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mercredi 22 février 2017

Conflit palestinien : encore une occasion ratée



CONFLIT PALESTINIEN : ENCORE UNE OCCASION RATÉE

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps

            


         Une réunion secrète s’est tenue en février 2016 au port d’Aqaba en Jordanie, entre le premier ministre Benjamin Netanyahou, le secrétaire d’État John Kerry, le roi Abdallah II de Jordanie et le président égyptien Al-Sissi. Rien n’a transpiré jusqu’à ce qu’un journal israélien ne la révèle le 19 février 2017 et qu’elle soit confirmée du côté américain. Le chef de l’opposition Yitzhak Herzog avait été mis dans le secret mais il avait gardé le silence pour respecter le secret d’État. Il a cependant exprimé son amertume : « il y a un an, au sommet d'Akaba, Netanyahou avait l'occasion de changer la face du Moyen-Orient. Il a préféré se dérober ». Kerry avait masqué cette réunion secrète en organisant, en même temps, un voyage à Amman les 19 et 20 février pour rencontrer Mahmoud Abbas.




Port d'Aqaba

            John Kerry avait exposé aux trois dirigeants des principes qu’il avait d’ailleurs dévoilés lors de son discours à Washington le 28 décembre 2016, sous forme de testament politique. Aucune proposition innovante ne figurait dans son programme : retrait israélien des territoires palestiniens avec possibilité d’échange de terres accepté par les deux parties, création d’un État palestinien aux côtés d’Israël, reconnaissance d’Israël comme État juif et déclaration de Jérusalem comme capitale des deux États. Rien de nouveau donc sachant les deux derniers points ont déjà été rejetés par les deux parties.
            Le premier ministre a confirmé avoir participé à cette réunion mais a justifié son refus d’un accord sur les bases américaines parce qu’il «lui serait difficile d’obtenir l’accord de sa coalition gouvernementale». Cela semble en opposition avec l’annonce faite au Likoud qu’il était en fait l’initiateur de ce sommet secret et qu'il avait de nouvelles suggestions à proposer à ses interlocuteurs. Les autres participants ont contesté la version publiée en Israël. Le président Al-Sissi s’est borné à un commentaire général : «L'établissement de la paix apportera une nouvelle réalité qui permettra aux pays de la région des développements sociaux et économiques. La paix mettrait fin à l'une des excuses les plus importants utilisées par les organisations terroristes pour justifier leurs actes». Le palais jordanien a précisé que «la réunion a porté sur les développements récents dans la région et en particulier sur les efforts visant à relancer les négociations entre Israël et les Palestiniens sur la base d'une solution à deux États, qui est la seule solution au conflit». Des deux côtés la langue de bois pour masquer une certaine gêne d’un nouvel échec. Le président de l’Autorité n’avait pas été invité par John Kerry mais il avait été en permanence briefé sur le contenu des discussions.

            En fait le premier ministre n’était pas très intéressé à une négociation. Il a passé huit années à lambiner entre l’administration de Barack Obama, considérée comme anti-israélienne, et les membres extrémistes de sa coalition. Il a alternativement assuré le président américain qu’il était prêt à faire avancer le processus de paix tout en donnant des gages à ses ministres nationalistes qu’il ne fera jamais de concessions. Mais il tient pour responsable de la situation le leader travailliste Itzhak Herzog qui a refusé d’entrer dans la coalition ce qui lui aurait permis de neutraliser ses ministres intransigeants. En dernier ressort, il s’est tourné vers Avigdor Lieberman qui lui apportait un petit peu d’oxygène pour faire passe sa majorité de 61 voix à 67.

