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dimanche 21 février 2016

Rivalités entre pouvoirs politique et militaire



RIVALITÉS ENTRE POUVOIRS POLITIQUE ET MILITAIRE

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps




En ces temps d’incertitude et de tension liés au nucléaire iranien, l’attitude du pouvoir politique face au pouvoir militaire fait débat en Israël. Il pose le problème de la politisation de l’armée qui est une nouvelle donnée en Israël. Dans tous les pays démocratiques, les questions de défense appartiennent au pouvoir politique qui régit l’influence de l’armée. L’armée ne s’immisce pas dans la politique à condition que le gouvernement lui laisse la conduite des affaires militaires tout en la contrôlant par le vote du budget de la défense.



Bar Lev, Levi Eshkol, Rabil et Tal

Expertise militaire

Les premiers ministres israéliens, à quelques exceptions près, n’avaient pas d’expertise militaire pointue et s’en remettaient aux chefs militaires pour les décisions stratégiques. Certains, à l’instar de Lévi Eshkol, étaient totalement incompétents en matière militaire. Ils n’en étaient pas moins efficaces dans leurs décisions. Ils appliquaient les principes de  Clausewitz, théoricien militaire prussien, auteur d'un traité  de stratégie militaire : «c’est au gouvernement d’élaborer les grandes lignes d’une guerre, car lui seul détient une connaissance interne de la situation politique que le chef militaire, simple spécialiste, ne peut posséder».
La logique voudrait donc que les premiers ministres s’occupent des problèmes politiques et financiers mais non militaires. S’ils veulent imposer les règles d’obéissance et de subordination du pouvoir militaire, ils doivent abandonner leurs prérogatives sur les questions de défense. Mais cela est devenu difficile depuis que les militaires ont envahi les postes politiques à la place des civils. À l’étranger, les ministres de la défense sont des civils qui apportent une vision politique contrastée dans le débat militaire. En Israël, les anciens généraux promus à la défense ont tendance à se comporter en super chef d’État-major, créant souvent des conflits qui peuvent discréditer le pouvoir civil.
Beny Gantz et le ministre Yaalon anciens chefs d'Etat-Major

Benjamin Netanyahou avait empiété sur le domaine voué à l’armée et a donné l’impression de négliger l’avis des chefs militaires relégués au rang d’auxiliaires. Il exprime ainsi sa volonté d’exercer le pouvoir sur les questions militaires parce qu’il détient le bouton du nucléaire. C’est pourquoi on n’a jamais vu autant de généraux prestigieux donner leur avis en public, contrer le gouvernement et insister pour juger certaines options irréalisables au point qu’ils sont accusés de manipuler l’information.

Expérience militaire

Fini le temps où les premiers ministres écoutaient avec respect les thèses de leur État-major. Ils veulent à présent étudier eux-mêmes les dossiers comme des experts militaires, sans hésiter de contredire ou de contester le bien-fondé de la stratégie choisie. Par la pression politique qu’ils insufflent, le chef d’État-major perd sa sacralité ce qui fait se poser la question de l’existence réelle d’un pouvoir militaire en Israël. Les officiers de Tsahal savent que leurs décisions en matière de défense ne sont pas inspirées par des calculs de politique politicienne et ils contestent donc au gouvernement l’expertise en matière militaire, a fortiori  lorsqu’il s’agit de stratégie nucléaire.
Yossi Cohen, chef du Mossad

Le premier ministre est certes bien informé. Il reçoit les renseignements de haut niveau, les télégrammes des attachés militaires en poste à l’étranger, ceux du Mossad (Services de renseignements à l’étranger) et d’Aman (Direction du renseignement militaire). Il est le destinataire des notes et dossiers préparés par l’État-major des armées et par son ministre de la Défense nationale. Mais son pouvoir semble absolu puisqu’il est seul à décider, avec son Cabinet de Sécurité des principaux ministres, de toute opération militaire extérieure.
Eshkenazi et Barak

Le ministre de la défense, Ehud Barak, ancien chef des armées, avait expérimenté sa mauvaise position en raison de son passé, pour négocier le soutien des chefs militaires jaloux de leurs prérogatives. Il a perdu la vision innée à un homme politique et a empiété sur le pouvoir de l’armée en devenant le porte-parole des volontés du premier ministre. 
Mais le pouvoir civil s’est affranchi de la politisation de l’armée. Elle n’est plus l’armée populaire, une et indivisible, comme du temps de Ben Gourion. Elle s’est éclatée en clans, ayant chacun une ambition politique, dont les membres préparent déjà leur retour à la vie civile en intégrant le parti qui leur fera la meilleure proposition. Le cas actuel de Gabi Eskenazi est éloquent en la matière puisqu’il semble hésiter entre le parti travailliste d’Yitzhak Herzog et Yesh Atid de Yaïr Lapid. Ses relations exécrables avec Benjamin Netanyahou l’éloignent totalement du Likoud.

Guerre moderne technique

La guerre moderne est complexe et il est difficile à un civil d’assimiler toutes les finesses des nouvelles tactiques. Il lui faut une expertise technique très étendue et suffisamment de vision militaire pour faire la synthèse entre les contraintes politiques et économiques, diplomatiques et militaires, industrielles et technologiques. Il doit être capable d’arbitrer entre le possible et le souhaitable, entre le risque politique et l’avantage stratégique. Il doit dominer les caractéristiques générales des matériels militaires pour équilibrer ses choix politico-stratégiques avec les ressources financières du pays.

La prééminence du chef du gouvernement n’est pas remise en cause mais les militaires s’autorisent une certaine résistance feutrée et indirecte face au pouvoir politique. D’ailleurs certains n’ont pas hésité à se rebiffer quand ils étaient en opposition avec le gouvernement. Moshé Yaalon, avait préféré quitter son poste plutôt que de couvrir le désengagement de Gaza. Plus près de nous, tous les chefs sécuritaires en poste s’étaient opposés en 2009 à toute action militaire contre l’Iran parce qu’ils n’avaient pas en main toutes les assurances politiques.  
Mais une certaine évolution se fait sentir au sein des militaires en tenue. Les généraux, qui ont intégré le principe d’un interventionnisme politique, acceptent qu’on empiète sur leur périmètre afin de favoriser une coopération satisfaisante entre politiques et militaires. Mais les débordements sont tenaces et les limites souvent franchies. Montesquieu affirmait l’importance du principe d’équilibre des pouvoirs car, sans cet équilibre, il n’y a plus aucune liberté, ni aucune protection, contre l’abus de pouvoir.
Cabinet sécurité

Ce principe de la séparation des pouvoirs semble avoir été rogné après la décision de Benjamin Netanyahou de se passer du consentement de son Cabinet pour trancher sur les dossiers les plus importants. Il semble qu’il ait du mal avec ses chefs militaires qu’il a d’ailleurs souvent nommés et qui prennent des positions publiques sur les questions sécuritaires.  

Mise en garde du chef de Tsahal

Le chef d’État-major Gadi Eizenkot a mis en garde ses soldats contre l’usage excessif de la force face à la vague d’attaques terroristes. Il a estimé que les règles de l’armée étaient suffisantes pour traiter les menaces terroristes et que les soldats devaient faire preuve de plus de discernement sans céder à la panique : «Quand une fille de 13 ans brandit des ciseaux ou un couteau et qu’il y a une distance entre elle et les soldats, je ne veux pas voir un soldat ouvrir le feu et vider son chargeur sur une fille même si elle commet un acte très grave. Il devrait plutôt utiliser la force nécessaire pour atteindre son objectif.  L’armée ne peut pas utiliser de slogans comme tuer ou être tué».

La majorité des hommes politiques et des députés  de droite se sont élevés comme un seul homme contre les déclarations du chef des armées qui a cependant eu droit à un soutien officiel du gouvernement, du bout des lèvres. Cela est devenu courant qu’une question sécuritaire se transforme en problème politique. Le chef de l’opposition Yitzhak Herzog est monté au filet  pour le défendre en accusant Netanyahou : «d’avoir laissé les ministres dégrader l'homme qui est en charge de notre sécurité et d’avoir abandonné le chef d'État-major pour les messies de l'extrême droite». Le leader de Yesh Atid, Yaïr Lapid, a soulevé lui-aussi cette question : «Durant ces dernières heures, j’ai constaté que les politiciens attaquent continuellement le chef d'État-major. Nous devons soutenir pleinement les forces de sécurité, leurs opérations et les règles d'engagement. Une attaque sur le chef d'État-major est une attaque contre l'armée israélienne».
En ces moments de troubles qui agitent la région et qui menacent Israël, la cohésion doit être totale entre le gouvernement et l’opposition en ce qui concerne Tsahal qui tient entre ses mains la sécurité du peuple juif. 

Article publié dans Times of Israël :

http://frblogs.timesofisrael.com/rivalites-entre-pouvoirs-politique-et-militaire/



5 commentaires:

Georges KABI a dit…

La mise sur la touche de tous les généraux pendant 3 ans avant de briguer un quelconque poste politique n'a-t-elle pas favorisé les politiciens souvent incompétents, comme Bibi ou Bennett, ou pire comme Herzog et Lapid?

Il est quand même curieux qu'une période d'attente de 3 ans a été imposée aux seuls militaires, alors que les haut-fonctionnaires ne sont pas soumis à cela et en profitent pour envahir la direction économique du pays!

Quant a la remarque de Gadi Eizenkott (Azenkott pour remettre cet homme dans son milieu d'origine), elle m'a troublee. Pourquoi n'emploie-t-on pas des pistolets électriques au lieu de vider des chargeurs à droite et à gauche? Dans cette perspective, les remarques "antisémites" de la Ministre suédoise des Affaires Etrangères prennent de nouvelles dimensions!

Avraham NATAF a dit…

Bon article, encore faut-il être un Oracle pour discerner les bonnes décisions

Marianne ARNAUD a dit…

Tant que vos militaires ne seront pas obligés d'aider leur Premier ministre à mettre une gerbe devant une banderole affichant : "Je suis Palestinien", ils auront moins à se plaindre que les nôtres.

Bernard NIVAL a dit…

La tension liée au nucléaire iranien est totalement artificielle ,pure propagande de l'extrême droite pour hystériser les citoyens alors que le vrai danger est en Cisjordanie où la jeunesse devient de plus en plus incontrôlable

Philippe BLIAH a dit…

L'Iran des ayatollah ne lancera pas de bombes nucléaires contre Israel . Mais la tension n'est pas du tout artificilelle comme le prétend Nival Bernard, dans la mesure où dotée de cette arme dissuasive contre toute intervention chez elle ,lIran munie de son idéologie islamiste agressive et de sa puissante armee bientot bien financée provoquera des troubles dramatiques dans la région et jusqu'aux frontières si ce n'est à l'intérieur d'Israel . L'Occident déjà lache osera encore moins bouger de peur d'une forte menace terroriste laquelle pourrait etre nucléaire sur place sans avoir besoin de tirer un missile.