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dimanche 9 octobre 2016

Marine au deuxième tour : mission accomplie




MARINE AU DEUXIÈME TOUR : MISSION ACCOMPLIE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps 


           


          Les sondages sont unanimes pour donner Marine le Pen présente au second tour de la présidentielle 2017. La normalisation du FN est en marche après la phase de dédiabolisation. Ce n’est pas une surprise. Lors de la première interview enregistrée donnée en 2006 à un journaliste israélien, elle n’était alors que la fille du leader, et pourtant elle avait déjà tout planifié dans les moindres détails, au point d’impressionner par sa détermination à parvenir au sommet politique. Bien sûr, il était facile à l'époque d’être sceptique face aux prétentions d’une néophyte en politique quand on a un monstre médiatique de père.



          À cette époque déjà, elle m’avait annoncé qu’elle voulait se forger une image plus acceptable en éliminant les scories d’un parti qui ne vivait qu’à travers le ressentiment antisémite ou les souvenirs de victoires ratées du temps des pétainistes, des anti gaullistes et des mutins fascistes de l’OAS. Mais elle avait compris qu’elle ne devait en aucun cas brusquer les évènements contre le fondateur du parti, comme l’avait fait Bruno Mégret trop pressé à devenir calife à la place du calife, trop pressé d'agir plus efficacement pour ses idées nationalistes. Ses théories étaient pourtant proches des idées actuelles de Marine, certes un peu en avance sur l’horloge du FN, mais il n’avait pas eu la manière. Mégret ne voulait plus cantonner son parti à un rôle de contestation mais au contraire le transformer en «parti de gouvernement». Il devait pour cela acquérir une respectabilité pour contracter des alliances avec la droite parlementaire. Sa stratégie impliquait un discours en décalage par rapport à celui de Jean-Marie Le Pen dont l'orthodoxie frontiste consistait à multiplier les déclarations politiquement incorrectes.
Bruno Mégret
          Marine avait suivi la même trajectoire mais en y mettant les formes, pas à pas, sans brusquer les étapes, en ménageant César pour ne pas être Brutus. Elle m’avait tout dit en 2006 d’une démarche qui donnait l’impression d’être celle d’une illuminée, voire d’une rêveuse. Elle avait immédiatement compris qu’il n’y avait aucun piège dans notre rencontre. Alors face au micro, elle n’a jamais eu peur d’en dire trop car elle estimait que le temps était venu de sortir de l’ombre et il lui arrivait même, en OFF, d’égratigner Jean-Marie, comptant sur la discrétion du journaliste juif. Elle avait confirmé avec force son objectif de ne plus être la pestiférée des milieux politiques et d’effacer les références à un père maladroit dans sa dialectique et dans sa stratégie. D’ailleurs pour sa campagne actuelle, son prénom suffit, «Marine 2017», pour bien marquer que la page de son père était tournée et pour prouver qu’elle avait acquis son émancipation.

         Neuf années plus tard en août 2015, après avoir pris le risque d’exposer à un étranger son programme politique, elle avait jugé que le temps était venu de «tuer politiquement» le patriarche qui bloquait son ascension politique. Jean-Marie Le Pen était exclu du parti qui lui avait reproché ses propos sur les chambres à gaz et sur le «point de détail de l'histoire de la Seconde guerre mondiale». Beaucoup ont songé à une mise en scène dans cette mise à mort. Cependant, cela lui a permis d’entamer sa campagne de dédiabolisation en occupant les médias de manière méthodique avec à chaque fois un succès d’audience.
Florian Philippot
          Le coup de poker réussi fut sans aucun doute l’embauche d’une tête bien pleine à ses côtés, Florian Philippot, en provenance directe du souverainiste de gauche, Jean-Pierre Chevènement. Ce nouveau recruté, expérimenté et énarque, savait déjà jouer avec les médias et il le montra en étant l’homme politique le plus invité sur les plateaux de télévision en 2015. Il a réussi à modeler une image plus lisse du parti et de son nouveau leader, Marine, qui s’était distinguée de la «bande» qui entourait son père. Les crânes rasés et les tatoués, symboles de l’extrême-droite, avaient été écartés.
Le candidat FN Jean-Baptiste Cordier pose avec ses amis néonazis.

