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jeudi 30 janvier 2014

TÉHÉRAN : LA CAPITALE OÙ IL FAUT ÊTRE VU



TÉHÉRAN : LA CAPITALE OÙ IL FAUT ÊTRE VU

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps


Monument Azadi à Téhéran

          L’Iran est devenu le pays où il est bon d’être vu alors que, pendant des années, les visiteurs politiques préféraient raser les murs de crainte d’être mis à l’index par l’Occident.  Il est certain que la décision des États-Unis de renouer avec l’Iran au moyen de l’accord de Genève a été le catalyseur qui a réintroduit l’Iran au sein de la diplomatie internationale. 
Barack Obama a ainsi permis de rompre l’isolement politique auquel était astreint l’Iran. Tout le monde se presse à nouveau pour faire acte d’allégeance au président Hassan Rohani qui serait en passe de devenir le grand ordonnateur du Moyen-Orient. Les visiteurs cherchent à gagner la course de l’amitié et de la coopération avec l'Iran.


Aller à Canossa
Le roi des Romains Henri IV agenouillé devant le pape Grégoire VII à Canossa


Les premiers à aller à Canossa ont été les dirigeants du Hamas qui ont fait le voyage le 12 octobre 2013. Ils avaient fait le choix d’une alliance avec les Frères musulmans égyptiens contre la Syrie et se sont retrouvés isolés après la chute du président Morsi. Mohamed Nasr, membre du Bureau politique du Hamas, s'est rendu en Iran pour réduire l'écart dans la relation entre les deux parties. Khaled Mechaal, leader exilé du Hamas, attend une invitation de Téhéran mais il semble qu’il ait encore à attendre car l’Iran ne lui pardonne d’avoir rompu avec le président Assad et d’avoir déserté la Syrie. Il avait tenté de se justifier en expliquant que le Hamas n’avait pas pris de position contre l’Iran et que les divergences sur certains dossiers sont tout à fait légitimes entre amis : «la question qui unit le Hamas avec l'Iran est la question de la libération de la Palestine et celle de Jérusalem : il s'agit de points de convergence  beaucoup plus que de divergence.»
Al Maliki et Rohani
Le premier ministre irakien Nouri al-Maliki s’est rendu en visite officielle à Téhéran le 4 décembre dans le but de renforcer les relations bilatérales dans divers domaines. Al Maliki est coutumier des visites en Iran mais il tenait à être parmi les premiers étrangers à saluer l’investiture d’Hassan Rohani. La prise de pouvoir par les chiites irakiens avec l'aide de l'Iran, a créé une nouvelle dynamique entre les deux pays voisins, qui ont rétabli des liens étroits à l'issue d'une guerre dans les années 1980.
Emma Bonino à Téhéran

Pour la première fois en une décennie, un diplomate occidental, en l’occurrence la ministre italienne des affaires étrangères, Emma Bonino, s’est rendue à Téhéran le 22 décembre.  Cette visite avait pour but, selon elle,  d’étudier la possibilité d’un rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays et de renforcer leur coopération économique. Elle tenait à afficher les nouvelles bonnes dispositions de l’Italie.
Jibril Rajoub à Téhéran

Le 28 janvier, l’Autorité palestinienne a envoyé un de ses dirigeants en Iran ce qui constitue une situation d’exception. Jibril Rajoub, membre du comité central du Fatah a créé la surprise en se rendant à Téhéran car depuis la signature des accords d’Oslo en 1993 aucun dirigeant de l’OLP n’était invité par les Mollahs. Seul Mahmoud Abbas avait été accepté exceptionnellement au sommet des pays non-alignés en août 2012 à Téhéran.
En présence de Jibril Rajoub, le ministre iranien a réaffirmé «la position immuable de soutien de l'Iran au peuple palestinien et à ses droits et son appui à l'édification d'un État indépendant avec Jérusalem comme capitale ». Le dirigeant du Fatah a de son côté «appelé le peuple iranien et son gouvernement à renforcer leur soutien aux Palestiniens face à l'occupation et aux tentatives d'Israël de judaïser la Ville sainte et en expulser ses habitants». L'Autorité palestinienne tient à renouer les liens avec l'Iran, au moins pour court-circuiter les avances du Hamas. 

Visites planifiées

Le haut représentant de l'Union Européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton, s’est dit prête à effectuer une première visite en Iran. Elle a reçu une invitation du ministre iranien des affaires étrangères Javad Zarif à visiter l'Iran.
Guillaume Soro et l'ambassadeur d'Iran

Enfin l’Afrique n’est pas en reste. Le Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro a reçu une lettre d’invitation pour se rendre en Iran. L’Ambassadeur d’Iran, Mohammad Emini-Nejad, lui a remis un courrier personnel à cette intention et la visite serait imminente.

