d’Israël est trompeuse depuis l’étranger. Sur le plan économique, on loue la croissance et l’absence de chômage mais on ignore les deux millions d’Israéliens défavorisés dont la moitié vit au-dessous du seuil de pauvreté. On ignore que le gouvernement sortant a déversé ses budgets dans les implantations au détriment des villes du sud d’Israël qui voient poindre le spectre du chômage et la perte des tissus industriels. Ainsi le 13 mai, toute la ville de Dimona a été en grève, avec son maire en première ligne. Cette ville symbolise l’intégration des Juifs d’Afrique du nord parqués dans les années 1970 à la limite du désert. Mais cette ville est surtout connue par la présence de l’usine nucléaire.
Israël semble avoir mangé son pain blanc face aux licenciements massifs d’employés du fleuron de la région, Israël Chemicals,  et des employés de Meteor, producteur de filet agricole qui a mis la clé sous la porte. Toute la ville a été bloquée par solidarité avec les grévistes qui se plaignent d’être abandonnés au profit des habitants des implantations. Ces licenciements ont été décidés alors que l’État détient pourtant une participation majoritaire avec droit de veto qui n’a pas été utilisé.


Israël doit aussi faire face au défi du nucléaire iranien. Aucune solution n’a été proposée au plan de Barack Obama. Un gouvernement précaire, avec un premier ministre faible, ne sera pas en mesure d’imposer une solution aux Américains. Enfin, les Palestiniens n'accepteront jamais d'être les oubliés de ce gouvernement d'autant plus qu'ils accumulent les succès diplomatiques. C'est ainsi que le pape François vient de qualifier Mahmoud Abbas "d'ange de la paix".
Ce nouveau gouvernement est le plus à droite de toute l'histoire d'Israël et, face à l'opposition des Occidentaux, des lendemains politiques difficiles se profilent à l’horizon.  

3 commentaires:

Parole VOLEE a dit…

Moise vu par Lamartine : "Seigneur j'ai vécu puissant et solitaire, laissez moi m'endormir du sommeil de la terre". Plus fort encore ; Natanyahou vu par Jacques Benillouche!!

Anonyme a dit…

Qui est l'homme assis à gauche du Premier Ministre et qui porte une kippa noire ?

Jacques BENILLOUCHE a dit…

L'homme à la kippa est le secrétaire du gouvernement.