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mercredi 10 février 2016

Le Quai d'Orsay persiste et signe



LE QUAI D’ORSAY PERSISTE ET SIGNE

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps

            

          La tribune du Monde, signée par un collectif d’ambassadeurs, symbolise le retour aux relents anti-israéliens du Quai d’Orsay et ne reflète pas simplement une opinion parmi tant d’autres. Le «la» avait été donné par le ministre Laurent Fabius qui a voulu exister parce qu’il n’avait pas réussi à imprimer sa marque dans le processus de paix israélo-arabe d’où John Kerry l’avait écarté. Il semble qu’il ait envoyé à la rescousse ses obligés car sa démarche a été écartée d’un revers de main par les Américains.



            En effet, sa dernière menace de reconnaissance de l’État de Palestine avait choqué car, unilatérale, elle fustigeait uniquement l’État juif en exonérant les Palestiniens de toute responsabilité dans l’échec des négociations.  En fait, à quelques exceptions notables, le Quai n’a pas changé depuis l’arrivée du Général de Gaulle au pouvoir.
            Ces quelques ambassadeurs inconnus du grand public, en mal de notoriété,  justifient ainsi les attaques au couteau parce qu’elles traduisent, selon eux, «la frustration et l’humiliation ressenties après près de cinquante ans d’occupation militaire et policière par Israël… La répression de ces actes par Israël entraîne, selon l’usage, beaucoup plus de victimes qu’ils n’en font… Un statu quo perdure, qui cache une mainmise sans cesse accrue par Israël sur la portion de Palestine concédée aux Palestiniens depuis 1967». Ces diplomates, qui ont l’habitude de peser chaque mot n’hésitent pas à utiliser des termes  violents, unilatéraux, comme «la construction d’un mur spoliateur», «l’enfermement de Gaza» sans les justifier par des impératifs de sécurité mais plutôt par des objectifs d’apartheid.

            Ils feignent d’ignorer que, depuis la construction du mur, les attentats perpétrés par les terroristes de Cisjordanie sont devenus une exception et que la liste des morts civils israéliens a été réduite. Ils oublient que plusieurs milliers de missiles ont été envoyés depuis Gaza sur une population civile entraînant la fin de l’entrée d’ouvriers gazaouis qui apportaient avec eux la haine et le sang.
            Les ambassadeurs signataires ont toujours été affectés dans des pays arabes ce qui explique qu’ils soient imprégnés de la dialectique arabe et même de leur philosophie.  Leur passé diplomatique démontre qu’ils sont disqualifiés pour émettre un jugement objectif ou désintéressé. Ils ne représentent pas une opinion neutre. Ces diplomates retraités ont peu de scrupules quand il s’agit de mesures de rétorsion contre Israël. À savoir :
-   Reconnaissance immédiate de l’État palestinien
- Suspension du traité d’association entre Israël et l’Union européenne
-   Fin de la coopération économique et scientifique avec Israël
            Les Palestiniens n’ont plus besoin de faire d'effort de paix. Il leur suffit d’attendre que le couperet tombe pour récolter les dividendes de leur passivité. Israël paiera la note. Parmi les signataires de la tribune figurent d’obscurs ambassadeurs qui n’ont pas marqué le Quai d’Orsay de leur présence mais ils rêvent de côtoyer les grands noms de la politique diplomatique pro-arabe.   
Yves Aubin de La Messuzière

            Yves Aubin de La Messuzière a occupé des postes à Amman, à Sanaa, à Damas, à Rabat, au Caire et à Tunis sans jamais prendre le pouls de la situation à Tel Aviv. Il a également siégé au conseil d'administration de l’Institut du monde arabe à Paris.
            Denis Bauchard a été ambassadeur de France en Jordanie, directeur pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient au ministère des Affaires étrangères puis directeur du cabinet du ministre des Affaires étrangères, Hervé de Charrette.  Il a été à bonne école auprès de son ministre qui le 24 mars 2010, s’en était pris à Bernard Kouchner à l’Assemblée Nationale à l’occasion des questions au gouvernement. Son réquisitoire contre Israël a été jugé excessif selon les propres termes du ministre des affaires étrangères qui faisait implicitement référence à Talleyrand qui avait dit : «Tout ce qui est excessif est insignifiant». Il avait commencé son interpellation par : «jusqu’à quand l’Europe et avec elle la France vont-elles continuer de supporter sans réagir la politique réactionnaire du gouvernement israélien à l’égard du peuple palestinien».  Le ton était donné. L’élève cherche à présent à s’élever au niveau du professeur.
Hervé de Charette

            Bertrand Dufourcq, a été ambassadeur à Moscou, puis a tiré les ficelles en tant que   directeur des affaires politiques au Quai d’Orsay. Il a toujours vécu avec le complexe d’être l’époux d’une ministre qu’il n’a pas été. Alors il veut sortir de l’ombre.
            Christian Graeff  a été premier conseiller en Syrie, ambassadeur en Libye, au Liban, et en Iran. Sa dernière affectation  auprès des mollahs donne l’étendue de sa soumission aux États voyous.
            Patrick Leclercq  a été conseiller diplomatique du président Valéry Giscard d'Estaing, ambassadeur en Jordanie  et en Égypte.
            Jacques-Alain de Sédouy, ancien ambassadeur en Jordanie est coutumier des pétitions engagées unilatérales. Il avait signé en 2010, déjà dans le Monde, une lettre ouverte au président de la République Nicolas Sarkozy exprimant sa préoccupation sur le conflit israélo-palestinien sans donner de recettes pour le résoudre.           
            Ces ambassadeurs ont le droit de fustiger l’État d’Israël mais le jeu de la démocratie n’autorise pas le parti-pris car les critiques perdent alors de leur force exemplaire si elles ne sont pas accompagnées de solutions originales pour résoudre le problème israélo-arabe. Les condamnations, déversées dans la haine et non justifiées de propositions, sont stériles. Or ces diplomates ne semblent pas avoir laissé un souvenir impérissable dans une fonction où ils avaient autorité pour faire avancer le débat israélo-arabe. L’Histoire, ou plutôt le Parlement, n’a aucune trace d’une quelconque initiative de leur part dans ce domaine. Il est vrai que, pour certains, leur nomination doit plus aux subtils accommodements au sein de la droite qu'à un génie particulier pour gérer les affaires internationales du monde.

            On ne sait pas s’ils ont été envoyés au feu par leur ministre Fabius car il n’y a pas d’explication à leur soudain intérêt pour une région où même les Grands se sont cassé les dents. Leurs états de services prouvent que leur intervention a perdu de sa neutralité et surtout de sa crédibilité puisqu’il s’agit, sans aucun doute, d’une activité de lobbying pro-arabe développée en France. Ils reprennent la tradition du Quai d’Orsay qui, à toutes les époques et sous différents régimes, a entretenu à l’égard d’Israël une haine permanente. On peut remonter à 1947 pour rappeler en effet que le ministère des affaires étrangères français de l’époque s’était opposé à la création d’un État juif en proposant au gouvernement l’abstention lors du vote historique à l’ONU du 29 novembre. Nous devons à Léon Blum d’avoir fait infléchir la décision finale.
Abba Eban et Couve de Murville

            Mais, alors que les États-Unis et l’URSS avait reconnu l’État d’Israël dès le 15 mai 1948, le ministère français avait attendu le 29 janvier 1949 pour envoyer une missive officielle de reconnaissance. Cette carence sélective n’avait pas empêché l’avènement d’une période idyllique, s’étendant de 1956 à 1967, entre la France et Israël malgré l’animosité qui imprégnait les sentiments du Quai d’Orsay. Les relations se sont cependant aggravées à l’arrivée au pouvoir du Général de Gaulle. Son ministre Couve de Murville décida de vider le Quai des amis d’Israël et il recruta des diplomates, issus de la vieille aristocratie catholique à particule, profondément pro-arabes, qui réussirent à défaire en quelques mois les liens amicaux tissés avec l’État juif pendant dix ans.

            Ces ambassadeurs qui reviennent au devant de la scène, oubliés par l’Histoire, n’avaient pas besoin de passer par une tribune sournoise, teintée d’un militantisme pro-arabe exacerbé, pour stigmatiser le seul Israël dans un conflit complexe qui nécessite que les pays étrangers fassent preuve d’un souci d’équilibre pour être entendu par l’une ou l’autre des parties. Il ne sert à rien de mettre de l’huile sur le feu alors que toutes les énergies sont nécessaires pour convaincre les antagonistes de se rencontrer. Mais ils ont dû agir sur ordre.

10 commentaires:

Michael B. a dit…

Excellent article. Très bonne idée d'avoir fait un profil des signataires. Ironique et cinglant. A noter que d'un côté on célèbre en fanfare la fin du boycott de l'Iran, pays sponsor du terrorisme qui ne renie rien. Mais de l'autre on appelle à établir un boycott avec Israël (et pas seulement sur les produits des territoires) Ce qui est très gênant c'est aussi une libération publique de la parole anti-israelienne maintenant au niveau officiel; fini le devoir de réserve. Cette parole s'évertue à singulariser Israël, et à préparer progressivement l'opinion à l'idée d'un boycott qui pourrait être mis en place d'ici 5 ans en Europe au train où vont les choses.

Laure SCHEMOUL a dit…

Bravo et merci pour cette excellente analyse

Georges-Henri LAQUINTINIE a dit…

Sur ordre.....de paiement?le lobbyisme est remunere au USA ou aupres des commissions europeennes.

Jean-Pierre NIEGO a dit…

A la suite de cet article qui résume bien les choses. Il serait intéressant de faire une psychanalyse de la France à la lumière du dernier livre de Benjamin Stora qui conclut justement la France n'est toujours pas sortie de la guerre d'Algérie et de son complexe colonial. Il devient tellement évident de travailler avec Israël plutôt que ces états épouvantables du Golfe.

parolevolee a dit…

"Yves Aubin de la Massuzière": son nom à rallonge sonne le rappel du vieil antisémitisme catholique hautain du Quai d'Orsay, seule administration française à n'avoir point subi l'épuration à la Libération.
Le Quai reste truffé de cette sale engeance de diplomates énarqués issus de grandes familles (de collabo).
Ils poursuivent sans rémission leur tradition antisémite par le biais de l'antiisraélisme ou du palestinisme exacerbé dans le cadre continu de la politique arabe de la France ... avec le résultat que l'on connait aujourd'hui.
Celui qui souhaite en savoir plus dans le cadre d'une lecture passionnante peut, outre les excellents articles de Jacques Bénillouche, également se reporter sur ce sujet encore brulant, à l'excellent livre de David Pryce Jones :"la diplomatie française et les Juifs" "un siècle de trahison" aux Editions Denoel Impact .
Un bijou de lecture instructive pour comprendre les ressorts de la haine antiisraélienne et anciennement antijuive de la part de ce bastion d'Etat dans l'Etat qui fait la politique étrangère de la France ayant retrouvé souffle et energie sous De Gaulle.

Véronique ALLOUCHE a dit…

Le quai d'Orsay, par la menace de reconnaître officiellement l'état de Palestine si une paix unilatérale n'est pas signée dans les prochaines semaines, laisse à penser implicitement à la reconquête des voix musulmanes gagnées par la gauche en 2012.
La droite n'a pas de telles ambitions car cet électorat ne lui est pas favorable. Je parle bien sûr de la droite traditionnelle.
Cordialement
Veronique Allouche

Paul ZAQUIN a dit…

L'analyse est certainement très bonne , mais elle ,non plus ne résout pas le problème " intime " des Israéliens et Palestiniens L'anti israélisme perturbera tant que nous d'abandonnerons pas notre politique colonialiste et ainsi aggravons nos relations avec le reste du monde ,et aussi,malheureusement ,le nombre de victimes innocentes ne fera qu'accroître

Albert AZOULAY a dit…

J'ai une question toute simple à M. BENILLOUCHE. Est-ce que la France n'a pas honte de perdre la face, pendant 60 ans depuis DE Gaule à Fabius, devant un mini-État Israel qui à chaque fois la provoque et l'envoie ballader. Et à date la France avec toute sa puissance militaire économique et diplomatique comme membre permanent du conseil de sécurité de l.ONU n'a jamais réussi à faire plier Israel sur quoique ce soit. Mais on dirait que les arabes n'exigent pas plus et sont très heureux avec les gesticulations musclées de la France.

Abraham SARKS a dit…

Quand diplomatie rime avec sectarisme, discrimination , machiavelisme et démesure. Tradition politique marquée par un aristocratisme glacé, hautain, antidémocratique, imprégné de cet enseignement du mépris dont parlait l'historien Jules Isaac. Sentiment de honte.

AMMONRUSQ a dit…

J'ai bien aimer votre article,ce pays qui est aussi le mien me fait honte trop souvent !