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samedi 21 mars 2015

L’ÉTAT ISLAMIQUE S’INSTALLE EN AFRIQUE DU NORD



L’ÉTAT ISLAMIQUE S’INSTALLE EN AFRIQUE DU NORD

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


L’État islamique est une lèpre qui se répand au-delà du Levant où il était censé uniquement s’installer selon son intitulé initial EIIL (État islamique de l’Irak et du Levant). Après avoir investi le nord du Sinaï, cette organisation djihadiste est en pleine expansion pour s’étendre à travers toute l’Afrique du nord. 
La Tunisie a été l’objet d’une opération terroriste. 22 personnes, dont 20 touristes et deux membres des forces d'intervention, ont trouvé la mort dans l'attaque du Musée du Bardo, les deux assaillants ont tués. L'assaut s'est produit en fin de matinée à proximité du Musée du Bardo, mitoyen du Parlement. Selon des témoins, des assaillants armés de kalachnikovs auraient d'abord pris pour cible un bus de touristes avant de pénétrer à l'intérieur du musée.




Le tort des Occidentaux, comme naguère avec Mein Kampf, est de ne pas croire aux écrits des illuminés. On a parlé des assassins des journalistes de Charlie Hebdo et des Juifs dans le hyper cacher, mais on passe sous silence les vrais responsables qui se terrent dans leurs bunkers à l'étranger.

Tout prévu et tout planifié


Al-Souri

L’État islamique n’est pas parvenu au sommet des organisations terroristes islamiques par défaut. Son théoricien Abou Moussab Al-Souri et son adepte qui s’est inspiré de son idéologie, Abou Bakr Al-Baghdadi, ont été les artisans de l’implication au niveau international du petit mouvement islamiste. L'Occident semble soudain découvrir un mouvement terroriste alors qu’Al Souri avait tout prévu et tout planifié. Les Occidentaux l’ont peu lu et surtout sous-estimé. Ainsi la réussite de l’E.I n’est pas le fruit du hasard mais d’une stratégie patiemment élaborée dont on a minimisé l’impact.
Principal idéologue de la troisième génération du djihad salafiste, Al-Souri est entré sur la voie du djihad en tant qu'expert militaire. Personne ne sait où il se cache depuis qu’il a été libéré par Bachar Al-Assad en pleine guerre civile, en décembre 2011. Certains pensent qu’il s’est réfugié au Yémen alors qu’il est resté probablement en Syrie, dans son pays natal. 
Né en 1958 dans une famille bourgeoise d’Alep, de son vrai nom Mustafa Setmariam Nasar, il a suivi un cursus classique d’étudiant ingénieur en mécanique avant de rejoindre en 1980 une cellule islamiste, une émanation des Frères musulmans. La répression féroce par le régime syrien du soulèvement armé de Hama, en 1982, le poussa à entrer en dissidence et à s'entraîner dans des camps secrets en Jordanie puis en Égypte. 
Son esprit illuminé l’incitera en 1985 à refaire le parcours mythique des conquérants musulmans en se rendant en terre d’Andalousie où il épousera  une gauchiste Elena Moreno qui se convertit à l'islam et avec qui il a eu quatre enfants. Il voyagea au Pakistan et en Afghanistan dès 1987 pour organiser des camps d'entraînement pour les moudjahidines qui combattaient les Soviétiques. Selon son biographe, le chercheur norvégien Brynjar Lia, il est considéré comme le véritable «architecte du djihad global» car c’est un «dissident, un esprit critique, un intellectuel au sein d'un courant idéologique».

L'Appel à la Résistance islamique


Il avait exposé sa doctrine dans un livre publié sur Internet en décembre 2004, l'Appel à la Résistance islamique globale. Sa véritable bible de 1.600 pages du djihadisme, une sorte de manuel d’endoctrinement, a jeté les réelles bases de l’État islamique et a inspiré le jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, le Français Mohamed Merah ou les frères Tsarnaev, Américains d'origine tchétchène auteurs présumés de l'attentat de Boston en avril 2013, et même le Norvégien Anders Behring Breivik.
Sa théorie avait été écrite dans une perspective intellectuelle pour prôner le combat afin de renforcer l'usage de la violence politique par les djihadistes. Disposant de connaissances sur l’islam, mais pas suffisamment pour être considéré comme théologien, il s’était inspiré des guérillas de gauche pour les refondre dans l’idéologie islamiste. Il avait suggéré de créer de petites cellules autonomes, capables de se financer et de s'armer tout en restant indépendantes les unes des autres pour échapper aux polices antiterroristes. Cela a été le cas du groupe qui a égorgé en Algérie le français Gourdel pour se financer. Son comportement d’illuminé le menait à des fantasmes extrêmes puisqu’il préconisait une guerre chimique et même l’utilisation de bombes à composants radioactifs sur le sol américain. Pour lui, il fallait : «Une bombe sale pour un pays sale».

