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jeudi 16 février 2017

Avec Sinwar, le choix du Hamas entre extrémisme ou réalisme



AVEC SINWAR, LE CHOIX DU HAMAS ENTRE EXTRÉMISME OU  RÉALISME

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            

Haniyeh et Sinwar

              Le Hamas vient de désigner Yahya Sinwar pour remplacer Ismaël Haniyeh. Il est trop tôt pour évaluer les conséquences d'une telle décision sur la situation globale dans la région et sur les relations avec IsraëlCette élection fait suite à la décision de Haniyeh de prendre la place de Khaled Mechaal comme chef du bureau politique du Hamas. Yahya Sinwar, 54 ans, est une grosse pointure dans le mouvement palestinien. Né dans le camp de réfugiés de Khan Younes, au sud de la bande de Gaza, il a fait des études universitaires à l’Université islamique où il a obtenu une maîtrise en littérature arabe.   

       


          Il a milité chez les Frères musulmans dès son plus jeune âge et il a été à l’origine de la création de la branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam. Son CV est éloquent. Il a été condamné à la prison à vie en 1989 pour terrorisme, attaque et enlèvement de citoyens israéliens, et a passé 22 ans enfermé en Israël. Il a été libéré en 2011 dans le cadre de l’échange de prisonniers pour le soldat Gilad Shalit. C’est un dur mais le contact physique avec les Israéliens pendant autant d’années a dû émousser sa volonté de confrontation systématique. Il fut l’un des plus proches collaborateurs du Sheikh Ahmed Yassine, le fondateur du Hamas, dont l’élimination par Israël pourrait le faire réfléchir.

Sheikh Ahmed Yassine

          Sa nomination coïncide avec une poussée de fièvre à la frontière israélienne qui n’a rien d’originale Il s'agit de tirs de roquettes depuis la bande de Gaza suivis de représailles sur des cibles du Hamas. Il semble cependant que ces tirs soient attribués à des groupes salafistes opposés au Hamas. L'élection de Sinwar, qui met un terme à la une lutte interne de longue date au sein du Hamas entre les ailes armées et politiques, a résolu le conflit géographique entre ceux qui vivent sur place et ceux qui vivent à l’étranger, à l’instar de Khaled Mechaal.
         Depuis sa libération en 2011, Sinwar n’est pas resté inactif puisqu’il a consolidé sa puissance au sein de l'aile militaire secrète. Il est même soupçonné d'avoir ordonné l'exécution d'un grand rival l'année dernière selon les responsables sécuritaires israéliens. En effet, il serait à l’origine de l’exécution, le 7 février 2016, de Mahmoud Echtaoui, condamné à mort par une cour martiale pour avoir violé les règles et l’éthique du groupe, sous-entendu pour espionnage au profit d’Israël, une fausse accusation. L’homme concerné était un haut responsable de la branche armée du Hamas. Proche du chef militaire du Hamas Mohammed Deif, il était en charge des constructions de tunnels à Gaza, un enjeu majeur pour le Hamas qui veut reconstituer cette infrastructure souterraine dans l’enclave. 

          Le mouvement islamiste cherche à montrer son attachement à la construction des tunnels en exécutant celui qui a osé livrer des informations sur cet outil stratégique. Ce fut une constante depuis sa libération ; Sinwar a fait assassiner des «collaborateurs» présumés qui lui faisaient de l’ombre. Il est même accusé d’avoir noué un pacte avec les forces Daesh dans le nord du Sinaï. Certains observateurs pensent qu’il fera régner l’ordre à Gaza par la menace et la peur.
            Sinwar avait blâmé les responsables du Hamas pour de ne pas avoir tiré profit de la guerre de Gaza 2014, qui s’est soldée par une destruction généralisée, une impasse relative et une aggravation de la crise économique et sociale. Il avait fondé la Majd (Munazzamat al Jihad w'al-Dawa) un service sécuritaire qui identifie les «collaborateurs» palestiniens travaillant pour Israël, dont certains ont été éliminés. Sa personnalité est à l’opposé de celle de Khaled Mechaal qui aime le luxe, l’argent, la belle vie et les media. Il se distingue de lui par une vie modeste et pour sa volonté d’anonymat. Ascétique et très discipliné, il se montre imperturbable face à la violence. Intransigeant, il a torpillé les récents pourparlers pour un échange de prisonniers et des restes de soldats israéliens.

            Les services sécuritaires israéliens, qui l’ont côtoyé pendant des dizaines d’années en prison, ont pu tracer un portait précis à travers Yaron Blum, qui occupe un rang élevé au Shin-Beth : «Il est charismatique, il n’est pas corrompu, il est modeste et il prône l'action. Il fera tout pour maximiser et tirer le meilleur des corps des soldats israéliens Oron Shaoul et Hadar Goldin, du captif israélien Avraham Aberra Mengistu et des Bédouins détenus par le Hamas. Il fera tout son possible pour mener des attaques terroristes». Homme de terrain, Sinwar est opposé à tout compromis à l’égard de l’Autorité palestinienne et d’Israël.
            Il a toujours été obsédé par la sécurité, ce qui en fait un homme d’expérience mais surtout un homme mystérieux que seuls ont réussi à percer ceux qui l’ont côtoyé dans la prison israélienne. D’ailleurs il avait montré une forte ténacité face à l’administration après avoir fomenté des révoltes de prisonniers qui l’ont conduit à l’isolement forcé. Mais il a cependant acquis un certain respect de la part des Israéliens qui ont reconnu sa position de leader. Sur le plan politique c’est un homme d’ouverture aux diverses factions et aux forces politiques palestiniennes, capable d’une analyse politique très pointue. Il affiche un large éventail de culture en raison de sa passion pour la langue arabe qu’il maîtrise totalement au point d’ailleurs d’écrire des poèmes.
            Dès qu’il a été libéré de prison en 2011, il a retrouvé sa réputation de grand chef militaire. D’ailleurs il s’était distingué pendant la guerre de 2014 en supervisant les opérations militaires. Le Hamas retrouve un dirigeant charismatique à poigne qui n’entrevoit la victoire qu’à travers la fin de l’occupation, vaste programme. Mais Sinwar a l’avantage de comprendre le langage politique tout autant que le langage militaire grâce à sa forte connaissance des enjeux sécuritaires. Cela lui permettra de comprendre les préoccupations sécuritaires de l’Égypte avec qui il pourra trouver des solutions face à une situation bloquée.
            Israël sait qu’il fait face à un militant très déterminé qui avait montré son intransigeance en refusant d’être élargi tant que tous les prisonniers condamnés à vie n’étaient pas libérés avec lui. Son charisme lui permettra certainement d’organiser la réconciliation et le dialogue avec l’Autorité palestinienne qui craint pour sa survie en tant qu’entité. Il bénéficie surtout de l’imprimatur de la Turquie qui, par la voix de son ambassadeur auprès de Mahmoud Abbas, a cautionné sa nomination. Erdogan a toujours été le parrain de Gaza.

            Certains Israéliens pensent qu’avec lui, la frontière avec Gaza risque de s’enflammer. Le prochain round militaire réduirait Gaza à l'état de cendres si Yahya Sinwar se lançait dans l'aventure et pour cette raison rien ne laisse présager une reprise du conflit. Ce n’est plus si certain. Sa prise de pouvoir pourrait soit le radicaliser, soit le pousser à plus de pragmatisme pour améliorer les conditions de vie de la population de Gaza qui attend beaucoup de lui. Il existe dans le monde plusieurs cas de grands terroristes qui se sont rangés au contact de la réalité du pouvoir politique. Certes, il rejette toute réconciliation avec Israël mais il s’agit d’une position ancrée dans ses gênes depuis son plus jeune âge mais elle peut subir l’usure du temps. Seul un homme fort peut convaincre son peuple qu'il est dans l'erreur et qu'il n'a aucune chance d'éradiquer l'Etat juif.

          Par ailleurs, l’histoire de ses prédécesseurs a dû le convaincre qu’il n’avait pas intérêt à exploiter l’arme de l’activisme terroriste avec Israël sans mettre en danger sa propre vie. En revanche ses contacts avec Israël, facilités par sa connaissance de la langue hébraïque, pourraient faire de lui un dirigeant palestinien avec qui on peut négocier. Il envisage déjà de renouer les liens du Hamas avec l’Égypte pour obtenir la fin du blocus de Rafah. Israël attend et observe.


2 commentaires:

Georges KABI a dit…

Les dirigeants palestiniens, particulierement ceux qui sont passes par la case "prison" ont bien appris nos habitudes et comportements. Il est dommage que le reste de la population soit reste fige en 1948.

Philippe BLIAH a dit…

Sin war, ca veut pas dire "péché de guerre"? On parlera de choix concernant le Hamas lorqu'il procedera a l'abolition des articles de sa charte visant a detruire Israel .