LE BEST-OF DES ARTICLES LES PLUS LUS DU SITE, cliquer sur l'image pour lire l'article


 

lundi 4 novembre 2019

Le cycle infernal missiles/représailles à Gaza



LE CYCLE INFERNAL MISSILES/REPRÉSAILLES À GAZA

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            
Frappe du 2 novembre

          Le samedi, jour du Shabbat, est une journée sainte mais surtout une journée réservée aux retrouvailles, à la famille et aux enfants. Mais c’est aussi souvent le jour où, comme par hasard, les missiles envoyés depuis Gaza s’abattent sur le sud du pays dans une volonté de frapper pour faire mal au moment où l'on croit les Israéliens démobilisés. C’est la deuxième fois cette semaine. Le dôme de fer intercepte la plupart des tirs mais deux missiles, sur les dix tirés, sont passés au travers de la défense israélienne pour toucher des habitations civiles. Des éclats d'obus ont endommagé une maison dans la ville de Sdérot. 



Abri à Sdérot

          Un système d’alerte efficace permet à la population de se terrer dans les abris pour échapper à la mort. Passer la nuit dans un abri avec vieillards et enfants angoissés, le jour où les religieux chantent les louanges au Ciel, est considéré par les gens du Sud comme une punition exclusive devant laquelle les autorités israéliennes semblent désarmées. 
            Le gouvernement a plusieurs choix mais il préfère celui qui fait le plus de bruit médiatique et qui marque les esprits de la population, à savoir les représailles modérées de l’aviation israélienne. Il est certain cependant que les tirs de missiles précèdent toujours les représailles. Pourtant Tsahal peut tout détruire, les appartements, les centres commerciaux et les hôtels, mais il limite ses frappes sur des pierres, en prévenant au préalable la population gazaouie. Il lance ses attaques pour ne viser que les sites militaires affiliés au Hamas.
            Alors, rares sont les victimes arabes sauf exception dans la nuit du 1er au 2 novembre où les raids aériens ont tué une personne, Ahmed al-Shehri, 27 ans. Il est probable que la responsabilité n’incombe pas au Hamas qui n’a aucun intérêt à réchauffer le front sud mais plutôt au djihad islamique inféodé à l’Iran. Mais Ismaël Haniyeh gouverne Gaza et il est donc tenu pour responsable même s’il est engagé dans une négociation de cessez-le-feu à long terme. Certaines factions armées agissent indépendamment du Hamas. Des médiateurs de l’Égypte et du Qatar supervisent l'accord de cessez-le-feu afin de réduire l'intensité des manifestations en échange de concessions israéliennes et d'une distribution mensuelle de dollars par le Qatar à Gaza.

            Les Israéliens se posent la question de l’intérêt du blocus institué pour empêcher les armes d'atteindre le Hamas car Gaza est bien pourvu en armement, au-delà de ses besoins.  Gaza est devenu une passoire pour l’entrée des armes et même des terroristes. Si une solution n’est pas trouvée rapidement, le conflit avec Gaza a tout pour s'enliser.
            Certains en Israël sont partisans d’une solution radicale et commencent à se plaindre de la politique "molle" suivie par Netanyahou qui ne voit aucun intérêt à risquer la vie de ses soldats avec une invasion de Gaza. Le conflit armé peut être évité tant que les deux belligérants ne perdent pas leurs intermédiaires habituels pour les négociations de cessez-le-feu. S'il le faut, Tsahal peut à tout moment étendre les combats sur le terrain par des incursions militaires limitées mais la décision incombe au pouvoir civil comme dans toute démocratie.
            Ceux qui avaient l’habitude de s’interposer ont leurs propres préoccupations, les Égyptiens en particulier. Par ailleurs le président égyptien Abdul Fattah el-Sissi n’est pas mécontent que Gaza subisse des pertes militaires qui l’affaiblissent. Il n’a aucune commisération pour les alliés du Hamas, les Frères musulmans, qui créent des troubles dans son pays et surtout au nord du Sinaï. Les Américains eux-mêmes ne disposent d’aucun moyen de pression comme par le passé.