Théorie de prise du pouvoir
Exécutions barbares

La théorie de sa prise de pouvoir se fonde sur trois étapes qu’Al Souri a parfaitement détaillées dans sa bible. Les djihadistes ont d’abord attaqué les centres villes des pays ciblés pour les obliger à y organiser la répression tandis que la périphérie devenait une proie facile. C’est dans ce cadre, utilisé en Syrie et en Irak, que la deuxième phase s’appuya sur les massacres d’une rare sauvagerie pour forcer les populations à rejoindre les djihadistes, les seuls à rétablir selon eux la paix civile dès lors que les gouvernements locaux auront échoué. La cruauté n’est pas gratuite mais considérée comme la seule voie pour mener à la victoire. Aujourd’hui ils ont investi la Libye et ce qui est le plus grave la Tunisie selon le même principe.
La dernière étape est le rétablissement du califat qui s’appuie sur le rejet de la démocratie, du nationalisme et de l’Occident. Fondé sur un islam rigoriste, le califat s’installe alors dans la durée en créant les structures d’un nouvel État en s’appuyant sur de nouveaux juges et une nouvelle police. Il organise la vie sociale et les aides à une population soumise par la force et qui, de toute façon, apprécie les dons matériels à défaut de liberté. L'Appel à la Résistance islamique globale d’Al Souri avait tout prévu mais l’Occident a mésestimé la puissance du texte fondateur des djihadistes. Il en paie aujourd'hui les conséquences.
Combats contre l'armée tunisienne

En s’appuyant sur les fondements de cette stratégie, le groupe est entré en Tunisie. C’est une réalité dans un pays faible militairement parce que Bourguiba et Ben Ali avaient volontairement réduit l’armée au minimum pour ne pas être détrônés par un jeune colonel fougueux. L’Afrique du Nord est un terrain de prédilection pour les djihadistes puisqu’il s’agit d’une vastes zones désertiques propices pour camoufler des unités armées. On sait que  plus de 3.000 jeunes tunisiens ont déjà été enrôlés dans l’EI ce qui fait de la Tunisie le premier pays exportateur de combattants islamistes vers la Syrie après avoir été une source importante de  recrutement pour les djihadistes en Afghanistan et pour ceux qui avaient décidé de combattre leurs armées nationales dans une tentative d’islamiser les pays de la région.

La Tunisie, qualifiée de pays modéré, est en proie à une déstabilisation islamique. Elle suit l’Égypte devenue une cible des activités djihadistes bien avant les «printemps arabes», avec des opérations qui ciblaient d’abord les sites touristiques avant une escalade pour s’en prendre à l’armée égyptienne avec des attaques épisodiques de roquettes sur Israël. Face à la détermination de l’État juif, ces groupes ont compris le danger de s’en prendre à Tsahal et ils ont reporté leur combat sur les forces égyptiennes devenues leur ennemi principal.

Action progressive

Ces groupes extrémistes ont agi selon une stratégie progressive. Il ont d’abord opéré dans l’ombre en Libye. Ils ont profité de l’anarchie qui y régnait  pour prendre le contrôle de villes et de routes stratégiques qui relient la Méditerranée au désert du Sahara. La chute de Kadhafi a entraîné l’absence de forces capables d’imposer une autorité réelle sur le pays. Cette présence de l’EI en Afrique du Nord n’est pas nouvelle puisque l’on sait à présent que des éléments algériens, tunisiens et libyens ont fait serment d’allégeance à l’EI depuis un certain temps maintenant. Le 12 septembre dernier, un groupe de militants extrémistes.  Les Brigades al-Furqan, opérait sous la bannière d’AQMI. En Tunisie, le «Bataillon Uqba bin Nafe» dirigé par l’algérien Luqman Abu Sakhr, allié du groupe tunisien Ansar al-Sharia dirigé par Abou Ayyad a fait allégeance à l’EI.
L’Afrique du Nord sombre à nouveau au cœur des conflits internationaux qui servent de cadre à la guerre contre le terrorisme. La responsabilité incombe aux Occidentaux qui ont manipulé les gouvernements des pays faibles pour justifier la création de bases militaires entrant dans le cadre de leur stratégie militaire propre. Mais la Tunisie est trop faible militairement pour supporter le choc du terrorisme qui détruit l’une de ses principales ressources, le tourisme. Elle subit la première phase des djihadistes. 

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