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mardi 4 octobre 2016

Hussein Yazdanpanah : le Kurde qui défie l'Iran



HUSSEIN YAZDANPANAH : LE KURDE QUI DÉFIE L’IRAN

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps 


Les Kurdes ont planifié leur objectif. Les miliciens du groupe PAK (Parti de la liberté du Kurdistan) ont contribué à faire reculer Daesh et à présent, ils rêvent d’une patrie en Iran. PAK se bat pour un grand État du Kurdistan qui unifierait les terres faisant partie actuellement de la Turquie, de l’Iran, de l’Irak et de la Syrie. Ce parti politique kurde, transformé en branche armée basée au Kurdistan iranien et au Kurdistan irakien, se bat pour promouvoir les droits nationaux kurdes au sein d’une république indépendante en Iran. Leur leader, Hussein Yazdanpanah, est une personnalité dont le visage ne passe pas inaperçu car avec sa moustache touffue et sa coiffure, il porte une ressemblance frappante avec Joseph Staline. Certains vont jusqu’à l’accuser de copier les manières et le style de Staline pour marquer les esprits.



Comme lui, il s’affiche en tenue militaire face aux médias. C’est un guerrier redoutable qui a survécu à plusieurs tentatives d'assassinat par des agents iraniens. Les observateurs lui prédisent une grande place dans l’histoire en raison de sa détermination. À partir de septembre 2014, les forces kurdes, appuyées par un soutien aérien, avaient lancé une offensive sur trois fronts contre les djihadistes au nord de la ville de Mossoul, au sud de la ville pétrolière de Kirkūk et contre une ville à la frontière syrienne. Les Peshmergas avaient repris en octobre 2015 une trentaine de petits villages à l'ouest de Kirkūk, la grande ville pétrolière, sans faire de prisonniers car les djihadistes préféraient se faire sauter plutôt que de se rendre.

Depuis, les collines qui surplombent Kirkūk sont sous le contrôle des miliciens du PAK, classés à gauche sur l’échiquier politique. Hussein Yazdanpanah est toujours sur les champs de bataille pour encourager ses troupes et même pour prendre part aux combats.  On le reconnait à sa moustache, à l’insigne orange et blanc de sa formation, à sa radio de combat collée à sa poitrine et à ses bandes de munitions. Son groupe, constitué de centaines de combattants déterminés, a neutralisé Daesh au nord de l’Irak et il ne cache pas que c’est grâce aux Occidentaux.
Avec un conseiller militaire occidental

Il avait affirmé au micro de l’Associated Press que désormais «des instructeurs américains et européens les entraînent». Certaines indiscrétions font état de la présence de «conseillers militaires» israéliens d’origine kurde qui, cependant, ne participent aux combats.  Les Peshmergas ont reçu des armes et des munitions de la part des Occidentaux ce qui a encouragé le PAK à lancer six attaques en Iran durant cette seule année en affrontant les redoutables Gardiens iraniens de la Révolution islamique (IRGC). Yazdanpanah avait révélé que des conseillers américains avaient fourni trois cycles de formation pour ses militants, entre mars et septembre 2015. La formation, qui a eu lieu sur la ligne de front dans la province centrale irakienne de Kirkūk, comprenait «la tactique d'infanterie, le maniement des armes, et la neutralisation des bombes».
En compagnie de ses officiers

Il pense que sa mission en Irak est presque terminée et que l’expérience acquise par ses combattants sur le terrain lui permet d’envisager à présent de tourner ses armes contre l’Iran et surtout contre l’extrémisme islamique. Pour lui : «Daesh s’est acharné à tuer des yézidis, une communauté religieuse kurde, d’une façon qui rappelle ce que l’Iran a fait subir aux Kurdes après la révolution iranienne de 1979. J'étais jeune quand c’est arrivé. Les soldats du régime massacraient des villages entiers au poignard et à la machette. En Iran, nous remplirons notre devoir. C’est Téhéran qui nous a toujours cherchés ; les Iraniens ont tué les nôtres, les ont exécutés, mais ça n’a jamais fait les gros titres d’un seul journal dans le monde. Maintenant, nous n’en sommes plus là : nous avons une armée puissante et très active. Nous promettons au reste du monde que vous pouvez compter sur nous : nous nous mettrons en travers du chemin de ces barbares qui sévissent sur la planète».
Sur le terrain

