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vendredi 24 juin 2022

Série Israël-Liban S3/E3 : Karish contre Qana par Albert NACCACHE

 

SÉRIE ISRAËL-LIBAN S3/E3 : KARISH CONTRE QANA


Chronique d’un papy flingueur Albert NACCACHE



Zone entre le Liban et Israël

         Je vous donne tout de suite le résultat des courses. Bien qu’aucune information officielle n’ait été fournie, selon les sources bien informées américaines et libanaises, la proposition libanaise serait l’abandon de la ligne 29 au profit d’une ligne 23 sinueuse. Le Liban obtenant la totalité du champ potentiel (non exploré) de Qana et Israël la totalité du champ de Karish (exploité dans deux mois). Mais revenons à la visite de l’émissaire américain Amos Hochstein au Liban. Sollicité par Beyrouth après l’arrivée au large d’Israël, d’une unité flottante d’exploitation gazière à Karish, le médiateur américain Amos Hochstein a répondu présent après avoir entretenu le suspense pendant quelques jours sur sa venue.

Le ministre libanais sortant de l'Énergie Walid Fayad s'entretenant avec l'émissaire américain Amos Hochstein à Beyrouth, le 13 juin 2022


Lundi 13 juin, à son arrivée à Beyrouth, peu après 16 heures, Amos Hochstein a eu un premier entretien avec le directeur de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim - proche du Hezbollah- qui avait été il y a peu, l’hôte de la Maison Blanche. Accompagné par l’ambassadrice des États-Unis au Liban, Dorothy Shea, Amos Hochstein s’est entretenu ensuite avec le ministre de l’Énergie Walid Fayad et le vice-président de la Chambre, Élias Bou Saab.

À l’issue de l’entretien avec le médiateur américain, le ministre Fayad a indiqué que les discussions avaient aussi porté sur l’importation de gaz égyptien et d’électricité jordanienne au Liban. Il a affirmé que «les États-Unis étaient prêts à soutenir l’intégralité de ce projet, ainsi que son exécution» et révélé que «Washington serait disposé à entamer des pourparlers avec la Banque mondiale dans le but de faciliter le financement de cette initiative et de procurer les autorisations nécessaires».

Lors du dîner organisé lundi soir par le vice-président de la Chambre, Élias Bou Saab, Amos Hochstein a fait part de sa disposition à aider à «juguler le conflit». Un accord faciliterait l’accès des entreprises internationales au Liban pour commencer l’exploration du gaz libanais. Hochstein a prévenu depuis des mois qu'en cas d’arrêt des négociations, aucune entreprise ne participerait à l’extraction des gisements libanais. D’autant plus que «La terre promise» sera le salut de l’Europe en matière énergétique. Bien décidée à se passer de la Russie pour ses approvisionnements en gaz, l’Union européenne vient de signer un accord de coopération avec Israël. L’État hébreu, riche en gaz maritime, exportera vers l’Europe un gaz devenu vital depuis l’embargo du gaz russe, via des gazoducs en mer ou en passant par l’Égypte.

Beyrouth

        Mardi matin, Amos Hochstein a publié une photo de Beyrouth sur son compte Twitter et a écrit : " Bonjour Beyrouth, une vue fantastique au réveil, à l’ambassade américaine à Beyrouth ".

Amos Hochstein a rencontré mardi matin au ministère de la Défense à Yarzé, le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Joseph Aoun qui a estimé qu’«il faut comprendre la réalité politique et l'analyser avant de prendre une décision sur le dossier de la frontière maritime. L'armée a annoncé franchement sa position : sa mission technique est terminée, et elle se tient derrière le pouvoir politique quelle que soit la décision prise». Puis, c’est d’une même voix que se sont exprimés les trois pôles du pouvoir que le médiateur a rencontrés mardi à tour de rôle les présidents de la République, Michel Aoun, du Parlement, Nabih Berry, et le chef du gouvernement d’expédition des affaires courantes, Najib Mikati.

Baabda


La position libanaise a été officiellement présentée oralement au médiateur américain par le président Aoun au palais de Baabda. Ont pris part à cette réunion, côté libanais, le directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, et le vice-président de la Chambre, Élias Bou Saab.

Shea- Hochstein- Aoun


M. Aoun a insisté sur «les droits maritimes souverains du Liban» et a prié son hôte de «revenir vite au Liban avec la réponse israélienne, …réponse rapide étant donné les développements en cours».

L’émissaire américain a également été reçu par le président du Parlement Nabih Berry à Aïn el-Tiné

         Nabih Berri a indiqué au médiateur américain que la position que lui a présentée le président de la République, le général Michel Aoun, est celle que tous les Libanais concernant la démarcation des zones économiques exclusives entre le pays des cèdres et Israël.

Hochstein-Mikati

et par le Premier ministre sortant Nagib Mikati au Sérail. M. Mikati lui a affirmé que «l’intérêt supérieur du Liban consiste à lancer les opérations de forage, sans qu’il ne se désiste de son droit à toutes ses ressources en hydrocarbures».

Tard dans l’après-midi, M. Hochstein devait tenir une réunion avec l’ambassadrice de France, Anne Grillo, en présence de Mme Shea. La diplomate française devait à cette occasion souligner son attachement à «une solution diplomatique» au dossier des frontières. Sur son compte Twitter, Mme Grillo a écrit : «Échanges denses sur la frontière maritime avec l’émissaire américain Amos Hochstein. Il est important pour l’avenir du Liban et la stabilité de la région que ce contentieux trouve une solution diplomatique, par la négociation. La France ne ménagera pas ses efforts en ce sens».

Le chef de l’Église maronite Béchara Raï avait plaidé dimanche pour la participation du gouvernement aux négociations indirectes avec Israël sur la frontière maritime soulignant que «seul l’État est habilité à trancher à ce niveau, seul l’État est garant de tout ce qui concerne la souveraineté et l’indépendance du pays, de ses ressources gazières, de la gestion des négociations avec des parties étrangères, de la prise de décisions et de la conclusion de traités ainsi que des décisions de guerre et de paix».

Les nouveaux députés maximalistes

Le groupe des députés dits du changement Najat Aoun, Melhem Khalaf, Ibrahim Mneymné, Rami Fanj, Marc Daou, Waddah Sadek et Yassine Yassine a surpris par ses positions maximalistes en faveur du droit du Liban à la ligne 29 présentées aux trois pôles du pouvoir.

Marc Daou


C’est le député Marc Daou qui a pris la parole au nom du groupe pour défendre le droit du Liban à la ligne 29 et réclamer un débat de politique générale afin de demander des explications sur ce dossier au gouvernement et à ceux qui mènent les négociations «dans l’intérêt du peuple libanais». «Les agressions israéliennes pour contrôler la richesse pétrolière et gazière et la tentative d'imposer un fait accompli en commençant à extraire du champ de Karish ne seront stoppées que par l'installation de la ligne 29 Cela signifie signer un amendement au décret 6433, afin de préserver les droits souverains du Liban».

"La Ligne 29 est une ligne rouge" : sit-in à Nakoura en soutien aux revendications maximalistes du Liban

«Nous refusons catégoriquement d'abandonner les ressources maritimes du pays, elles appartiennent à tous les Libanais», a déclaré le député Firas Hamdane devant la foule de manifestants.
Rhétorique du Hezbollah

«Il faut interdire à l’ennemi d’entamer les travaux d’extraction de Karish», a martelé Hassan Nasrallah qui a mis en avant les capacités militaires de son parti, sous le thème de la complémentarité entre «le droit et la force, l’armée et la résistance». «L’armée libanaise peut parler de sa force, mais pour ce qui est de la résistance, celle-ci détient la capacité matérielle et logistique d’interdire à Israël d’extraire du gaz du champ de Karish (…). L’ennemi doit renoncer à son ‘activité’ et la résistance ne restera pas les bras croisés face à l’extraction de pétrole et de gaz du champ de Karish… le médiateur n’est ni honnête ni juste et travaille dans l’intérêt de l’ennemi du Liban».

Poursuivant sa rhétorique Le chef du Hezbollah réaffirme que son parti «ne se mêle pas des négociations, responsabilité exclusive de l’État» tout en chargeant son ancien député Nawaf Moussaoui de suivre le dossier «de près». Une façon pour lui d’absorber «l’étonnement», voire le «ressentiment» manifesté par son public qui attendait son adhésion à la ligne 29. Un grand nombre de partisans du Hezbollah va encore plus loin que ce dernier en refusant même que la ligne 29 soit considérée comme une base pour les négociations. Le parti manœuvre pour créer un cas comparable à celui des fermes de Chebaa, mais maritime cette fois. Cela lui permet de tirer les ficelles en arrière-plan et de laisser les trois pôles du pouvoir de porter la responsabilité devant l’opinion publique.

Attente de la réponse d’Israël 

Le sort des négociations libano-israéliennes indirectes sur la frontière maritime devrait être connu d’ici à une semaine, le temps que le médiateur américain Amos Hochstein communique à Jérusalem la proposition de Beyrouth. La réponse de l’État hébreu à la position libanaise ne tardera pas. Amos Hochstein est d’ailleurs attendu à Beyrouth la semaine prochaine pour la communiquer aux responsables libanais. Dans une interview à la chaine américaine al-Hurra diffusée mercredi, Amos Hochstein, a indiqué qu’un «dénouement heureux» de ce dossier était possible. «Je pense qu’en général, il vaut mieux se concentrer sur la construction de choses que de menacer de les détruire. Le discours devrait se concentrer sur la coopération, non pas sur la façon d’empêcher l’autre partie de faire quelque chose, mais plutôt sur la manière de construire quelque chose ici». Le dossier des hydrocarbures est particulièrement stratégique pour le Liban, un pays en faillite qui devrait miser sur la prospection pour enrayer un effondrement économique total.

En famille


Un Chabbat à Washington

Amos Hochstein, double citoyen américain-israélien, est né en Israël de parents juifs américains. Il a servi dans les Forces de défense israéliennes de 1992 à 1995. Il s'identifie à un juif orthodoxe moderne. Il est marié à Julie Rae Ringel. Ils ont quatre enfants et vivent à Washington D.C.

1 commentaire:

NAZIHA TABAINIA a dit…

قرأت مقال ألبيرت نقاش الكاتب الصحفي عديد المرات واستننجت أن المسألة حول " حقل غاز القرش" ستزداد تعفيدأ إن لم نقل ستتحول إلى صراع بين لبنان الجريح الذي لم يقدر على مداوات جراحه و بين اسرائيل التي تبدو أنها تثق في حظوظها إن لم نقل في جدارتها وقدراتها ـ مازلت لم أفهم ، حقل غاو القرش من يملكه ؟ ـ ومع ذلك أقول لماذا لا يتفق اللبنانيون وإسرائل على العمل معا؟ السؤال الذي أطرحه ويبدو ساذجا, كيف للبنان العليل المتعب أن يرفع راية الصدّ؟ بأي قوة سيحارب ؟ لماذا يتهرب اللبنانيون من الحوار ؟ ..لماذا يرفعون شعار " الخط 29 خط أحمر ".. هذا الشعار يتداوله الجميع في الخصومات في المعارك في الحروب حتى أصبح ممجوجا.. رغم الشعار الممجوج ، نجد رأيا مناسبا وفكرا تنويريا متطورا " للإسرائيلي عاموس أوسشتين" هذا الرأي يعكس نظرة إستشرافية بنّاءة، ورأي سدسد ـ ربماـ به يريد الخير للجميع " لبنان قبل إسرائيل لأن لبنان في حالة وهن ". يرى عاموس أوسشتين غير الذي يراه "مارك ضوّ" أو حسن نصرالله الذي يضع عتاده وجيشه على ذمة الشعب اللبناني ولا يرى المصلحة في العمـــل معا، الإسرائليون ولبنان والإستثمار في حقل القرش بلا تنازع و خصومات على ملكية "الحقـــــل" وينسى الربح الذي قد يجنيه الشعب اللبناني .. لا أعتقد أن المسالة ستحل بسهولة .. وقد أصبحت المصلحة مصلحة كل من إسرائيل و لبنان عداوة.. فالخط الأحمر يعني ، أن لا مجال للتفاهم و التقارب و العمل معا من أجل مصلحة الطرفين.