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lundi 13 février 2017

LE PEN : nationalisme et bi-nationalité



LE PEN : NATIONALISME ET BI-NATIONALITÉ

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps 

       
Lea Salame, David Pujadas et Marine le Pen 

          Marine le Pen ne serait jamais entrée dans la brèche ouverte par les socialistes s’ils n’avaient pas décidé de porter la question de la déchéance de nationalité au sein du Parlement. En songeant surtout aux Magrébins, elle s’est prise le pied dans le tapis en soulevant la question générale de la bi-nationalité, sans se rendre compte que certains Juifs français possèdent, à une forte minorité, la double nationalité franco-israélienne. Elle n’a pas mesuré le trouble qui pouvait s’emparer de la communauté juive dont plusieurs de ses membres avaient adoubé son idéologie nationaliste. Le virage à l’extrême-droite de Juifs français, pour des raisons purement anti-islamistes, voire anti-arabes, risque de stopper net après cette déclaration intempestive.




            La culture française est ancrée dans les gènes des Juifs français et personne ne pourra enlever à ceux qui ont choisi de vivre à l’étranger, en Israël, aux États-Unis ou au Canada, l’attachement viscéral à leur pays d’origine. On ne peut pas effacer d’un coup de décret cette réalité.  Il est vrai que le développement du communautarisme entraîne un délitement du sentiment national et que la bi-nationalité pose la question de la nation et de ses fondements.  Il ne faut donc pas s’étonner de la prise de position de Marine Le Pen parce qu’elle reflète en ligne droite ses motivations populistes et politiciennes tendant à créer un clivage entre Européens et autres étrangers, pour ne pas dire entre Européens et musulmans.  Elle veut susciter un sursaut républicain face au défi identitaire et sécuritaire imposé par l’islam radical.
            Il est fort probable que Marine Le Pen se soit fourvoyée en incluant les Juifs dans son raisonnement. Depuis plusieurs mois, elle les brosse dans le sens du poil dans sa volonté de dédiabolisation de son parti. En attirant les Juifs au FN, elle donne une crédibilité à son parti qui ne peut plus souffrir d’antisémitisme. Il obtient ainsi son passeport démocratique et son attestation de parti comme les autres. 
          Sa préparation au débat n’a pas été jusqu’à cette question de Léa Salamé qui a soulevé, peut-être inconsciemment, un lièvre. Avec l’intention de vouloir expulser les binationaux djihadistes, elle a exprimé un désaveu public à tous ceux qui possèdent deux nationalités à la fois, souvent par obligation, parfois par conviction. Il est vrai que cette question touche près de 5 millions de Français selon l’Ined mais que les Juifs israéliens n’interviennent que pour 100.000 citoyens au maximum.
Claude Goasguen dans les couloirs de l'assemblée

            La même confusion avait été constatée lorsque le pro-israélien et chantre de l’amitié avec Israël, le député Claude Goasguen, pensait pouvoir se faire mousser en déposant un projet de loi limitant les droits des binationaux. Il avait proposé qu’un fichier registre des binationaux soit établi et qu’une limitation des droits politiques de ces personnes fasse l’objet d’une loi. Il refusait qu’un citoyen puisse voter à la fois en France et dans un autre pays.
        Mais le député, dans sa lancée, n’avait pas réfléchi aux conséquences sur les franco-israéliens, ses amis pourvoyeurs d’électeurs. Il visait en fait les Magrébins et les Africains. Il a dû vite faire un rétropédalage car le problème de la bi-nationalité concernait aussi les Européens, les Canadiens, les Libanais et les Israéliens, en grand nombre dans sa circonscription. À l’époque, les remous de sa proposition ne s'étaient pas propagés. Il les a vite neutralisés en se promenant dans les couloirs de l’Assemblée avec une kippa sur la tête pour faire amende honorable.
            Parce que Marine Le Pen visait la bi-nationalité issue de la politique coloniale de l’État français, elle a transformé les binationaux en otages de surenchères nationalistes ou d’instrumentalisations politiques à usage interne et externe. Elle n’ignore pas cependant qu’une bonne partie des institutions juives françaises est plutôt proche de la droite, voire de l’extrême-droite et que certains en Israël lui apportent officiellement un soutien appuyé dans le cadre de la défense d'un sionisme dur.
Louis Aliot et Gilbert Collard 

            Ce qui était impensable pendant des années vient de se réaliser il y a quelques jours. Le Front National en rêvait, la Confédération des Juifs de France et des amis d’Israël (CJFAI) a donné son coup de pouce. Le 8 février, Louis Aliot et Gilbert Collard étaient reçus pour un petit-déjeuner dans un restaurant à proximité de l’Assemblée nationale, par ceux qui «se félicitent de provoquer, par ce rendez-vous, une rupture avec un tabou dans la communauté juive de France».