Erdogan et Khamenei

Le dernier à se faire inviter à Téhéran a été le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan qui veut élargir les liens économiques et s’entretenir de la guerre civile syrienne alors que les deux pays soutiennent les deux bords opposés. L’Iran soutient le régime de Bachar Al-Assad alors que la Turquie appuie les rebelles. Erdogan trouve ainsi un moyen de détourner l’attention sur le scandale de corruption massive sur des ventes d’or illégales à l’Iran. Mais la Turquie est intéressée à augmenter ses importations de pétrole et de gaz iraniens ce qui explique la présence dans la délégation du ministre des affaires étrangères Davutoglu, du ministre de l'Énergie Taner Yildiz et du ministre de l'Économie Nihat Zeybekci.

Diplomatie tout azimut

Cette campagne diplomatique démontre la capacité d’Hassan Rohani à devenir l’interlocuteur privilégié dans la région. Soit il s’inscrit dans une volonté pacifique pour orienter son pays vers le bien-être d’une population qui souffre en silence. Soit il entretient un dialogue généralisé avec toutes les chancelleries afin d’étendre un voile de fumée sur ses réelles intentions en matière nucléaire militaire. Il est certain que cette diplomatie tout azimut complique la tâche de Benjamin Netanyahou, qui doit certainement regretter Ahmadinejad. Il se trouve isolé politiquement dans sa croisade contre l’Iran, avec l’éventualité d’être contraint de renoncer à la force contre les usines nucléaires iraniennes face au succès diplomatique de Rohani.

Un signal d’alarme n’avait pas été perçu par les Israéliens à l’occasion de la 68ème Assemblée des Nations Unies. La délégation israélienne avait été la seule à quitter la salle, mettant en évidence la volonté de tous les autres pays d’entendre et de cautionner le discours du nouveau président de l'Iran. Hassan Rohani avait déjà marqué un point lorsque le président Obama avait affirmé ce que la République islamiste souhaitait entendre. Il avait confirmé qu’il ne cherchait pas à détruire le régime iranien et qu'il respectait le droit de l'Iran à accéder à l'énergie nucléaire à des fins pacifiques.
Il est vrai que les contingences financières ne sont pas étrangères à cette stratégie car une négociation réussie avec l’Iran coûterait moins cher au trésor américain qu’une guerre. Il est vrai surtout que les opinions publiques américaines et israéliennes sont sceptiques quant aux résultats imprévisibles d’une opération militaire contre l’Iran. Barack Obama a aussi intégré l’idée que la pacification de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Syrie et même du Liban passait par le bon vouloir des Mollahs.
L’Iran pourrait être sincère dans sa démarche pacifique car il est étouffé par les sanctions économiques. Le remplissage en dollars des caisses de l’État iranien le rendrait plus indépendant de la volonté du peuple dont les conditions de vie se dégradent. Il peut aligner  tellement de matériel militaire conventionnel qu’il estime avoir les moyens de contenir une attaque même s’il ne dispose pas de l’arme nucléaire. Il a surtout compris qu’il peut redevenir une puissance régionale depuis la chute des leaderships égyptien et turc.

Opposition intérieure

Gardiens révolution

Hassan Rohani n’a pas les mains libres sur le plan intérieur. Il a besoin de consolider son pouvoir face aux menaces des différents clans intégristes. Il sait qu’il est à la merci d’une décision du guide suprême, Ali Khamenei, qui pourrait le désavouer à tout instant et lui faire perdre le soutien des Gardiens de la Révolution, épine dorsale du régime. À l’extérieur il doit prouver ses intentions louables pour dissiper la méfiance et les craintes d’Israël et de l’Arabie saoudite qui s’inquiètent du programme nucléaire iranien. En se positionnant comme un dirigeant sensible au dialogue pacifique avec une diversité de pays, il cherche à prouver que l’Iran pourrait suivre la trace de l’Allemagne, de l’Argentine, de l’Espagne et de l’Italie qui, grâce à leurs industries nucléaires civiles, disposent d’une technologie qui peut les mener à l’arme nucléaire. Mais ils ne le souhaitent pas et écartent la solution de l’arme nucléaire.

Barack Obama veut convaincre les Israéliens qu’ils auraient intérêt à suivre sa stratégie du rapprochement avec les Iraniens, la seule capable d’assurer leur désarmement en douceur et dans le temps, au moins avant la fin de son mandat. Seulement les Iraniens n'en veulent pas de ce rapprochement. Mais cette stratégie ne sera probante que si le pouvoir interne de Rohani est consolidé par des réformes démocratiques inédites, par la suppression de la peine de mort, par la liberté syndicale, par l’autorisation des partis politiques, par la suppression des contraintes vestimentaires et par la libération des détenus politiques. Certes tous ces éléments restent cachés aux invités de marque qui se pressent dans les salons de la présidence parce qu’il est bon d’y être vus.


1 commentaire:

Bernard KAYES a dit…

Tous se précipitent alors que l'Iran est encore sous surveillance pour une période de six mois, et que les preuves que ses engagements, et désengagements, sur le nucléaire militaire ne sont pas encore réunies. Israël, encore une fois, sera seul et mis au pied du mur !