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dimanche 24 mai 2015

LE MESSAGE SUBLIMINAL DU HAMAS À ISRAËL



LE MESSAGE SUBLIMINAL DU HAMAS À ISRAËL
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Le porte-parole du gouvernement palestinien d'unité Ihab Bseiso (au centre) et le ministre des Travaux publics et du Logement Mufeed Al-Hasayneh (à droite) tiennent une conférence de presse conjointe lors d'une visite officielle à Gaza, le 19 Avril 2015 

Des gesticulations et des déclarations, tant côté israélien que palestinien, tendent à prouver que la situation évolue entre Israël et le Hamas. Une certitude, l’accord de réconciliation entre le Fatah et le Hamas d’avril 2014 est resté lettre morte et n’a pas vu le début d'une réalisation. Le 19 avril 2015, une délégation du Fatah de Cisjordanie était arrivée à Gaza pour mettre en place les modalités de l’accord et, en particulier, pour négocier l’épineuse question du paiement des 40.000 fonctionnaires du Hamas. La durée du séjour était planifiée pour une semaine mais la délégation du Fatah n’est restée qu’une seule journée, mettant ainsi en évidence le fossé important existant entre les politiques des deux factions. Aucun des deux clans n’est prêt à rechercher un consensus.



Situation critique à Gaza

Destructions à Gaza

Le Hamas a été abandonné par l’Égypte qui maintient fermé le pont de passage de Rafah et qui a détruit les quelques tunnels de contrebande encore en fonctionnement. Des villages ont été rasés pour créer une zone tampon à la frontière avec Gaza afin de briser les liens entre le Hamas et les terroristes du nord Sinaï. Cependant, suite aux déconvenues avec les Palestiniens de Cisjordanie et avec les Égyptiens, le Hamas s'est adressé à sa façon aux autorités israéliennes. Après quatre mois de calme, une roquette a été lancée depuis la bande de Gaza sur le sud d’Israël, la première depuis le cessez-le-feu signé après l’opération «bordure protectrice» d’août 2014.
Il ne s’agissait pas d’intimider Israël mais de lui adresser un message subliminal. La situation empire à Gaza qui, en faillite économique, est au bord de l’explosion. Le Hamas voulait rappeler que malgré sa rivalité avec le Fatah, il avait respecté les demandes israéliennes de cessez-le-feu. Et pourtant le blocus rigide, excluant certes les produits alimentaires, continuait à être appliqué pour d’autres produits de première nécessité.  Les dirigeants du Hamas voulaient faire comprendre qu’ils avaient empêché avec succès le tir de roquettes par d’autres factions qui persistent toujours à vouloir en découdre. Ils se plaignent cependant de n’avoir eu aucune contrepartie pour relever les décombres des immeubles détruits et pour reconstruire leur ville.
Le Hamas est aujourd’hui conscient de l’erreur stratégique qu’il a commise en procédant à une escalade qui a conduit à la guerre. Il ne s’attendait pas à une réaction aussi brutale de Tsahal qui a pu agir dans le silence total des «frères arabes».  Malgré cela, il est certain de conserver le soutien de la population; pour combien de temps encore ? Paradoxalement les sondages le donnent encore gagnant face à son rival Fatah. Il ne le doit pas à son idéologie mais au travail efficace des fonctionnaires qui continuent à effectuer leur tâche dans des circonstances difficiles alors qu’ils ne touchent pas de salaire depuis plusieurs semaines. Une certaine discipline et une réelle solidarité existent à Gaza.

Message militaire

Ouvriers de Gaza au check-point d'Erez avec Gaza

Israël a entendu ce message qui s’est traduit par une augmentation des permis de travail délivrés aux travailleurs et aux commerçants de Gaza et par une autorisation d’exportations de produits agricoles vers la Cisjordanie et surtout vers Israël. Il s’agit certes d’une goutte d’eau dans un océan de chômage et de pauvreté mais le symbole de renouveau est important. Le blocage ne vient pas d’Israël mais des deux clans palestiniens. Pour la reconstruction de Gaza sous l’égide des organisations internationales, l’Autorité palestinienne exige le contrôle des points de passage ce qui est considéré par le Hamas comme une atteinte à ses prérogatives, une sorte de capitulation lorsque l’on connaît l’importance de l’honneur dans la mentalité arabe.
Pourtant Mahmoud Abbas, malgré les accords de pacotille, a définitivement renoncé à exercer le pouvoir à Gaza car il n’y a aucune influence et surtout peu de forces loyalistes. Tant que les deux clans palestiniens ne s’unissent pas dans une même entité, Israël estime qu’il n’a pas d’interlocuteur crédible et responsable disposant d’un programme commun. Les Palestiniens de Cisjordanie sont prêts éventuellement à accepter les frontières de 1967 rectifiées, alors que le Hamas refuse par principe l’existence officielle d’un État juif.
Général Sami Turgeman
          Israël a capté le message du Hamas et il a chargé l’un de ses généraux, et non des moindres, pour le commenter. Connaissant les règles en vigueur dans Tsahal, il est impossible que le commandant en chef de la région militaire sud, Sami Turgeman, ait pu prendre position sans en référer à sa hiérarchie et à son gouvernement. Il a affirmé «qu’Israël et le Hamas avaient des intérêts communs. Il n'y a pas d'alternative au Hamas pour diriger la bande de Gaza. L'alternative ce serait l'armée israélienne ou le chaos». C’est une déclaration forte qui conditionne la stabilité de cette région au maintien, à sa tête, du Hamas qui détient les rênes du pouvoir. Cette prise de position tranche avec celle de Benjamin Netanyahou qui cherche à assimiler le Hamas aux terroristes du djihad islamique. 
          En fait le premier ministre avait choisi cette tactique électorale pour s’opposer aux travaillistes en se présentant comme le seul leader capable de défendre les intérêts sécuritaires du pays face au danger du Hamas. Et il a réussi. Pourtant il a été l’un des seuls dirigeants politiques israéliens de droite, durant la guerre «bordure protectrice», à empêcher Tsahal de renverser Ismaël Haniyeh. C’est le paradoxe israélien qui consiste à ménager les ennemis avec lesquels on doit un jour négocier.

          Le général Turgeman a parlé en son nom dans une déclaration sans ambiguïté : «La lutte contre le Hamas n'est pas une guerre militaire. Si quelqu'un croit que le combat entre nous et le Hamas se résoudra en lançant nos forces militaires l'une contre l'autre, il a mal compris ce qui se passe. Nous avons intérêt à ce que quelqu'un soit responsable de la situation à Gaza parce que sans ça, ce serait le chaos et la situation sécuritaire y serait bien plus problématique. Israël et le Hamas ont des intérêts communs, comme la paix et le calme pour encourager la croissance et la prospérité, même dans la situation présente».


Stratégie politique
 
Haniyeh, Abbas et Dahlan
On comprend mieux pourquoi Benjamin Netanyahou, qui dispose d’une courte majorité d’une voix à la Knesset, s’évertue à inviter les travaillistes à le rejoindre au gouvernement. Contre l’avis de l’Autorité palestinienne, des discussions indirectes semblent en cours entre le Hamas et les Israéliens qui, dans leur stratégie, veulent affaiblir le camp palestinien en jouant la division. D'ailleurs Netanyahou joue sur plusieurs tableaux puisqu'il a autorisé un contact secret à Paris entre Avigdor Lieberman et l'opposant Mohamed Dahlan qui cherche à remplacer Mahmoud Abbas à la tête des Palestiniens. Tout est bon pour affaiblir l'Autorité palestinienne actuelle.
Le nouveau gouvernement israélien est le plus à droite de l’histoire du pays. Or, seul un gouvernement d’union nationale pourrait adopter le principe de négociations directes et éventuellement de concessions au Hamas en échange d’un engagement de cessez-le-feu de longue durée. De manière indirecte, le chef de l'opposition Isaac Herzog intervient dans ce débat en laissant entendre que la prochaine guerre avec le Hamas n'est «qu'une question de quelques mois» à moins d'une intervention de l'Union européenne pour la démilitarisation immédiate de la bande de Gaza. C’est une façon de préparer l'opinion à l'idée qu'il faut éviter la guerre en engageant un dialogue avec le Hamas.
Ahmed Yousef

De leur côté certains membres du Hamas réagissent. Dans une interview à la presse, Ahmed Yousef, ancien conseiller politique du vice-président du bureau politique du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a déclaré que le Hamas faisait des efforts inlassables pour épargner à la bande de Gaza une nouvelle guerre avec Israël.

Petit port de Gaza

De leur côté, les Palestiniens de Gaza ont besoin de justifier leur volte-face et leurs concessions par ce qu’ils pourraient qualifier de victoire «sur l’entité sioniste» : ouvrir un grand port sur la Méditerranée, un pas vers une première normalisation. Un quotidien jordanien Al-Dustour affirme qu’Israël négociait directement avec le Hamas la mise en place d’un port de commerce flottant entre Chypre-Nord, sous contrôle turc, et la bande de Gaza. Il serait financé par le Qatar. 

Pour l’instant Israël nie toute négociation qui serait pourtant bien avancée. Un quai flottant en Méditerranée permettrait à des contrôleurs internationaux d’inspecter les marchandises entrant à Gaza. Cette solution réactiverait les relations bilatérales avec la Turquie qui serait chargée d’inspecter les cargaisons à Chypre. Les Israéliens opteraient plutôt pour le projet du président Al-Sissi consistant à étendre les frontières de la bande de Gaza vers l’ouest dans la péninsule du Sinaï.
En tout état de cause la diplomatie secrète fonctionne à plein rendement mais Netanyahou a les bras liés par les nationalistes de la coalition qu’il souhaite neutraliser en faisant appel à la gauche et aux centristes. Il s’est d’ailleurs attribué quelques postes ministériels importants qu’il compte proposer aux nouveaux venus à l'occasion d'un remaniement.

3 commentaires:

André NAHUM a dit…

Excllent ton article !
Hyothese folle :
Et si Israël proposait au Hamas un port, un aéroport, aider à la reconstruction, faire de Gaza un haut lieu du tourisme, bref une principauté prospère, à condition qu'il désarme et qu'il arrête sa propagande anti-israélienne et antijuive ??? C'est une hypothèse folle, mais tout le monde n'en a-t-il pas assez de la guerre ? Les Gazaouis comme les israéliens ????

Patrick a dit…

Très bon article, comme toujours

Bernard ALLOUCHE a dit…

Il n'y a pas d'optimisme en politique, que du réalisme. Evitons d'extrapoler nous ne maîtrisons ni les tenants ni les aboutissants.
Les israéliens ont voté pour un premier ministre. A lui de défendre avec sa coalition notre pays au mieux de nos intérêts.
Bernard Allouche