Les Kurdes iraniens ont un compte à régler avec l’Iran car, après la révolution qu’ils avaient soutenue au départ, ils ont été l’objet de brutalités, voire de massacres, de la part des Iraniens au point de les forcer à s’exiler derrière la frontière. L’influence du PAK était alors négligeable car il ne supervisait que quelques villages perdus dans les montagnes de la frontière irakienne. Ses troupes mal équipées ne pouvaient pas rivaliser avec les Gardiens de la Révolution mais la guerre contre Daesh a été une grande expérience qui a initié les Kurdes aux techniques de la guerre. De son côté, Yazdanpanah apprenait le rôle des alliances politiques et militaires. Les Occidentaux et la Turquie, qui se battent contre le même ennemi ont cependant des objectifs distincts calqués sur leurs intérêts propres.
Yazdanpanah a donc compris que chacun des pays de la coalition faisait une guerre par procuration et qu’après la signature de l’accord nucléaire entre Américains et Iraniens, les États-Unis avaient fait le choix d’un désengagement total de la région faisant des Kurdes les dindons de la farce. Il a donc décidé de prendre l’avenir des Kurdes entre ses mains dès lors que les capacités de ses troupes ont évolué grâce à une participation active à la guerre urbaine et au maniement d’armes complexes. 
À présent le combat continue jusqu’à l’avènement du «Rojhelat», nom donné par les Kurdes à la future patrie kurde. Mais pour cela il faudra affronter un ennemi d’une autre taille, armé jusqu’aux dents, avec le risque de déclencher une guerre régionale avec l’Iran. Sans mésestimer les guerriers de Daesh, ceux de l’Iran sont coriaces avec leur matériel sophistiqué. Cela n’a pas empêché les Peshmergas du PAK d’attaquer le 17 avril 2016 les forces gouvernementales iraniennes pendant la parade annuelle de l'armée, mettant fin au cessez-le-feu : «Nos forces dirigées par Hussein Yazdanpanah ont attaqué l'armée iranienne à Sanandaj et tué deux soldats, blessant quatre qui ont été pris en captivité».
Formation d'un combattant au maniement d'armes avec les yeux bandés

Par ailleurs les Peshmergas kurdes iraniens ont beaucoup aidé le gouvernement régional du Kurdistan en organisant des opérations transfrontalières pour soulager la pression sur leurs amis.  Aujourd’hui le PAK s’est émancipé et échappe à leur contrôle.  Le Gouvernement régional du Kurdistan est en conflit avec Bagdad mais il a besoin aussi de contrer la domination iranienne dans la région. Le PAK contribue justement à l’aider dans ce domaine. Yazdanpanah, est en contact étroit avec le parti au pouvoir, le KDP (Parti démocratique du Kurdistan) et il le fait savoir en étant présent partout dans les médias. Son courage mobilise les esprits car il combat en même temps Daesh, l’Irak et l’Iran. Certes, Yazdanpanah défend la stratégie du KDP mais il reste sceptique sur l’avenir des régions reconquises de Kirkūk et de Mossoul : «Nous, Peshmergas, n’allons pas libérer ces régions pour au final les perdre. Les minorités veulent être protégées par les Peshmergas, et refusent l’autorité des milices chiites ou de l’armée irakienne».
L’Iran sent le danger à ses frontières et accuse les Occidentaux de jouer contre lui en fournissant un entraînement militaire au PAK tandis que les partis d’opposition en Irak trouvent Yazdanpanah trop entreprenant car s’il a respecté les exigences qui lui avaient été imposées, il est de moins en moins contrôlable. Mais c’est un homme de terrain car, durant ces derniers mois il n’a pas quitté sa position à Dibis, dans le district du gouvernorat de Kirkūk, où il reçoit journalistes et hommes politiques.
Yazdanpanah a un compte ancien à régler avec les Iraniens. Il pense que le moment est venu de le solder. En1991, son frère aîné Saïd avait fondé le PAK qu’il avait rejoint avec sa femme dès le début. Le drame a voulu que Saïd soit assassiné par des agents de renseignements iraniens. Il est donc devenu vice-président et automatiquement commandant des troupes. Il ne rêve que d’en découdre avec eux pour venger son frère.


1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Ressemblance avec Staline ou pas, c'est le portrait d'un héros que vous nous brossez !
Car les États-Unis qui ont "fait le choix d'un dégagement total de la région" laissent Yazdanpanah face à ce que d'aucuns n'hésitent plus à appeler un génocide.

Très cordialement.