            On sait à présent que Netanyahou avait fait miroiter à Herzog l’ouverture de négociations grâce au sommet d’Aqaba. Le chef de l’opposition s’était même entretenu par téléphone avec le roi Abdallah et le président Sissi qui l’avaient convaincu de s’associer aux pourparlers dans le cadre d’une conférence régionale, s’il prenait la direction du ministère des affaires étrangères. Mais au dernier moment, Netanyahou a fait marche arrière lorsque ses amis du Likoud l’ont mis en garde contre un possible éclatement du parti avec à la clef des élections anticipées qu’il ne gagnerait pas forcément. Il a ainsi montré sa vulnérabilité politique. 
         Netanyahou est convaincu que le temps joue en faveur d’Israël et qu’il n’a pas besoin de faire aujourd’hui des concessions territoriales. Reste à savoir s’il pourra continuer encore longtemps ce pas-de-deux de haute voltige avec le président Donald Trump qui, pour l’instant ne s’est pas réellement prononcé sur la stratégie qu’il compte suivre sur ce conflit qui le dépasse.

            Pour faire avancer le dialogue et convaincre Herzog, Netanyahou lui avait fait miroiter un nouveau plan, présenté aux participants à la réunion secrète, comportant les clauses suivantes :
- Libération totale des constructions pour les Palestiniens et avancement des projets économiques en zone C sous la juridiction totale d’Israël. Libération des projets d’infrastructure dans la bande de Gaza. Amélioration de la coopération sécuritaire en libérant la fourniture d’armes à l’Autorité palestinienne,
-   Israël s’appuiera sur l’initiative de paix de 2002 pour négocier avec les pays arabes,
-  Soutien des pays arabes sous l’égide de l’Arabie et des Émirats pour une initiative régionale de paix,
-  Gel des constructions dans les implantations en dehors des grands blocs sous réserve que toutes les parties garantissent à Israël le droit d’y continuer à construire.
- Garantie américaine pour bloquer les mouvements anti-israéliens aux Nations-Unis et dans les organisations internationales, avec usage systématique du droit de veto.
Constructions à Ariel

Netanyahou a confirmé que tous les ministres n’avaient pas été mis dans le secret de ces négociations et que le chef de l’opposition n’en a été informé que quelques jours après la tenue de la réunion. Yitzhak Herzog a estimé qu’il était tenu par le secret d’État qui ne lui permettait de faire des révélations au public sur l’échec de ces pourparlers. Il tenait à ne pas être accusé de torpiller une négociation qui était pour lui une opportunité pour un changement historique au Proche-Orient : «Je voulais éviter d'autres séries de meurtres et de cercueils. J'ai accepté la demande du premier ministre parce que les dirigeants les plus importants du monde tenaient à ce que je rentre au gouvernement comme une preuve que Netanyahou était sérieux au sujet du processus». 
Il n’a cependant pas réussi à rejoindre la coalition face aux extrémistes de droite qui ont agi pour faire capoter le projet. Il avait pourtant été encouragé par le roi Abdallah et Abdel Fattah al-Sissi qui lui ont fait miroiter la tenue d'un sommet régional où il pouvait être le maître d'oeuvre.
Ne t'inquiète pas mon cher, je ne laisserai plus te toucher à nouveau

Une fois encore, Benjamin Netanyahou n’a pas osé choisir le chemin du compromis pour une paix cautionnée par les États-Unis, la Jordanie et l’Égypte qui ont déjà donné des gages de respect de leur signature au bas d’un traité. Les Israéliens comptent sur l’appui de Trump pour insuffler une nouvelle politique au Moyen-Orient. Face à un dirigeant imprévisible et changeant, ils risquent de se retrouver face à une grande déception. La paix attendra.

3 commentaires:

Sara GABBAI a dit…

ce n'est pas sa coalition, comme le resasse Netanyahou, qui l'empeche de négocier avec les Palestiniens, c'est dans son propre intéret de torpiller toute proposition qui pourrait l'amener à sa chute, Herzog a fini par le comprendre..

