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dimanche 24 mai 2015

PÈLERINAGE À LA GHRIBA DE DJERBA Par André NAHUM



PÈLERINAGE  À LA GHRIBA DE DJERBA

La chronique de André NAHUM




          Cette chronique a été écrite le 7 mai 2015 par notre ami André Nahum qui nous a quittés cette année. Son souvenir est encore vivace et surtout la qualité de sa réflexion. Il a toujours gardé un attachement viscéral à sa Tunisie natale et il répétait souvent qu'il éprouvait beaucoup de regrets devant la tournure des événements et devant les mauvais choix des dirigeants tunisiens.

Ce soir, c’est Lag-Ba-Omer, le 33ème jour de l’Omer, jour de réjouissance en l’honneur de la hilloula (célébration du jour du décès) de Rabbi Chim’on bar Yohaï auquel la tradition attribue l’écriture du Zohar, élément majeur de la Kabbale. Dans mon enfance, à Tunis, nous décorions l’appartement de guirlandes fabriquées par l’ensemble de la famille à l’aide de grandes feuilles de papier multicolore, d’un arc entouré de fleurs et de lanternes vénitiennes.




Le soir, nous nous rendions ainsi que tous les voisins du quartier, à la synagogue pour y déposer un candélabre fleuri, toutes bougies allumées, en chantant en judéo-arabe: «Ô Rebbi Chim’on, Ô fils de YohaÏ, quand nous reviendras-tu et mettras-tu fin à notre exil ?» Arrivés à destination, c’était la séouda  avec fruits secs, gâteaux au miel et l’inévitable verre de boukha, notre alcool de figues. Les hommes chantaient des pioutims, les femmes lançaient des  you-you  stridents. C’était la fête.
Aujourd’hui dans cette Tunisie pratiquement vidée de ses Juifs, le seul souvenir qui subsiste de cette période heureuse est  le pèlerinage qui se déroule à cette date  à la synagogue de la Ghriba à Djerba. Malgré les vicissitudes du temps et de l’histoire, il faut reconnaître que les autorités tunisiennes ont toujours tout fait pour maintenir, dans les meilleures conditions, cette manifestation joyeuse qui ramenait chaque année des milliers de pèlerins de tous les coins du monde, y compris d’Israël.

Israël a déconseillé cette année à ses administrés de s’y rendre en invoquant les risques élevés d’attentats anti-israéliens ou antijuifs. Les Tunisiens s’élèvent contre cette recommandation qui va à l’encontre  de leurs  efforts pour ranimer le tourisme dans le pays et  affirment que des mesures de sécurité exceptionnelles ont été prises pour que le pèlerinage se passe sans dommages. Il n’y a aucune raison d’en douter, mais… !
Attentat à Djerba

Il faut rappeler quand même que l’attentat contre la synagogue de la Ghriba, en avril 2002 attribué à Al-Qaïda, qui avait fait 19 morts, ainsi que celui plus récent du Bardo, la persistance dans le pays d’éléments armés djihadistes peuvent inciter les Israéliens à la prudence. L’importance même des moyens mis en œuvre par le gouvernement tunisien pour protéger le pèlerinage prouve bien que la menace terroriste n’est pas une vue de l’esprit. D’autant que l’on ne peut nier l’existence d’un fort courant antisioniste en Tunisie, et que l’on ne peut oublier qu’il y a quelques mois des passagers israéliens d’un bateau de croisière se sont vus  interdire  de débarquer à l’escale de Tunis.


Il y a quelques années, j’avais pu constater par moi-même, la présence à Tunis dans le même hôtel que moi d’un groupe important de touristes israéliens, la plupart d’ailleurs  d’origine tunisienne, qui voyageaient  tranquillement dans tout le pays sans aucun problème. Aujourd’hui l’ambiance n’est plus la même.  Souhaitons que les choses s’arrangent un jour!

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