            La Turquie est sortie des radars du Proche-Orient et est empêtrée dans le conflit syrien qui menace ses frontières. Erdogan a de toute façon perdu toute crédibilité vis-à-vis d’Israël ; son attitude est trop ambiguë. Le Hamas n’attend qu’une opération terrestre pour offrir une victoire à la rue palestinienne. Les rues de Gaza ont été truffées de tunnels bardés d’explosifs qui occasionneront de sérieux dégâts au passage des blindés israéliens. Aucun officier israélien ne peut envisager de sacrifier une centaine de jeunes dans un combat qui ne débouchera sur aucune situation viable.
            Le Hamas fait de la surenchère face à ses concurrents du Djihad islamique. Ce n’était pas sa stratégie initiale car il cherchait une crédibilité politique auprès des instances internationales pour devenir une vraie entité politique et réintégrer le concert des nations. C’est pourquoi il avait accepté de signer un accord avec le Fatah. Mais il est forcé de suivre le mouvement s’il veut continuer à exister après avoir été supplanté, face à l’Autorité palestinienne, par le djihad islamique qui s’affiche comme le seul défenseur des Palestiniens. 
Djihad : Baha Abu al-Ata (à droite) lors d'un rassemblement à Gaza

          Il existe un véritable conflit d’intérêt entre le Hamas et le djihad islamique. Le commandant militaire de la Brigade du Nord du djihad islamique à Gaza, Baha Abu al-Ata, est devenu le responsable de la lutte contre Israël et son programme est plus radical que celui de ses dirigeants basés à Damas. Le Hamas fait tout pour essayer de le neutraliser et il a averti Israël qu'une opération d'envergure à Gaza aura pour conséquence de le renforcer. Sans compter que le djihad peut exploiter les difficultés économiques immenses à Gaza. En effet, la signature de l’accord avec l’OLP ne lui a rien apporté en termes de financement.

            Le Hamas n’a plus rien à perdre et ce conflit lui permet d’apparaître comme la seule entité palestinienne qui combat véritablement les Israéliens même s’il est conscient de perdre ses capacités militaires à court terme avec la destruction de son arsenal et de ses usines de fabrication de roquettes. Il est isolé de toute part depuis sa rupture avec l’Égypte qui le soupçonne d’aider en sous-main les Frères musulmans en reconquête du pouvoir au Caire. Il dépend pour ses approvisionnements du seul Israël qui permet encore le passage de 300 camions par jour par la frontière de Kerem Shalom.

            Mais paradoxalement, les deux belligérants font preuve d’une certaine modération. Israël n’a pas choisi l’arme ultime de l’arrêt de l’approvisionnement en eau et en électricité. Aucun missile israélien n’a touché de structure stratégique à Gaza. Les leaders du Hamas ne sont pas inquiétés. Malgré l’intensité des frappes, le commandement du Hamas est sur pied et les centres du haut commandement n’ont pas été visés. Certes, l'Armée de l'air a effectué des centaines de frappes dans la bande de Gaza en ciblant des centres de stockage d'armes, des usines de fabrication d’armes, des casernes militaires, des tunnels, des postes de surveillance, des stations de lancement de fusées enterrés et des maisons appartenant à des commandants du Hamas et du djihad islamique, après en avoir prévenus les habitants.
            Les destructions des infrastructures du Hamas sont conséquentes et Israël ne pourra obtenir plus dans une opération terrestre, sauf à réoccuper la bande de Gaza. Ce serait un gouffre financier et Israël perdrait le rare capital de sympathie de l’opinion internationale. Alors Israël compte sur une guerre d’usure qui ne lui coûte aucune perte humaine et qui ternit l’image du Hamas face à une population qui risque de lui réclamer des comptes depuis qu’elle s’est habituée au calme et au confort matériel.
Khaibar M-302

            À noter cependant l’utilisation avec parcimonie par le Hamas des centaines de missiles perfectionnés dont il dispose, sauf à être dans l’incapacité de les lancer, à se garder une porte de sortie stratégique ou à se réserver pour un baroud d’honneur final. Il dispose de missiles d’origine syrienne, Khaibar M-302, dérivant du WS-1 chinois, fournis par le Hezbollah qui les avaient testés avec succès lors de la guerre du Liban de 2006. La portée a été étendue à 110 kms par les ingénieurs du Hezbollah, une distance largement suffisante pour atteindre des villes sensibles d’Israël.



            Tsahal détient toutes les informations sécuritaires pour frapper et pour éradiquer le Hamas. Le Premier ministre semble vouloir laisser la diplomatie agir et réussir avant de laisser l’armée libre de ses options. Seule une étincelle dramatique pourrait convaincre Benjamin Netanyahou de modifier sa stratégie modérée. Benny Gantz semble avoir une stratégie différente pour régler le problème avec Gaza puisqu’il qualifie le premier ministre israélien de «faible» face au Hamas : «Les personnes qui sont faibles devant le Hamas à Gaza pourraient provoquer une vague d'horreur en Cisjordanie». Il s'est engagé à former «le gouvernement de sécurité le plus puissant qui retrouvera sa force de dissuasion. La dissuasion a été remplacée par un bégaiement qui n'utilise pas le pouvoir offensif d'Israël». Donc wait and see. 

Aucun commentaire: