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samedi 20 janvier 2018

Le réveil tardif des Américains en Syrie



LE RÉVEIL TARDIF DES AMÉRICAINS EN SYRIE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps


           

          La question s’était posée de comprendre le but du voyage secret en janvier du numéro-3 de Tsahal au Pentagone. Il semble acquis qu'il ait préparé un dossier complet sur la présence iranienne en Syrie à partir d'informations transmises par les Kurdes au nord de la Syrie et par les commandos israéliens qui s’aventurent périodiquement sur le terrain. Une délégation de chefs rebelles syriens est aussi arrivée à Washington pour persuader les Américains de restaurer l'aide financière et militaire suspendue par l'administration américaine, il y a sept mois, immédiatement après les discours de Donald Trump et de Vladimir Poutine lors du sommet du G20 de juillet 2017 à Munich. Les deux chefs d’État avaient en effet convenu d'établir une série de zones de désescalade en Syrie pour mettre fin à la guerre, avec un accent particulier sur ses régions frontalières avec Israël et la Jordanie.



            Les Israéliens ont tenu à mettre en garde les Américains sur le double-jeu des Russes qui protègent certes le régime de Bachar Al Assad mais qui, par ailleurs, permettent l’implantation des Iraniens de manière permanente en Syrie. Les envoyés israéliens de l’État-major ont réussi à persuader les Etats-Unis qu’ils devaient vite réagir avant que la situation ne devienne irréversible. Washington a donc décidé de ne pas évacuer les bases américaines dans le nord de la Syrie et de créer une nouvelle force locale de 30.000 hommes pour sécuriser la région.
général Vladimir Chamanov

            Évidemment cette décision n’a pas plu aux Russes et leur réaction a été à la mesure du nouveau risque. Le président du Comité de défense de la Douma russe, le général de corps d'armée Vladimir Chamanov a menacé de contre-mesures : «Les pratiques des Etats-Unis, qui dirigent une coalition internationale prétendument contre Daesh, contredisent les intérêts russes en Syrie. La Russie travaillera en coopération avec ses partenaires afin de prendre les mesures nécessaires pour établir la stabilité en Syrie».  
            Les Russes s’inquiètent à long terme de la partition de la Syrie puisque le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s’est exprimé : «On craint qu'ils ne poursuivent une politique visant à couper la Syrie en plusieurs morceaux». Trump a effectivement compris tardivement qu’il avait été berné par Poutine qui ouvrait la porte à l'Iran pour qu'il renforce sa présence militaire en Syrie. L’accord tacite avec les Russes était devenu caduc. 

            Une délégation de l’ASL (Armée syrienne libre) s’est rendue cette semaine à Washington pour obtenir de la CIA de nouveaux programmes d’aide et de formation. Cela a convaincu les Américains de créer une nouvelle force de sécurité frontalière dans le nord de la Syrie, composée de 30.000 hommes en collaboration avec les FDS (Forces démocratiques syriennes), dominée par les milices kurdes YPG, les Unités de protection du peuple formant la branche armée du Parti de l'union démocratique (PYD) syrien. Ces forces ont pour but d’opérer sur d’autres fronts pour contrer l'avancée de l'armée syrienne et de ses alliés iraniens ainsi que du Hezbollah. Les Forces démocratiques syriennes, est une coalition militaire formée le 10 octobre 2015, active dans le nord de la Syrie, regroupant des rebelles arabes proches de l'Armée syrienne libre, des tribus locales et des chrétiens du Conseil militaire syriaque.
Nouvelle force de sécurité

            Cela contredit ainsi l’affirmation de Poutine, sur la base aérienne russe de Hmeimim le 11 décembre, prétendant que la guerre était terminée sur une victoire russe alors qu’elle était passé en fait à une nouvelle étape. Les Russes, et le ministre Lavrov en particulier, craignent que «de vastes étendues de territoire le long des frontières de la Turquie et de l'Irak à l'est de l'Euphrate soient isolées». 
            Trump s’est donc montré ferme pour appliquer sur le terrain ses décisions car les zones de désescalade qui avaient été convenues n’ont plus de raison d’exister sous la pression des mouvements russo-iraniens, des contre-attaques américaines et des menaces de Moscou. Il a mis en place cette force de sécurité de 30.000 hommes sur les territoires contrôlés par les Kurdes dans le nord et le nord-est de la Syrie, à la frontière avec la Turquie et l’Irak. Pour les FDS, il s'agit d'assurer la sécurité aux frontières de la Fédération de la Syrie du Nord donnant ainsi l’impression que les Américains sont favorables à une sorte de fédéralisme pour morceler la Syrie. Ces 30.000 soldats vont protéger les frontières turque et irakienne, ainsi que la frontière qui sépare des forces du régime des Kurdes.

            Il est établi maintenant que les Etats-Unis ont décidé de jouer la carte kurde malgré les mises en garde de la Turquie qui dénonce ce plan car les milices YPG sont considérées par Ankara comme une émanation du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), mouvement séparatiste classé sur la liste des organisations terroristes par la Turquie. Ces nouveaux combattants ont reçu des Américains une série de systèmes de missiles sol-air portatifs.
            La Turquie, de son côté, masse du matériel militaire sur sa frontière avec la Syrie, dans la province turque de Hatay. Le porte-parole d’Erdogan, Ibrahim Kalin, a jugé «inacceptable cette Force de sécurité aux frontières. Les États-Unis prennent des initiatives inquiétantes pour légitimer cette organisation et l'installer dans la région. Il est impossible de l'accepter». En signe de riposte, Ankara a menacé de lancer une offensive sur Afrin, ville du nord de la Syrie tenue par ces forces kurdes.

            En fait, une répartition des tâches a été établie par la coalition. Les combattants kurdes de la Force de sécurité contrôleront principalement la frontière avec la Turquie, tandis que les soldats arabes seront plutôt déployés dans la vallée de l'Euphrate, territoire dont ils sont originaires.
          La guerre en Syrie prend une autre tournure.


2 commentaires:

The Old Dreamer a dit…

Vieux proverbe tibetain 😊:
Il n'est jamais trop tard pour bien faire.

Herve23 a dit…

Ou égyptien : " rien Nasser de courir, il faut partir à point".