            On sent que l’objectif final de Marine le Pen est d’exclure les binationaux des mandats électifs ou des postes à haute responsabilité engageant la souveraineté de l’État pour éviter un conflit d’allégeance entre deux États. Thierry Mariani, député LR, avait évoqué les risques de conflits d’intérêts : «Lorsqu'on est un élu national, la moindre des choses, me semble-t-il, est de n'avoir qu'une seule nationalité». Par ailleurs, l’attaque frontale du député Jean Glavany, lors d’un débat télévisé, contre le député des Français de l’étranger Meyer Habib, accusé d’être le représentant à l’Assemblée nationale du Likoud israélien donne la mesure de ce type d’accusation.  Il est vrai aussi que Meyer Habib en fait un peu trop et que ses questions orales à l’Assemblée nationale sont ambiguës en ce qui concerne son propre positionnement.

            Les nationalistes estiment que les binationaux ne sont pas assez loyaux. Il n’est pas nouveau que les binationaux franco-israéliens soient cloués au pilori, accusés d’être sionistes avant d’être français. Le doute subsiste sur la sincérité de leur attachement à leur État d’origine. Certains vont jusqu’à les qualifier de traîtres en détournant leur propos sur leur mainmise sur l’économie du pays.  Le FN va probablement adoucir son projet contre les binationaux et il va accuser la presse de malentendu ou de déformation des propos de Marine Le Pen. Mais le doute s’est emparé des électeurs juifs et surtout de ceux qui n’avaient plus de complexe à voter pour une extrême-droite qui veut faire croire qu’elle a changé vis-à-vis des Juifs.

8 commentaires:

Michel LUSSAN a dit…

Provocation de Léa Salamé face à M.LePen sur le plateau de France 2 (TV de service public) ce jeudi 9 février 2017 : tout à coup ,hors propos elle cite Israël et organise malicieusement la confusion et le trouble entre être juif Français dans l'Hexagone et la double nationalité minoritaire de certains franco-israéliens . Infâmie de la suspicion de double allégeance des juifs de l'Hexagone Pourquoi ?

邓大平 עמנואל דובשק Emmanuel Doubchak a dit…

Parce que la question se pose effectivement, et qu'elle est inscrite dans la logique FN. Les Juifs feraient bien d'en être conscients, ainsi que des dangers que constitue ce parti encore très antisémite dans ses rouages et cadres, pour les droits des Juifs de France et de Navarre. On sait ce qu'ils promettent, on peut imaginer ce qu'ils vont vraiment faire et quelles stratégies médiatiques ils utiliseront pour noyer le poisson et faire couler le Gefilte Fish ou la Khraïme dans la Méditerranée avec "la racaille" comme le promettait mon voisin en 89 avec les maghrébins....

Marianne ARNAUD a dit…

her monsieur Benillouche,

Espérons pour nos chers media - qui se sont tant discrédités dans cette campagne - qu'il ne sera plus, consciemment ou inconsciemment, soulevé trop de lièvres, ni que madame Le Pen ne se prendra plus les pieds dans trop de tapis, afin de ne pas chambouler le second tour, au point d'y voir Macron opposé à Fillon, alors que, rappelons-le, Macron - le chouchou des media - est censé affronter et triompher de l'ennemie publique N°1 de la droite et de la gauche, Marine Le Pen.

Très cordialement.

Selma BENHAMOU a dit…

Les discours de Marine Le Pen sont populistes, elle a été claire en disant que la France est de racine chrétienne, je trouve assez étrange que des arabes, des juifs et des noirs la soutiennent,j'ai l’impression que les gens ont la mémoire courte. c'est un parti qui aime les blonds chrétiens et de préférence riches avec des origines nobles, ils sont aussi nostalgiques du passé colonial. En ce moment elle est en phase de séduction politique et tous les coups sont permis pour faire tomber les crédules dans son filet .

andre a dit…

IL n'y a pas de virage à l'extrême droite de la communauté Juive en France. IL y a l'effondrement de la gauche française sociale- démocrate marqué par le renoncement de Hollande et la défaite de Valls. Les discours de Marine Le Pen sont écoutés et parfois approuvés sur un petit nombre de thèmes mais je n'ai personnellement jamais entendu un membre de la communauté dire qu'il va voter FN .
La question de Lea Salamé sur la double nationalité des Juifs français est la preuve de son ignorance (ou de sa haine ) .Le cauchemar des Juifs en France à la veille des élections : se trouver obligés de choisir entre Le Pen ou Hamon.
Et j'ai entendu cette réponse : " j'hésite..."
" El Al ou American Airlines ?"

Véronique Allouche a dit…


Le mérite de Léa Salamé a été de dévoiler Marine Le Pen au grand jour. Je ne sais pas si elle s'est prise les pieds dans le tapis ou au contraire, si mettre les juifs et les musulmans dans son même combat n'aura pas contribué à renforcer sa théorie de l'éviction de "l'étranger", si chère à ses électeurs.
Bien cordialement

דוב קרבי dov kravi a dit…

Il est en effet effarant que des juifs votent pour le Front National, comme en témoignent certains commentaires à la suite d'articles sur ce sujet.
Espérons que la bourde de La Pen leur fasse ouvrir les yeux.

Bernard MEYER a dit…

@ Dov Kravi
"Il est en effet effarant que des juifs votent pour le Front National" mais quand vous habitez ces zones de non-droit et que faute de moyens financiers vous ne pouvez quitter ces banlieues dites difficiles Il ne vous reste plus que l'espoir de voir quelqu'un faire le ménage, compte tenu de la défaillance des partis républicains.
Bernard Meyer