          Ce nouveau numéro 2 réorganisa le parti en interdisant les saillies racistes sous peine d’exclusion et en formant les nouveaux élus dans le cadre de séminaires de politique et de gestion pour ne pas qu’ils soient seulement un nom sur une liste. Florian Philippot voulait transformer le FN en un parti démocrate. Mais cela ne l’empêcha pas de fustiger les partis traditionnels de droite, trop européistes et trop atlantistes à son goût. De leur côté, les militants étaient revigorés et ravis d’avoir affaire à de jeunes cadres motivés. Cela mis fin au déclin du parti qui s’était écarté de la modernité.
          Bien sûr le FN surfe sur un contexte social et sécuritaire qui a fait son lit. Le chômage n’est pas éradiqué en France ; les attentats et les menaces d’attentats polluent les esprits. Alors les nouveaux militants adhèrent en masse croyant au Paradis qui leur est proposé. L’illusion d’un monde meilleur est totale mais les résultats sont là. De 42.000 militants en 1998, le chiffre était tombé à 12.000 au départ de Bruno Mégret. Mais en juillet 2015, 51.000 membres rajeunis et féminisés ont pris leur carte ; chose nouvelle pour ce parti macho, les femmes sont venues en masse.
          Philippot avait compris qu’il devait ratisser les campagnes isolées et abandonnées des pouvoirs publics pour s’ouvrir à électorat nouveau. Malgré la baisse d’électeurs dans les zones rurales qui se désertifient et qui craignent la contagion des problèmes sécuritaires, il a fini par y prendre racine. Ces zones souffrent en effet de la diminution des services et des commerces de proximité qu’elles imputent à la nouvelle gouvernance. Alors le parti a enregistré l’arrivée de nouveaux adhérents issus de la fonction publique d’État et hospitalière, là où les moyens financiers manquent le plus.

          Et pourtant le parti a idéologiquement peu changé, orientant sa politique vers un populisme désuet, un anti islamisme de circonstance et un souverainisme intégral. Il estime être le seul à défendre les valeurs de liberté européenne ; pour lui, le totalitarisme est du côté de l’islam. Agissant tout azimut, il a pris pour cheval de bataille la défense des femmes, des gays et des ouvriers. La réussite fut totale car, en ratissant large, le FN est devenu le premier parti ouvrier de France. Enfin, comble de l’Histoire, le général de Gaulle, le dirigeant le plus combattu par les nostalgiques de l’Algérie Française constituant la base électorale du FN, est devenu la référence de l’artisan de la dédiabolisation. Le parti était devenu idéologiquement un parti fourre-tout.
   
      

          D’ailleurs, Marine Le Pen a fait le 3 septembre 2016 sa rentrée à Brachay, en Haute-Marne, pour diffuser sa voix en vue de la présidentielle. Mais comme elle aime les symboles, elle a pris la parole depuis la place centrale de ce petit village, non loin de Colombey-les-deux-Eglises, village du général de Gaulle, un clin d’œil aux Gaullistes. 
          Le FN, comme tous les partis qui connaissent le succès, subit les clivages dus aux ambitions personnelles. Marine doit arbitrer les deux courants forts qui se sont constitués. Les dissensions s’affichent ouvertement alors qu’elles étaient muselées sous le règne du père. Ainsi Marion Maréchal Le Pen se distingue de l’idéologie de Philippot car elle défend un catholicisme traditionaliste, le libéralisme économique, l’union de toutes les droites, et le maintien dans la zone euro. Ce positionnement de la jeune dirigeante ne cadre pas, paradoxalement, avec l’image moderne et républicaine que veut donner Marine le Pen qui défend avec force le «frexit», son principal thème de campagne.
Marine et Marion


          Face à ce camp, Philippot a choisi le «ni gauche ni droite» avec une idéologie libérale sur les questions de société et protectionniste quand il s’agit d’économie. Marine gère avec adresse ces deux clans qui animent son parti et autour desquels elle peut se balancer. Elle imposera certainement la synthèse lors de l’élection présidentielle. 
         Mais il faut se rendre à l’évidence que le parti n’a pas changé en profondeur et que le nouveau FN est un mythe car le parti maintient son même programme politique, certes édulcoré, sa même base de militants, ses mêmes réseaux et son même électorat habituel raciste et xénophobe. La sécurité et la haine de l’immigré restent son fonds de commerce. Le changement est purement dialectique et rhétorique. Le FN ne parle plus de race mais de culture, plus d’inégalité raciale mais de préservation des particularismes, plus de rejet de l’autre mais d’identité. Il a même investi des valeurs d’ordinaire rejetées par l’extrême-droite traditionnelle comme la laïcité, la défense des femmes et des minorités sexuelles. Il joue sur les mots en ne se prononcant pas contre l’islam, mais contre l’islamisme et reste persuadé que les racistes sont les fondamentalistes musulmans et les immigrés.
          Un point fondamental n’a pas changé, malgré les apparences. En rejetant toutes les minorités, le FN rejette les Juifs aussi bien que les Roms et les Noirs. La seule différence est qu’à présent les Juifs ne viennent plus en tête. Certes Marine le Pen a tout fait pour éliminer l’antisémitisme au sein des discours de son parti mais toutes les études démontrent que les sympathisants du FN se déclarent en majorité antisémites.
Roger Cukierman