Bliah Philippe a dit…

Les principes de bases exposés par John Kerry sont trop vagues et dangereux pour ne pas conduire Israel dans le piège d'une négociation biaisée.
1) Qui dit que les palestiniens sont réellement intéressés à renoncer a toute la palestine tout en se contentant d'une portion congrue de territoire non viable pour un Etat?
La gauche a tenté cette chance avec Oslo imaginant un processus de paix "naturel" "par étapes" amenant Arafat à ce genre de compromis qu'il a toujours refusé lui et ses successeurs spécialistes du double discours ; un en arabe pronant la disparition d'Israel justement par étapes "meme si cela doit prendre 2000 ans" confiait il a un ministre pakistanais, un autre en anglais jouant la paix des humanistes destiné aux idiots utiles occidentaux.
Son comportement "modèle" dans l'affaire du Karin A en est un exemple parmi d'autres.
2) Qui dit que le roi de Jordanie est intéressé à la création d'un Etat palestinien armé à ses frontiéres sachant qu'Israel aura la tache plus difficile de le défendre en cas de tentative de renversement notamment par ces memes palestiniens dont il se méfie comme la peste. Septembre noir semble bien vite oublié par les bonnes ames !
3) "Amélioration de la cooperation sécuritaire en libérant la fourniture d'armes à l'Autorité palestinienne"!! Le principe en serait risible s'il n'avait pas des conséquences dramatiques pour les citoyens israeliens qui ont subi des attaques terroristes inouies coutant 1000 morts et des milliers d'estropiés à vie aprés le réarmement palestinien ayant suivi les accords d'Oslo. Evènements également vite oubliés par les bonnes ames soutenant le 'processus".
Gageons que la mise en application de ce principe idéal sur le papier ne serait pas sans poser de graves problèmes securitaires eu égard la proximité des grandes villes israeliennes avec la nouvelle frontière ou nouvelle ligne de retrait de l'armée Israelienne créant un nouveau Gaza.
4)Justement parlons de Gaza non evoqué ni dans le fameux plan, ni dans votre article. Faudra t'il fonder un autre Etat palestinien sous le controle du Hamas? Ainsi il y'aurait un etat palestinien Hamas, un Etat palestinien en judée samarie(Cis jordanie pour les antinationalistes) sans parler de l'Etat palestinien possible à venir alors en Jordanie. Trois états palestiniens, ça fait beaucoup pour au moins deux d'enre eux n'ayant d'autre but que de détruire Israel usant de toutes les alliances et ruses possibles.
5) Beaucoup reste à dire notamment sur Jerusalem "à partager" (le diable se cache dans les details!!)et sur l'instabilité de la région pour ne pas courrir de tels risques surtout lorsque l'on se trouve en position de force,les autres n'ayant que des concessions rhétoriques à faire sans renoncer à l'Islam comme instrument de guerre perpétuel.
6) Sur le plan intérieur pourquoi Natanyahou fin manipulateur serait il idiot au point de mettre en danger son poste et son parti dont les électeurs de droite ont rejeté catégoriquement massivement le camp de gauche d'Herzog precisément pour ne pas voir se réaliser ce plan imaginé par les idéologues Kerry et Obama, les fameuses "garanties" n'existant que dans le cadre des intérets égoistes des Etats?
En conclusion, radicalement différente de la votre je dirai que Natanyahou a bien fait de ne pas choisir le chemin du faux compromis basé sur le plan Saoudien préférant le moment venu s'engager avec un autre président US dans une toute autre voie dans un plan régional excluant les palestiniens qui le méritent et qui doivent etre les grands perdants de ce conflit.

maryse a dit…

La Paix, quel mot emblématique de la sérénité, de la prospérité, bref du bonheur ! Mais avec qui faire justement Cette paix conditionnée par un nombre infini de conditions presque (je dis bien presque) impossible quand on demande à une démocratie de "négocier" avec un front armé d'une idéologie fanatique extrême, n'ayant, sous le couvercle de sa marmite qu'un pervers dessein celui de détruire l'unique obstacle et d'envahir le reste du monde ! Nous sommes à des années lumière de signer un utopique accord de paix avec l'islam d'abord car Israël ce pays confetti fait face non pas à 1 ou 2 pays musulmans mais à l'entité islamiste qui représente + de deux milliards d'individus sur terre qui ne signeront JAMAIS pour partager une terre qu'ils veulent "purifier" de toute présence juive et qu'ils ont faite leur indubitablement ! Non, hélas une guerre mondiale sera inévitable.