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lundi 15 février 2016

Israël face à la Syrie, centre de gravité du Moyen-Orient



ISRAËL FACE À LA SYRIE, CENTRE DE GRAVITÉ DU MOYEN-ORIENT

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
        
Munich 2016

          A Munich, la Syrie est devenue le centre de gravité du Moyen-Orient. Les Occidentaux ne pensent pas à une solution politique immédiate mais cette première étape d’une trêve, avec acheminement d’une aide humanitaire, inspire l’optimisme. Même s’il existe un mince espoir, les Occidentaux veulent croire à une conférence internationale qui puisse transformer le compromis de Munich en un véritable cessez-le-feu.



Jabhat Al-Nusra

         Comme toujours, l’Union européenne et l’ONU sont à la traîne et ne peuvent que se raccrocher à toute solution pacifique conçue par la Russie et les États-Unis. Les discussions sont restrictives car elles seront menées sans Daesh et sans les organisations dites «terroristes» mais avec la présence de l’Iran. L'État islamique, Jabhat al-Nusra, affilié à al-Qaïda en Syrie et les Kurdes font partie des organisations écartées. Les Kurdes, soutenus par les Israéliens, sont qualifiés de terroristes par la Turquie qui les exclut de fait de la conférence alors qu’ils mènent un combat courageux, voire solitaire, contre Daesh. La question est posée sur la viabilité d’un tel accord où l’une des parties, les plus impliquées dans le conflit, se trouve écartée sur injonction des Turcs. Mais cette notion très particulière de terrorisme permet la poursuite des bombardements.

            L’habituel optimiste John Kerry ne se fait pourtant aucune «illusion» sur la mise en application d'un plan ambitieux pour la livraison humanitaire rapide de l'aide à sept zones assiégées en Syrie, y compris le territoire tenu par l'État islamique à savoir Deir Ez Zor, Fouah, Kafrayah, les zones de Damas rural, Madaya, Mouadhimiyeh et Kfar Batna.  Certains observateurs justifient le pessimisme car la conférence est hantée par l’esprit de Munich de 1938. John Kerry est devenu réaliste comme s’il avait été échaudé par le conflit israélo-palestinien : «Tout le monde a convenu aujourd'hui de l'urgence de l'accès humanitaire. Et ce que nous avons ici sont des mots sur le papier. Ce que nous devons voir dans les prochains jours sont des actions sur le terrain». Le document a été signé par 17 pays, dont le ministre saoudien des affaires étrangères pour l'opposition syrienne et le haut diplomate iranien Mohammed Javad Zarif au nom du régime Assad.

            Le ministre saoudien des affaires étrangères, Adel ben Ahmed al-Joubeir, avat exposé selon lui le problème : «Nous ne pourrons vaincre l’État islamique sans un changement en Syrie. Le premier éléphant dans la chambre c’est Assad. Pour traiter le mal à la racine, celui du terrorisme, il faudra aussi que l’Irak respecte ses engagements de réformes politiques afin que la population sunnite y trouve son compte». En envisageant d’envoyer des troupes au sol, l’Arabie saoudite indispose la Russie qui a mis en garde contre «un scénario qui entraînerait tout le monde dans la guerre».

            Cet accord entérine le retour en force de la Russie dans la région abandonnée par les Américains. Les Russes ont réussi à imposer en Syrie une coopération militaire avec les États-Unis pour coordonner les actions de leurs aviations. Les Américains prennent en charge les zones à l'est de l'Euphrate tandis que les Russes contrôlent le territoire à l'est de la rivière. Cela revient à dire que l’armée russe supervisera toute la Syrie méridionale, centrale et occidentale, en incluant Damas, Deraa, Homs, Hama, Lattaquié et Alep et que les Américains contrôleront de leur côté la frontière syro-irakienne, les villes kurdes de Hassakeh et Qamishli ainsi que Raqqa capitale de fait de l’État islamique.
Frontière avec la Turquie

            Mais cet accord s’avère bancal et stérile car il ne marque pas la fin des hostilités et pour cause. Les Turcs n’ont pas participé aux délibérations de Munich et pour marquer leur mauvaise humeur, ils maintiennent fermée la frontière turco-syrienne. Par ailleurs la Turquie a pris la liberté de lancer des actions militaires en Syrie contre les troupes kurdes du PYD (parti d’action démocratique), l’antenne syrienne du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) qui lutte pour la création d’un État kurde indépendant en Turquie. Ces miliciens combattent Daesh avec un certain succès, tout en ayant conclu un pacte de non-agression avec Bachar Al-Assad. Cela explique leur absence à Munich. Les Américains, par intérêt égoïste, refusent de soutenir financièrement et militairement les Kurdes qui se trouvent ainsi  seuls face à l’Iran, à la Turquie et à certains pays arabes. Il est un fait que Barack Obama a entériné son choix en optant pour le camp turc, membre de l’Otan.
Alep

            Mais la nouvelle stratégie russe ne laisse pas d’étonner car elle ressemble à un nettoyage ethnique déguisé. Les forces russes, aidées par l’Iran et son vassal le Hezbollah, poussent les rebelles au régime syrien à fuir vers les pays voisins et vers l’Europe en particulier. Ils y parviennent en ciblant, avec leurs avions, les bases rebelles, au début au coup par coup et ensuite de manière massive car leur objectif reste de défendre leurs intérêts stratégiques dans le pays et en particulier les villes portuaires de Lattaquié et de Tartous qui abritent les principales installations militaires russes en Syrie. Les généraux russes qui ont testé leurs méthodes en Afghanistan et en Tchétchénie les appliquent à présent en Syrie sans mettre de gants et sans se soucier de l’opinion internationale. Le seul moyen de briser les rebelles consiste pour eux à faire fuir les populations vers la Turquie, la Jordanie, le Liban et l’Europe en lançant une campagne de bombardements massifs et aveugles sur les villes et sur les civils avec coupure des routes d’approvisionnement. 
Golan

            Israël suit de près les événements sans hésiter cependant à frapper les convois d’armement en direction des bases de Hezbollah au Liban. Il conforte son attitude de neutralité vis-à-vis du régime de Bachar Al Assad. En effet, il ne voit pas d’intérêt à s’immiscer dans un conflit où il n’était pas partie prenante. Depuis 1973, aucune balle n’a été tirée à travers la frontière du Golan et les quelques escarmouches, qui ont eu lieu récemment, ne concernent pas l’armée régulière mais des éléments incontrôlés. De leur côté, les Syriens ne cherchent pas à se mesurer à nouveau avec Tsahal car ils n’en tireraient aucun profit.
Roi Abdallah de Jordanie et Yaalon

            Israël organise cependant sa défense avec la collaboration de ses voisins immédiats soumis à la menace de Daesh. C’est dans cet esprit que le ministre de la défense Yaalon a rencontré le roi Abdallah de Jordanie à Munich pour évoquer avec lui les résultats de la conférence.  C’est la première fois qu’une réunion secrète est dévoilée par les autorités israéliennes mais elle répond aux préoccupations soulevées par le chef d’État-Major, Gadi Eizenkot, qui avait explicité le risque que Daesh puisse lancer des attaques terroristes depuis la Syrie contre des cibles israéliennes et jordaniennes, en particulier sur les hauteurs du Golan.        
            Les Russes concentrent leurs actions militaires contre la ville de Deraa près de la frontière jordanienne. Il s’agit d’une ville symbolique dont la prise briserait le moral des rebelles car l’aide en provenance de la Jordanie leur serait coupée. La chute de Deraa serait un coup dur pour l’organisation Al-Nusra qui a installé son quartier général dans la ville. Mais les Israéliens sont inquiets parce que la ville est à une quarantaine de kms de la frontière du Golan. Israël craint que la prise de Deraa n’encourage Bachar Al-Assad, aidé du Hezbollah et de l’Iran, à chercher à redorer son blason en tentant l’impossible, l’attaque du Golan. Israël justifie ses préoccupations par les violations de son espace aérien par des avions russes qui pourraient être chargés de tester sa défense.
            Les Russes ne sont pas intéressés, pour l’instant, à pousser l’Iran et le Hezbollah vers une guerre avec Israël. Ils cherchent à récupérer Alep en la détruisant systématiquement pour qu’elle tombe d’elle-même comme un fruit mûr tandis que les États-Unis, le Royaume-Uni et l’U.E se tiennent à l’écart pour forcer les rebelles à accepter le plan de paix russe. Ce plan consiste à permettre à Assad de continuer à présider la Syrie pendant encore une année, le temps d’organiser des élections présidentielles et législatives qui favoriseront le départ de Syrie de la Russie dans des conditions honorables, si elle parvient à organiser un nouveau régime constitué des loyalistes d’Assad et de quelques chiites favorables aux Iraniens.


            Israël a compris que cet accord s’était fait sur le dos des rebelles syriens, mais surtout des Kurdes qui ont été sacrifiés sur l’autel de la réintroduction de la Turquie dans le dispositif sécuritaire américain après la fin de sa brouille avec Israël.

6 commentaires:

Georges KABI a dit…

Si les Russes et leurs allies arrivent a ecraser la revolte syrienne contre Assad d'ici quelques mois, le Hezbollah aguerri par ces combats, surarmes par l'Iran et la Russie passera a l'attaque d'Israel.

Jean CORCOS a dit…

Je suis tout à fait d'accord ... et pour éviter cette horreur - car le Hezbollah n'a été entrainé et suréquipé que pour détruire ou (a minima) causer le maximum de dégâts à Israël -, je suis partisan d'une alliance avec le Diable : vous allez hurler, mais à un moment donné il faut choisir : vive la Turquie, vive les Emirats Sunnites !

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Ce n'est pas que nous ne voudrions pas nous intéresser aux graves problèmes du Proche et du Moyen-Orient ni à leur implication pour Israël et pour le monde, mais à mon grand regret, il se trouve qu'actuellement nous avons d'autres chats à fouetter ainsi que le confirme l'abandon en rase campagne du ministère des Affaires étrangères par, nous dit-on, le plus brillant des ministres de la Vème République, Laurent Fabius.

J'espère que vous voudrez bien nous excuser car nous avons encore à finaliser une réforme constitutionnelle, une réforme du code du travail, une réforme de l'orthographe, à organiser une primaire à droite, à déjouer une primaire à gauche, à construire un aéroport international, à imposer l'idée d'"égalité réelle", à réunir le Congrès à Versailles, à organiser un référendum anticonstitutionnel, à mettre aux fers quelques généraux récalcitrants, et que sais-je encore !

En vous souhaitant donc bonne chance, je vous adresse, à vous et à vos lecteurs, mon très amical souvenir.

andre a dit…

Bravo Madame Arnaud ! Bien vu et bien dit !

jean SMIA a dit…

@Marianne : savez vous, chère Madame, qu'il existe des tas de sites dont le sujet central n'est pas « le moyen Orient » ?
Quant à l'article principal : tout à fait d'accord, sur l'analyse, sauf sur un point : La Russie n'est pas prête à accepter de partir « honorablement » de Syrie. Elle est prête à accepter le départ « honorable » de Bachar dans un an qu'à condition que le futur nouveau gouvernement Syrien ne remette pas en question sa présence.

Véronique ALLOUCHE a dit…

@jean Smia

Devinant l'humour de Marianne Arnaud, il fallait bien sûr la lire au second degré.
Bien à vous