          Elle a réussi à enfermer dans son piège l’ancien président du CRIF, Roger Cukierman, qui avait déclaré au dîner annuel, qu’il distinguait le parti «pas fréquentable» de sa dirigeante Marine Le Pen, qualifiée «d’irréprochable». De nombreux Juifs y ont trouvé ainsi un justificatif à leur adhésion au FN. Devant les réactions hostiles, Cukierman a dû rectifier le tir en se prononçant sur l'attrait du Front national sur les électeurs juifs : «c'est extrêmement minoritaire. Je crois que nous sommes tous conscients dans le monde juif que, derrière Marine Le Pen, qui est irréprochable personnellement, il y a tous les négationnistes, tous les vichystes, tous les pétainistes, et donc, pour nous, le Front national est un parti à éviter». Mais le mal était fait et cette maladresse, calculée ou pas, a ouvert le parti à la communauté juive.
          Des Juifs et des électeurs franco-israéliens ont été nombreux à rejoindre le FN dès lors que le parti combattait, comme Israël, l’islamisme. De ce point de vue, au moins, on peut dire que Marine le Pen a réussi sa mission de dédiaboliser son parti pour le rendre fréquentable et pour donner à son leader une crédibilité que le père n’avait jamais eue. Le verrou de l’antisémitisme était le seul qui freinait la respectabilité de Marine. Dès qu’il saute, elle devient démocrate et donc éligible au poste suprême.

          Certaine d’être au second tour, Marine Le Pen devra neutraliser les réticences de ceux des Français qui ne sont pas encore prêts à lui confier les clefs de la France. Tout dépend de celui qu’elle aura en face d’elle. S’il s’agit d’un dirigeant démonétisé, qui a calqué ses idées sur les siennes, alors beaucoup préfèreront l’original à la copie et voteront Le Pen. Nul n’est à l’abri d’un coup de folie irrésistible.

8 commentaires:

andre a dit…

Marine Le Pen a maquillé le visage de son parti qui reste un parti populiste d'extrême droite.
Nicolas Sarkozy pense que le l'élection présidentielle se jouera sur l'identité nationale et il estime avoir le droit de crier au feu devant une maison qui brûle . Il y a un original et il n'y a pas de copie !

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Et "parmi ceux des Français qui ne sont pas encore prêts à lui confier les clés de la France", il y a le monde de la presse qui, dans son ensemble, est toute acquise aux idées de la gauche et considère, à l'instar de Manuel Valls, que Marine Le Pen est son "pire ennemi".
En effet, un sondage Haris Interactive pour le media Atlantico révélait qu'au premier tour de l'élection présidentielle de 2012, 39% des journalistes reconnaissaient avoir voté pour Hollande, 19% pour Mélenchon et 18% pour Sarkozy. Au second tour, ce sont 74% des journalistes qui disaient avoir voté pour Hollande.
Seuls 3% avaient voté pour Marine Le Pen.
C'est donc, s'il en avait été besoin, ce vous avez brillamment démontré.

Très cordialement.

Aaron a dit…

Alors rester encore le c..l entre deux chaises?

atoilhonneur corto a dit…

Cher Jacques Bennilouche,
Ne vous mettez pas " Martel " en tête, MLP sera sans doute au second tour mais elle ne l emportera pas. Elle fera un score supérieur à son père en 2002, mais elle me gagnera pas car pour gagner, il ne suffit pas de " neutraliser les réticences de ceux des Français qui ne sont pas encore prêts à lui confier les clefs de la France ", il faut avoir les réseaux, les appuis, l'administration, les "cercles " et les médias. Elle n'a rien de tout cela. Alors quelque soit le candidat qu elle aura en face, elle sera battue.

La seule question qui vaille c'est: que fait-on des 30% de Français qui votent FN. On les crucifie ? On les envoie aux barbaresques ? où doit-on les prendre en considération ?

cdlt,
Corto

Jard a dit…

Les Juifs de France sont menacés par la politique d'immigration et de multiculturalisme du PS et de la droite. Déjà, ils se font assassiner ou quittent davantage la France et cela ne cessera de s'aggraver. Je ne sais pas ce que vaut Le Pen mais nous sommes certains que le PS et la droite n'en ont strictement rien à faire des Français juifs.
Marine Le Pen gagnera les élections lorsque le PS et LR auront consciencieusement ravagé la société française. Après tout, nous n'en sommes qu'à 6,3 millions de chômeurs, une paille.

Aaron a dit…

Oui, Jard, mais vous semblez omettre un détail :
Ali Juppé et con-sorts font du lèche-babouches pour attirer le vote de " nos chers amis ".....

Marianne ARNAUD a dit…

A lire les journaux, à écouter les radios, à regarder les chaînes de télévision, les jeux sont faits : c'est Juppé qui sera le prochain Président de la République !

Alors pourquoi s'en faire ? Que chacun - y compris les habituels pêcheurs à la ligne des jours d'élections - se prépare, pour une fois, à mettre dans l'urne le bulletin de son choix, et ainsi se fasse plaisir pendant une demi-journée, puisque quel que soit son choix cela n'aura aucune incidence sur le résultat final.

Vive la République et vive la France !

Aaron a dit…

Et oui, Marianne, la bonne vieille intoxication des merdias !!!